Bretagne : La contestation monte contre le projet de centrale à gaz de Landivisiau

ENERGIE L’équipement doit sécuriser l’approvisionnement en électricité dans la région

Jérôme Gicquel

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Les opposants manifestent quasi quotidiennement sur le site où les travaux viennent de démarrer.
Les opposants manifestent quasi quotidiennement sur le site où les travaux viennent de démarrer. — Fred Tanneau / AFP
  • Avec beaucoup de retard, les travaux ont démarré sur le site de la future centrale à gaz de Landivisiau dans le Finistère.
  • Le projet de centrale de 400 mégawatts doit permettre à la Bretagne de réduire sa dépendance énergétique.
  • Sur place, la mobilisation des opposants s’accentue.

C’est l’un des piliers du Pacte électrique breton signé le 14 décembre 2010 afin de réduire la dépendance énergétique de la région et éviter le fameux black-out. Mais huit plus tard, la centrale à gaz de Landivisiau (Finistère) de 400 mégawatts n’a toujours rien produit. Et pour cause, l’équipement a pris beaucoup de retard à l’allumage en raison des nombreux recours déposés. Alors que la mise en service était initialement prévue à l’hiver 2016-2017, le groupe Total, qui doit exploiter la centrale, vient seulement de démarrer les travaux de préparation du chantier.

Une lettre envoyée au président de région

L’arrivée des premiers engins sur le champ de 17 hectares fin janvier n’est pas passée inaperçue et a ravivé la contestation sur place. Depuis, les opposants manifestent quasi quotidiennement sur le site pour perturber l’avancée des travaux. « Ce projet est inutile, c’est avant tout un choix politique plus qu’énergétique », affirme le collectif d’opposants à la centrale, qui a adressé ce mercredi une lettre au président de la région Bretagne pour réclamer l’arrêt pur et simple du projet.

« On a voulu nous faire croire au risque de black-out. Mais on n’en a jamais vu la couleur ! », ironise Gérard Borvon, président de l’association écologiste S-eau-S. « Surtout que la consommation énergétique a baissé depuis cette date en Bretagne et qu’en janvier 2018, la région s’est dotée d’une liaison souterraine de 225.000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc », poursuit le militant.

Le Conseil d’Etat donne raison aux opposants

A l’heure où l’urgence climatique est déclarée, la pollution que pourrait engendrer le site passe également mal chez les opposants. « On parle là d’un projet qui rejetterait plus d’un million de tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère, c’est énorme », assure Gérard Borvon. Dans leur combat, les opposants ont obtenu une petite victoire en début de semaine. Le Conseil d’État a en effet donné raison lundi à l’association Force 5, reconnaissant son intérêt à agir dans ce dossier.

C’est désormais la cour administrative d’appel de Nantes qui devra se prononcer sur le fond de l’affaire. L’association écologiste attaque notamment l’arrêt ministériel signé le 10 janvier 2013 autorisant Direct Energie, depuis racheté par Total, à exploiter la centrale sur un site se trouvant en zone Natura 2000.

« Le projet est toujours d’actualité » selon la préfète

Alors que des tensions se sont fait sentir le week-end dernier lors d’une manifestation d’opposants, la préfète de Bretagne Michèle Kirry a tenu à réaffirmer ce mercredi les engagements de l’État. « Ce projet de centrale à gaz reste toujours d’actualité bien entendu », a-t-elle indiqué à 20 Minutes, ne craignant pas le risque d’une nouvelle ZAD. « On n’en est pas là », a-t-elle ajouté, consciente toutefois que chantier s’annonce compliqué.

« On est dans une époque où tous les projets sont contestés. Le droit et les procédures ne suffisent plus, il faut donc réfléchir à une nouvelle façon de présenter et d’expliquer les choses ». Là aussi, la mission ne sera pas simple.