Pollution aux hydrocarbures dans les Yvelines: «Une marée noire à l’échelle locale»

ENVIRONNEMENT La fuite de plusieurs milliers de litres d’hydrocarbures dans les Yvelines, entre dimanche soir et lundi matin, est désormais maîtrisée. Mais la pollution inquiète les défenseurs de l’environnement

Mathieu Marin

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Une fuite d'hydrocarbures s'est propagée au niveau de la commune d'Audouillet, dans les Yvelines.
Une fuite d'hydrocarbures s'est propagée au niveau de la commune d'Audouillet, dans les Yvelines. — Préfecture des Yvelines
  • Une fuite d’hydrocarbures s’est déclarée dans un pipeline de l’entreprise Total, dans la nuit de dimanche à lundi, au niveau de la commune d’Autouillet (Yvelines), à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Paris.
  • Les défenseurs de l’environnement s’inquiètent pour le milieu aquatique et la protection des espèces y vivant toute l’année.
  • Les travaux vont prendre plusieurs mois pour décontaminer les terres.

« Une marée noire à l’échelle locale qui va provoquer de sérieux dégâts sur le milieu aquatique », prévient d’emblée Dominique Robert, président de l'association Atena 78 qui préserve la faune locale. « Sur le site, on ne sent que l’odeur de mazout. » Dans la nuit de dimanche à lundi, plusieurs milliers de litres d'hydrocarbures ont été déversés dans la nature suite à une fuite dans un pipeline de l’entreprise Total au niveau d’Autouillet dans les Yvelines. Environ 4 à 7 hectares de champs et rivières ont été touchés, a annoncé ce lundi la préfecture des Yvelines.Une situation désormais maîtrisée avec un arrêt du déversement des hydrocarbures ce mardi. La pollution reste présente.

Le pétrole s’est rapidement infiltré sous terre. « La source de pollution se trouve en profondeur dans un tuyau et a déjà gagné le cours d’eau appelé le Lieutel, un affluent du Mauldre qui se déverse dans la Seine. Cette fuite est assez dramatique », poursuit Dominique Robert. La raison ? Le fioul incrusté à l’intérieur de la terre qui complique les opérations. Si le pipeline a été fermé, les terres sont sévèrement touchées sur les communes de Vicq, Boissy-sans-Avoir et Autouillet.

Remplacer la terre au plus vite

« Les premières heures sont cruciales, il faut aller vite et excaver la terre. C’est-à-dire creuser et remplacer par de la terre propre afin d’isoler les zones polluées. Il s’agit de la solution la plus rapide mais pas forcément la plus durable », explique Solène Demonet, coordinatrice du réseau risques et impacts industriels à France Nature Environnement.

Total, responsable du pipeline d’Ile-de-France qui relie le dépôt de Gargenville à la raffinerie de Grandpuits, a très vite déclenché une cellule de crise. L’entreprise a précisé par communiqué « qu’elle présente ses excuses aux riverains pour les désagréments causés par cet incident tout en assurant qu’elle prendra à sa charge les remises en état des terrains affectés des agriculteurs ».

Des terres incultivables pour des agriculteurs

Suite à cette fuite, deux agriculteurs de Boissy-sans-Avoir ont désormais des surfaces de terres incultivables. « C’est révoltant, Total parle de désagréments mais ce sont des dégâts importants, c’est plus qu’un désagrément. Nous serons vigilants aux mesures financières qui seront proposées le temps que les agriculteurs récupèrent leurs terres », explique Alexandra Dublanche, vice-présidente de la région Ile-de-France au développement économique, à l’agriculture et à la ruralité.

Un milieu aquatique en danger

Si l’origine de la fuite dans le tuyau n’est toujours pas connue, les dégâts environnementaux sont nombreux. « On parle de dédommagement pour les agriculteurs car les terres sont incultivables mais qui va dédommager le milieu aquatique », s’interroge Dominique Robert. Avant de renchérir, « il y a aussi des animaux qui sont touchés, le cours d’eau abrite une libellule protégée ou encore des campagnols amphibies. Je vais contacter les communes concernées pour protéger la nature au plus vite ».

Un constat que partage Michel Contet, le trésorier de la section Yvelines de France Nature Environnement, « dépolluer le plus vite possible est une priorité car la fuite se propage dans les cours d’eau et affluents et donc possiblement pénétrer dans les nappes phréatiques. » Plusieurs mois de travaux sont déjà prévus pour décontaminer les terres. « Les terres couleur essence ne sont pas belles à voir. Le chantier ne fait que commencer », poursuit inquiet Dominique Robert.