Bretagne: Du lisier dans un ruisseau, 40 tonnes de poissons morts

POLLUTION L’accident qui a décimé l’élevage d’un pisciculteur du Finistère, dans la nuit de vendredi à samedi, scandalise les associations écologistes

Manuel Pavard

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La pollution au lisier du ruisseau Quillimadec a tué plus de 40 tonnes de truites d'une pisciculture située en aval.
La pollution au lisier du ruisseau Quillimadec a tué plus de 40 tonnes de truites d'une pisciculture située en aval. — Eaux & Rivières de Bretagne
  • La pollution au lisier d'un cours d'eau a tué plus de 40 tonnes de truites issues d'une pisciculture, dans le Finistère.
  • C'est le quatrième cas de ce type en dix mois dans les rivières du département.
  • Les associations de défense de la nature pointent l'élevage industriel porcin et le manque de contrôles des services de l'Etat. 

Plus de 40 tonnes de truites retrouvées mortes. C’est la sombre découverte faite par un pisciculteur de Lesneven (Finistère) qui a vu la quasi-totalité de son élevage décimé, dans la nuit de vendredi à samedi. Plusieurs centaines de m³ de lisier se sont en effet déversés dans le cours d’eau du Quillimadec, touchant la pisciculture située en aval.

Si l’enquête de la gendarmerie et de l’Agence française pour la biodiversité devra déterminer l’origine de cette pollution, pour les associations de protection de la nature, la coupe est pleine. Après des accidents similaires survenus en avril, août et septembre, il s’agit ainsi du quatrième cas de pollution au lisier en moins d’un an dans les rivières du département. Et à chaque fois, l’élevage industriel porcin est montré du doigt.

« On retrouve ce type de pollution tous les ans à la sortie de l’hiver », rappelle Brieuc Le Roch, chargé de mission juridique pour l’association Eau et Rivières de Bretagne. « Les fosses à lisier sont relativement chargées à cette période car les agriculteurs n’ont pas le droit de l’étendre pendant l’hiver. Les risques d’accident sont donc accrus. »

« Pas suffisamment d’inspecteurs ni de contrôles »

Pour lui, le diagnostic est limpide : « Ces installations sont susceptibles de provoquer des pollutions industrielles et avec plus d’une centaine d’exploitants sur le territoire, il faut les moyens adéquats pour les contrôler. » Dans le département voisin des Côtes-d’Armor, plus de 25 infractions pour non-respect des normes environnementales ont par exemple été constatées en moins de six mois.

Malheureusement, ajoute Brieuc Le Roch, pointant les manquements des services de l’État, « il n’y a pas suffisamment d’inspecteurs ni de contrôles ». « Il faut mettre en place un maximum de mesures préventives pour avoir une attention 24 heures sur 24 sur ces installations. La rivière ne peut pas être considérée comme une marge d’ajustement ou un cloaque », s’indigne-t-il.

Les conséquences se font en outre ressentir sur l’ensemble de la population environnante. Le lisier a ainsi pollué tout le Quillimadec, provoquant l’interdiction de la pêche et de la baignade jusqu’à la baie de Guissény, en bord de Manche, qui forme l’estuaire du ruisseau.