VIDEO. Extinction: Une espèce menacée doit attendre dix ans avant d'être protégée

ESPECE MENACEE Une lenteur administrative mais surtout géopolitique

J.D.

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Illustration d'un éléphant.
Illustration d'un éléphant. — HOerwin56

Si une espèce est menacée d’extinction, elle a intérêt à survivre par ses propres moyens pendant pas mal d’années avant d’être protégée par l’Homme. Selon une nouvelle étude publiée le 15 février dans la revue Science et rapporté par Futura-Science, il faut en effet en moyenne plus de 10 ans entre le moment où une espèce est considérée à risque d’extinction et celui où elle fait l’objet d’une mesure de protection internationale.​

L’autorité de référence pour classifier les espèces menacées est l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui publie une liste rouge des animaux et végétaux considérés comme « en risque d’extinction ». Mais cette liste de plus de 25.000 noms n’a aucune autorité pénale et est purement indicative. Elle ne peut forcer aucun Etat à prendre des mesures.

La non-efficacité de la Cites

Pour réglementer le commerce international, c’est la Convention internationale sur le commerce des espèces en danger (Cites) qui s’en charge. Mais les 183 pays qui la composent ne se réunissent que tous les trois ans pour statuer des espèces à protéger. Et de fait, le procédé ne semble pas efficace : les deux auteurs de l’étude de Science, Eyal Frank et David Wilcove, ont passé au crible près de 1000 espèces représentatives figurant sur la liste rouge de l’UICN, dont certaines « en danger critique ».

Les résultats sont édifiants : 28 % ne font l’objet d’aucune inscription à la Cites. Et pour celles inscrites, il faut s’armer de patience (et survivre jusque-là) : 62 % des espèces attendent jusqu’à 19 ans avant d’être protégées par la Cites ou ne sont toujours pas inscrites 24 ans après leur signalement sur la liste rouge de l’UICN. En moyenne, il faut 10,3 ans pour avoir enfin son nom sur les annexes I ou II (bannies de tout commerce ou soumis à une stricte réglementation).

Les intérêts économiques des pays s’en mêlent

Mais ce n’est pas qu’une question de lenteur administrative digne de votre ancienne fac. Souvent, ce sont les intérêts économiques de quelques pays qui freinent les inscriptions. Exemple, avec le thon rouge de l’Atlantique qui n’a pas été mis sur liste avec les protestations du Japon, des pays arabes ou du Canada, tous grands consommateurs. L'éléphant d'Afrique, dont le cas sera débattu en mai prochain, fait lui aussi l’objet de nombreux intérêts partisan. Or, une majorité des deux tiers des votants est requise pour valider une inscription.

Une lenteur particulièrement préjudiciable, déplore Eyal Frank, car les menaces sur les espèces sont-elles très rapides et variables : « De nouvelles tendances dans le commerce des espèces sauvages peuvent se développer très rapidement, certaines passant de communes à statut de quasi-extinction en quelques années seulement », alerte le scientifique.