La dangereuse mode des «bébés félins»

FELINS Des bébés tigres ou lions se retrouvent sur le marché noir pour des photos ou des adoptions non-réglementées

J.D.

— 

Illustration: Un bébé lion d'Asie, au zoo de Paignton, en Angleterre, en décembre 2012.
Illustration: Un bébé lion d'Asie, au zoo de Paignton, en Angleterre, en décembre 2012. — Richard Austin / Rex Fe/REX/SIPA

C’est la nouvelle tendance inquiétante : les bébés félins sont devenus un « must see » à avoir, achetables sur Internet (!) ou utilisés massivement pour des selfies tout mignon mais pas très cool pour la nature. « Entre septembre 2018 et janvier 2019, nous avons récupéré un bébé tigre et quatre lionceaux », énumère Jean-Christophe Gérard, vétérinaire à l’ association Tonga. Du jamais vu pour cette organisation chargée de recueillir des animaux sauvages saisis par les autorités françaises.

Parmi ces petits félins, un lionceau découvert en novembre dans une Lamborghini sur les Champs-Elysées et une petite lionne trouvée quelques jours auparavant dans un garage à Marseille, en piteux état ; pas encore sevrée, elle présentait un pelage clairsemé et des ulcères aux yeux. « Les gens leur donnent à manger comme à un chat ou à un chien », des croquettes, voire du chocolat, alors qu’ils ont besoin d’énormément de viande, indique Jean-Noël Rieffel de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

D’où viennent les bêtes ?

La détention de lions ou de tigres, des espèces menacées, est soumise à l’obtention d’autorisations. Pour autant, des cas d’animaux détenus illégalement par des particuliers arrivent fréquemment. Faire un selfie avec ses animaux coûte plusieurs centaines d’euros et pour devenir proprio du bébé animal, rajoutez un zéro.

Reste à déterminer d’où viennent ces animaux. L’hypothèse de félins capturés à l’état sauvage puis amené en Europe semble peu probable, pour une raison pragmatique : faire passer un bébé lion en contrebande est extrêmement compliqué. La piste la plus probable reste celle de cirques peu scrupuleux qui ne déclareraient pas certaines naissances pour revendre les bébés.

Il pourrait s’agir de « naissances non déclarées dans des cirques itinérants, des cirques étrangers qui viennent en France pour quelques semaines ou quelques mois, ou éventuellement des parcs zoologiques non accrédités », complète Loïs Lelanchon, du Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw).