Haute-Garonne: Petit paradis pour tortues, le refuge de Bessières a besoin d'aide pour grandir

BIODIVERSITE Bâti par des bénévoles, le refuge pour tortues de Bessières ouvrira ses portes au public en avril. Le site cherche à financer son agrandissement, rendu nécessaire par sa croissance démographique

Nicolas Stival

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Jérôme Maran, président de l'Association du refuge des tortues de Bessières, avec une pensionnaire des lieux.
Jérôme Maran, président de l'Association du refuge des tortues de Bessières, avec une pensionnaire des lieux. — N. Stival / 20 Minutes
  • Le refuge pour tortues de Bessières, près de Toulouse, accueille un millier d’animaux, récupérés auprès de particuliers ou des autorités.
  • Pour agrandir la zone de quarantaine, qui abrite des pensionnaires de plus en plus nombreux, une campagne de financement participatif a été lancée.
  • Le grand public pourra découvrir ce projet patiemment élaboré par des passionnés lors de la première quinzaine du mois d’avril.

En Haute-Garonne et au-delà, la petite ville de Bessières est connue pour son omelette géante de Pâques. Un peu moins pour le millier de tortues terrestres et aquatiques, soit un quart de la population humaine, qui mène une vie paisible à 30 km au nord-est de Toulouse. Derrière cette colonie à carapace, pas forcément typique du coin, se trouvent Jérôme Maran et ses amis.

En ce beau lundi de février, le président de l’Association du refuge des tortues (ART) manœuvre un tractopelle. A côté de lui, s’affaire Yoann, mais aussi Tom, en service civique, ainsi que les stagiaires Lucas et Vincent. Sous leurs pieds naîtra bientôt la zone d’accueil d’un lieu « unique en France », dont l’ouverture au public est programmée pour la première quinzaine du mois d’avril.

Un vrai petit lotissement, avec enclos personnalisés.
Un vrai petit lotissement, avec enclos personnalisés. - N. Stival / 20 Minutes

L’intense activité humaine tranche avec le calme qui règne à quelques mètres de là, dans une trentaine d’enclos colorés avec « jardins » et dans autant de bassins, répartis sur un hectare. A l’exception des vaillantes tortues de Floride, les autres reptiles hibernent. Et cela devrait durer encore un mois. Un peu moins peut-être, si le doux soleil actuel continue d’inonder le Sud-Ouest.

Une quarantaine d’espèces

« Il y a environ une quarantaine d’espèces différentes, explique Jérôme Maran. Les tortues nous sont données par des particuliers qui ne peuvent plus s’en occuper, ou alors par l’administration comme les douanes, l’ONCFS [Office national de la chasse et de la faune sauvage] ou les services vétérinaires qui font des saisies. Nous ne sommes pas un centre d’élevage, nous ne proposons pas d’animaux à l’adoption. Ici, c’est un sanctuaire. »

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, ce Toulousain de 45 ans a vécu avec des tortues, « des animaux symboliques, à la merci des activités humaines, qui supportent la captivité et sont autonomes ».

Une tortue africaine porte son nom

Face à cette passion, l’histoire-géo étudiée à la fac du Mirail (aujourd’hui Jean-Jaurès) n’a pas pesé lourd. Jérôme Maran est donc parti à travers le vaste monde observer les testudines, quand il ne travaillait pas dans un parc (à tortues évidemment) en Corse. Au cours de ses explorations, il a même découvert trois nouvelles espèces en Afrique. L’une d’elles, débusquée en pleine forêt équatoriale gabonaise, porte son nom :  la Pelusios Marani.

Il n'y en a pas que pour les tortues.
Il n'y en a pas que pour les tortues. - N. Stival / 20 Minutes

Depuis 2006, Jérôme Maran préside aussi l’ART, forte aujourd’hui de 500 adhérents. Il a fallu batailler pour trouver un terrain adéquat, sur une ancienne gravière de Bessières, afin de loger une grande famille qui croît chaque année. « On a recueilli 647 animaux en 2018 », détaille le quadragénaire.

Depuis 2016, le refuge organise quelques journées portes ouvertes. La fête de la tortue, au mois de juin, attire plus de 3.000 personnes et donne un bol d’air financier à cette association loi 1901. Dans deux mois, une nouvelle étape sera donc franchie, et l’accueil du public deviendra permanent.

« Tortue du curé » et tortue alligator

« Il s’agira d’un centre d’éducation à l’environnement, toutes les visites seront guidées ». Le public apprendra ainsi l’histoire de la « tortue du curé », qui a vécu pendant 45 ans chez un prêtre de la région toulousaine, aujourd’hui décédé. Ou encore celle de la tortue alligator d’une trentaine de kilos, originaire des Etats-Unis mais découverte dans un lac normand par un pêcheur à la carpe.

Important: ne pas placer la solide tortue alligator dans le même enclos que des tortues plus petites. Elle est carnivore et vorace.
Important: ne pas placer la solide tortue alligator dans le même enclos que des tortues plus petites. Elle est carnivore et vorace. - ART

Jérôme Maran est intarissable sur le refuge, patiemment bâti par les bénévoles de l’association avec des matériaux de récupération. Dans ce petit village où la vitesse n’est pas un souci, rues et ronds-points constituent autant d’hommages aux pionniers de l’herpétologie et aux bienfaiteurs de l’ART. Comme la Fondation Brigitte-Bardot, la SPA ou 30 Millions d’Amis…

« Ce projet est né de la solidarité des gens », répète celui qui consacre sept jours sur sept à sa passion, en « surfant sur ses réserves » financières. Le Haut-Garonnais cite l’exemple, tout frais du lundi matin, de ce « papy » venu porter un cageot de pommes pour nourrir les tortues. Des centres commerciaux du coin fournissent aussi fruits et légumes invendus.

Mais la solidarité locale trouve aujourd’hui ses limites, devant l’afflux de nouvelles pensionnaires. D'où le recours au financement participatif. Le refuge doit s’agrandir, notamment la zone de quarantaine, aire de transit des dernières arrivantes, vermifugées et pucées grâce à un partenariat avec l’école vétérinaire de Toulouse.

En projet : une serre de 80 mètres carrés, afin d’y loger 13 bassins pour tortues aquatiques et quatre enclos pour leurs cousines terrestres. Mais aussi cinq bassins extérieurs, réservés aux tortues alligators, à carapace molle et aux chélydres serpentines. Coût total des travaux : plus de 31.200 euros.

L’ART a besoin d’aide pour couvrir ces frais. Afin de croître et de durer, pourquoi pas, aussi longtemps que certaines de ses protégées.