Fonte de glaciers en Antarctique: «Si le niveau de la mer augmente, cela aura un impact sur toutes les côtes du monde»

INTERVIEW La fonte d'importants glaciers situés dans l'Antarctique ouest pourrait entraîner une augmentation de 3 mètres du niveau des mers, alerte le glaciologue Gaël Durand

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

— 

Un iceberg dans l'Antarctique (illustration).
Un iceberg dans l'Antarctique (illustration). — CHINE NOUVELLE/SIPA

Ainsi fond, fond, fond, le glacier de l'antarctique ouest. Alors que les «  gilets jaunes » et la Ligue du LOL monopolisent l’attention de la presse en France, les glaciers Thwaites et de Pine Island, situés dans la mer d’Amundsen, à plusieurs milliers de kilomètres de là, transpirent dans une indifférence quasi générale. La faute, sans doute, à un climat qui se réchauffe doucement mais sûrement (15 °C à Paris un 18 février, TOUT-VA-BIEN). Pourtant, si ces morceaux de glace géants venaient à disparaître, le niveau des mers pourrait monter d’environ 3 mètres.

Ce qui aurait des conséquences dramatiques pour l’humanité tout entière. Un scénario catastrophe est-il forcément inéluctable ? Que faire pour tenter de redresser la barre ? 20 Minutes a posé quelques questions au glaciologue  Gaël Durand, chercheur au CNRS, rattaché à l’Institut des géosciences de l’environnement.

A quelle vitesse fondent les glaciers Thwaites et de Pine Island, qui se situent dans l’ouest de l’Antarctique ? Quelles sont les conséquences ?

Depuis une vingtaine d’années, on observe que ces deux glaciers reculent et perdent de la masse. L’Antarctique est une calotte polaire, c’est-à-dire que la glace est stockée sur le continent. En fondant, cette masse de glace se retrouve dans l’océan et le niveau de la mer monte. Aujourd’hui, le niveau de la mer augmente sur tout le globe en moyenne de 3 mm par an : 1 mm est dû à la dilatation thermique des océans – plus il est chaud, plus l’océan prend de la place. 1 mm est dû aux glaciers de montagne qui eux aussi reculent. Enfin, 1 mm est dû aux calottes polaires : deux tiers pour le Groenland, un tiers pour l’Antarctique.

La particularité de ces deux glaciers, c’est que la glace repose sur un socle rocheux qui se trouve sous le niveau de la mer. Ils se trouvent par conséquent dans une configuration possiblement instable. La crainte, c’est qu’on passe un seuil du fait du réchauffement climatique et qu’on arrive à perdre ces glaciers en quelques siècles. Ces deux glaciers sont le point faible de l’Antarctique de l’ouest et pourraient entraîner dans leur retrait une grande partie de la calotte avec pour conséquence une élévation du niveau de la mer de l’ordre de 3 mètres.

Le réchauffement climatique est-il totalement responsable de la fonte de ces glaciers ?

Dans un climat qui se réchauffe, qu’il y ait moins de glace semble une évidence. Toutefois, il n’y a pas aujourd’hui de démonstration scientifique montrant clairement la part du réchauffement climatique et de la variabilité climatique dans la perte de masse observée depuis vingt ans. Mais on soupçonne fortement qu’il existe un lien avec le réchauffement de la planète, typiquement ces glaciers sont là depuis toute la période chaude actuelle : l’holocène.

Ce phénomène est-il irréversible ?

C’est toute la question. Les deux calottes polaires ont des points de bascule qui se trouvent à des températures situées entre 1,5 et 2 degrés au-dessus de la température avant la période pré industrielle – sachant que nous sommes déjà un degré au-dessus environ. C’est très difficile d’estimer précisément où se situent ces seuils. Mais on s’attend à ce que le phénomène devienne irréversible si on les dépasse durablement. La question est donc de savoir si ce qu’on observe sur le glacier de Thwaites et plus généralement dans le secteur d’Amundsen est une variabilité pluridécennale ou les signes avant-coureurs d’un effondrement – ce qui est probable.

C’est évident que cela entraînera des modifications à l’échelle planétaire. Si le niveau de la mer augmente de 3 mètres, cela aura un impact sur toutes les côtes du monde, les infrastructures les plus vulnérables comme les ports, les grandes villes comme New York… Plus notre planète se réchauffera, plus les conséquences seront importantes, avec des phénomènes comme la perte de l’Antarctique de l’ouest, à l’ampleur considérable, et qui peuvent soudainement être mis en jeu de manière irréversible !