Toulouse: Martin mange bio, il a pourtant 31 fois le taux autorisé de glyphosate dans ses urines

POLLUTION ​Comme 45 autres habitants de la Haute-Garonne, Martin a déposé plainte mercredi notamment pour « mise en danger de la vie d’autrui » après avoir découvert la présence de glyphosate dans ses urines

Beatrice Colin

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Martin a déposé plainte mercredi après avoir découvert qu'il avait 3,14 microgrammes / l de glyphosate dans ses urines, quand la norme est de 0,1, soit 31 fois la dose autorisée.
Martin a déposé plainte mercredi après avoir découvert qu'il avait 3,14 microgrammes / l de glyphosate dans ses urines, quand la norme est de 0,1, soit 31 fois la dose autorisée. — B. Colin / 20 Minutes
  • Plusieurs Toulousains ont effectué des analyses d’urines dans le cadre d’une campagne lancée en Ariège pour y déterminer la présence de glyphosate.
  • Les taux de glyphosate sont en moyenne 11 fois plus élevés en comparaison au taux maximal autorisé dans l’eau potable. Martin détient le « record » avec un taux 31 fois plus élevé.
  • Mercredi, Martin et 44 autres Toulousains ont porté plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Ils sont tous contaminés au glyphosate, mais Martin plus que les autres. Aux côtés de 44 autres personnes, cet étudiant toulousain a porté plainte mercredi après-midi pour « mise en danger de la vie d’autrui », « tromperie aggravée » et « atteinte à l’environnement ».

Le 21 décembre dernier, ces militants ont participé à la campagne « J’ai du glyphosate dans mes urines, et toi ? ». Sous contrôle d’huissier, tous ces volontaires ont fait analyser la présence de pesticide. Et contre toute attente, c’est Martin qui est sorti du lot, avec un taux de glyphosate 31 fois supérieur à la dose autorisée dans l’eau potable à titre de comparaison.

« J’étais sûr d’en avoir dans mes urines, mais je ne m’attendais pas à être lauréat », reconnaît le jeune homme. Végétarien, comme de nombreux militants il fait attention à son alimentation. « J’essaie de manger bio au maximum, avec les contraintes que connaissent les étudiants. J’avais l’impression de faire gaffe », poursuit celui qui suit des études de sociologie de l’environnement.

Responsabilités des politiques

Pour tenter d’endiguer le phénomène de contamination, il fait désormais des cures de détox grâce à des tisanes. Il a aussi cherché à savoir d’où pouvait provenir tout ce glyphosate. « Cela pourrait provenir de la bière. J’ai aussi fait les vendanges en septembre dernier et j’ai été en contact avec les cultures traitées », suppose Martin.

Mais s’il arrive à faire baisser son taux de glyphosate, il ne se fait pas d’illusions sur le reste. « C’est le pesticide le plus tristement célèbre et la molécule la plus simple à détecter. On sait qu’il y a à côté tout un cocktail de produits phytosanitaires à remettre en cause. Porter plainte, c’est un moyen d’en parler et quand les politiques ne prennent pas leurs responsabilités, les citoyens sont là pour les leur rappeler », assure-t-il.

En attendant que sa plainte et celles de centaines d’autres personnes soient traitées par le pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris, il sait que le pesticide n’a pas fini de faire parler de lui. Et de citer en référence le cas de ce jardinier américain, Dewayne Johnson, qui a réussi à faire condamner Monsanto à payer des millions de dollars.

 

Plaintes

Lancée en Ariège en avril 2018, la campagne «J’ai du glyphosate dans mes urines, et toi ?» a fait des émules. Plus de 200 plaintes ont été déposées à travers toute la France. Toutes vont être regroupées et traitées par le pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris. A Toulouse, une deuxième vague d’analyses d’urine a eu lieu le 7 février et une nouvelle salve de plaintes est prévue en mars.