Bouches-du-Rhône: Gardanne, l’épicentre des enjeux de la transition écologique

ENERGIES La ville de Gardanne est touchée de plein fouet par les enjeux de la transition écologique avec la fermeture de la centrale à charbon et la problématique des boues rouges

Adrien Max

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Gardanne le 23 mars 2011 - L'usine de boues rouges Peychinet et l'ancienne mine de charbon
Gardanne le 23 mars 2011 - L'usine de boues rouges Peychinet et l'ancienne mine de charbon — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • La ville de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, doit faire face à la fermeture programmée de la centrale à charbon et aux problématiques écologiques liées à l'usine Altéo. 
  • Si la centrale à charbon n'est plus nécessaire à la sécurité électrique de la région, l'alumine produite par Altéo représente un atout pour le territoire. 
  • La centrale bio-masse, qui remplace l'une des tranches de celle à charbon, pourrait bien être le prochain dossier épineux du territoire.

Si le thème de la transition écologique devait s’incarner, il prendrait le visage de la ville de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Fermeture programmée de la centrale à charbon et boues rouges de l’usine Altéo, sont deux dossiers qui reflètent les problématiques de la transition écologique, et de l’emploi, à l’heure du grand débat national.

Flou autour de la centrale à charbon

Le premier est directement diligenté par l’Etat, Emmanuel Macron a inscrit la fermeture de la tranche charbon de la centrale dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en novembre 2018. Une réunion est programmée ce vendredi pour discuter du projet de territoire autour de cette transition.

Mais Roger Mei, le maire PCF de Gardanne, a déjà fait connaître sa position. « Nous devons utiliser le charbon propre », martèle-t-il aux côtés des syndicats de la centrale qui ont mandaté un bureau d’études pour travailler dans ce sens. Ils demandent, pour la plupart, un moratoire sur le charbon. François-Michel Lambert, député LREM du secteur, ne veut pas entendre parler du charbon vert.

Le pire en politique est de créer des fausses illusions auprès des citoyens, ce charbon vert ne sera pas prêt avant 2040. »

Des projets économiques et sociaux

Le député a d’autres idées. « Il faut regarder les besoins du territoire. On sait que la métropole d’Aix-Marseille manque de 400 hectares pour sa croissance. On dispose de 80 hectares sur ce site, qui se trouve à dix minutes d’Aix, à vingt-cinq minutes de Marseille. On peut y créer des logements, avec des écoles, des lycées. L’emplacement privilégié de cette zone permettrait la création d’une plateforme logistique », imagine François-Michel Lambert.

Gardanne le 22 septembre 2011 - La centrale thermique
Gardanne le 22 septembre 2011 - La centrale thermique - P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Selon ses calculs, cet aménagement du territoire pourrait créer près de 3.000 emplois dans une ville qui compte 1.900 chômeurs.

Pour Pierre Aplincourt, de France Nature Environnement (FNE) Paca, cette fermeture va dans le sens d’une réponse à l’urgence climatique. Le contrat de transition énergétique (CTE) est une « occasion de partir sur d’autres projets économiques sur le secteur de Gardanne en y intégrant un volet social ».

Le plus important est une coconstruction de ce projet, avec tous les acteurs. Je ne sens pas une telle mobilisation de la région, du département ou de la métropole, qui visiblement souhaitent connaître à l’avance l’enveloppe allouée par l’Etat. »

Dérogation de polluer rejetée

L’autre dossier sensible en termes d’écologie et d’emploi concerne l’usine Altéo et ses boues rouges. Pointée du doigt depuis de nombreuses années pour sa pollution dans les calanques et sur le site de stockage à terre Mange-Garri, l’usine a subi un revers judiciaire fin janvier. La cour administrative d’appel de Marseille a rejeté sa dérogation pour le rejet d’effluents liquides au large des Calanques au-delà de fin 2019. Alteo avait qualifié cette date butoir d'« irréaliste », menaçant le site de Gardanne, et les 700 emplois du bassin local.

Le site de Mange-Garri entre Gardanne et Bouc-Bel-Air, recouvert de poussière rouge avec en fond la Sainte-Victoire.
Le site de Mange-Garri entre Gardanne et Bouc-Bel-Air, recouvert de poussière rouge avec en fond la Sainte-Victoire. - Boris Horvat / AFP

Depuis l’usine redouble d’efforts et développe de nouveaux procédés pour limiter sa pollution. « Même avec toute la volonté du monde, il sera très compliqué pour ce projet d’être mis en service avant le 31 décembre 2019 », explique la CGT. Elle demande aux autorités « qu’elles ne se prononcent pas sur un arrêt ferme de l’activité au 31 décembre 2019 », afin de préserver les 500 emplois directs.

Une démarche d’économie circulaire qui pose question

Côté terre, où sont stockés les résidus de bauxite auparavant rejetés dans les calanques, Altéo est « fortement engagée dans une démarche d’économie circulaire. De nombreuses pistes pour réutiliser ces résidus ont été identifiées », avance l’entreprise.

Des arguments balayés par Olivier Dubuquoy, farouche opposant aux boues rouges, qui considère cette volonté de réutilisation de beauxaline comme criminelle. « Il s’agit d’une fausse pratique vertueuse qui n’aurait pour seule conséquence de diluer leur pollution en gagnant de l’argent », rétorque-t-il.

Il a déjà imaginé un projet de transition écologique, « validé par Nicolas Hulot », selon lui : « Une centrale photovoltaïque pourrait être installée sur le site d’entreposage de Mange-Garri, ce qui générerait des profits pour créer des TPE-PME, où les salariés se réorienteraient. Il faudrait également conserver les cadres d’Altéo afin de développer un nouveau procédé de fabrication de l’alumine en recyclant l’aluminium. »

Ecologie Vs Compétitivité

Un scénario qui fait bondir François-Michel Lambert. L’usine d’Altéo représente un savoir-faire très compétitif pour ce bassin selon lui :

Lorsqu’il y a eu des problèmes avec les batteries Samsung, ils sont venus s’approvisionner ici. L’usine revend les brevets des procédés de traitement de la pollution. Elle représente un savoir-faire ultra-compétitif. »

FNE rejoint cette position. « Altéo est l’un des rares établissements industriels qui réalise des investissements non-productifs, pour l’environnement. L’entreprise est en capacité de maintenir une activité industrielle soutenue et compétitive grâce à son alumine de très haute qualité », considère Pierre Aplincourt. Mais il reste néanmoins attentif à l’impact écologique de l’entreprise, comme en témoigne la position de FNE pour le raccourcissement du délai des dérogations.

Pour l’association, le principal risque écologique du territoire réside désormais dans la centrale biomasse de Gardanne, bien que les projecteurs soient braqués sur la centrale à charbon et Altéo. « Nous nous sommes aperçus que la centrale de biomasse était autorisée à polluer 20 à 30 fois plus que l’incinérateur de déchets de Fos-sur-Mer. Sans compter le nombre de camions qui viennent livrer le bois et qui génèrent de la pollution, alors que la centrale a un rendement d’à peine 30 % ». Gardanne n’a pas fini d’entendre parler d’écologie.