Les astronautes ont-ils la nostalgie de l’espace?

VOYAGE Beaucoup rêvent de retourner en orbite…

Nicolas Raffin

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Une fusée Soyouz décolle du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, le 3 décembre 2018.
Une fusée Soyouz décolle du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, le 3 décembre 2018. — Dmitri Lovetsky/AP/SIPA
  • Thomas Pesquet devrait retourner dans l’espace après son vol en 2017.
  • L’astronaute avait confié une certaine « nostalgie » au moment de son retour.
  • Le retour est géré de manière différente par chaque astronaute.

Thomas Pesquet a de la chance. Après avoir passé 200 jours à bord de la station spatiale internationale (ISS) en 2017, l’astronaute français devrait à nouveau quitter la Terre dès fin 2020 ou début 2021, comme l’a expliqué mardi la ministre Frédérique Vidal. Ce nouveau voyage lui permettra-t-il de combler son manque de l’espace ?

A son retour sur Terre en juin 2017, Thomas Pesquet s’était dit heureux de retrouver « une overdose de sensations ». Mais il avait aussi reconnu que « la sensation de flotter, de légèreté » lui manquait. « C’est une sensation de liberté totale » avait-il poursuivi, tout en expliquant avoir ressenti une certaine « nostalgie » au moment de quitter ses camarades de l’ISS. « C’est ta vie, c’est ta maison, tu ne vois que ça pendant six mois » confiait-il encore à France 3, quelques semaines après son atterrissage.

« La plus belle expérience dont vous pouvez rêver »

Cette envie de retourner là-haut, Patrick Baudry la connaît également. En 1985, il décolle à bord de la navette spatiale américaine Discovery pour un séjour d’une semaine en orbite. « Vous savez, l’espace c’est fantastique, explique-t-il à 20 Minutes. On y passerait sa vie. Si j’en avais les moyens, j’y retournerai dès que possible ».

Pour autant, l’ancien astronaute affirme ne pas souffrir d’une quelconque nostalgie. « Aller dans l’espace, même en restant à proximité de la Terre, c’est la plus belle expérience dont vous pouvez rêver, reconnaît-il. Mais pour moi, la vie ce n’est pas seulement les vacances. J’avais plein d’occupations, plein de projets après le vol. Et puis il faut bien comprendre qu’en tant que Français, je n’avais pas un rôle prépondérant dans la mission ».

« Vous êtes sans cesse sollicités »

Le retour sur Terre peut aussi s’apparenter à un véritable chemin de croix. Edwin « Buzz » Aldrin, le deuxième homme à avoir marché sur la Lune, a ainsi sombré plusieurs années dans la dépression et l’alcoolisme après son exploit. « Je me sentais découragé, racontait-il en 2017 au Telegraph. J’avais été sur la Lune, mais qu’est-ce que j’allais faire ensuite ? ».

« Des personnes comme lui ont acquis une énorme notoriété, analyse Patrick Baudry. Du jour au lendemain, votre vie devient ingérable, vous êtes sans cesse sollicité et ça peut mener au burn out. Ce n’est pas forcément le voyage spatial en soi qui est responsable de ça, mais plutôt l’énorme écho qu’il suscite ». Mais même s’il a les pieds bien sur Terre, l’ancien astronaute regarde toujours vers le ciel : « Bien sûr, parfois on préférerait être là-haut » conclut-il dans un sourire.