Alsace: Qu'est-ce que Stocamine, où des tonnes de déchets toxiques resteront finalement enfouis?

ENVIRONNEMENT Le gouvernement a décidé de confiner définitivement les déchets industriels dangereux dans le sous-sol de Wittelsheim dans le Haut-Rhin. «20 Minutes» vous fait tout comprendre à cette affaire vieille de 20 ans...

Bruno Poussard

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A l'entrée du site de Stocamine après l'incendie qui a touché pendant plusieurs jours un bloc souterrain où ont été enfouis des déchets dangereux. Illustration
A l'entrée du site de Stocamine après l'incendie qui a touché pendant plusieurs jours un bloc souterrain où ont été enfouis des déchets dangereux. Illustration — Thomas Wirth AFP
  • Après des années d’atermoiement, le gouvernement a décidé de ne pas extraire les déchets ultimes enterrés dans le sud de l'Alsace depuis 20 ans.
  • Premier centre de stockage de déchets dangereux contenant notamment du mercure ou de l’arsenic en France, Stocamine a ouvert en 1999.
  • Le site haut-rhinois a arrêté l’enfouissement trois plus tard à cause d’un incendie dans un bloc. 

Arsenic, chrome, pesticides, mercure… 42.000 tonnes de déchets industriels ultimes de Stocamine resteront donc enfouies sous terre à Wittelsheim (Haut-Rhin). Au terme de longues années d’atermoiement, l’actuel gouvernement a décidé de ne pas extraire ces dangereux déchets restants et poursuivre leur confinement dans le sous-sol de la plaine d’Alsace.

Pourtant, Nicolas Hulot avait ouvert la porte à un déstockage intégral (ou presque) en demandant une étude de faisabilité début 2018. Malgré la possibilité démontrée d’un tel procédé, son successeur au ministère de la Transition écologique François de Rugy en a jugé autrement, face au « surcoût » et aux « risques » du déstockage. Petit flash-back, pour comprendre.

De quand l’enfouissement date-t-il ?

L’ouverture du premier (et seul) site d’enfouissement de tels déchets ultimes en France remonte à 1999. Alors que l’Allemagne en compte plus d’une dizaine, Stocamine était initialement pensé pour 320.000 tonnes dans une ex-mine de potasse à plus de 500 mètres sous terre. Non loin de Mulhouse dans le sud de la région, le site en a reçu sept fois moins en trois ans.

Pourquoi s’est-il arrêté d’un coup ?

Fin 2002, un gros incendie s’est déclenché dans un bloc, entraînant des problèmes de santé pour les salariés confrontés à des fumées toxiques, puis la condamnation de l’entreprise gestionnaire et son directeur (pour des déchets non autorisés). Voulu réversible à l’ouverture, Stocamine a cessé d’enfouir. Mais le coût d’entretien du site, épinglé, reste important.

Que s’est-il passé entre-temps ?

La première décision sur son avenir est tombée fin 2012, après une dizaine d’années d’expertises, débats et recours. Tout en demandant d'extraire la majorité du mercure contenu dans ces déchets (transporté depuis en Allemagne), l’Etat a choisi l’enfouissement définitif. Avant de lancer une nouvelle concertation et de modifier légèrement le scénario. Puis de confirmer la décision irréversible, en 2017, et donc en ce début 2019.

Qu’en pense le territoire local ?

Composé d’associations environnementales ou d’habitants et de syndicats, le collectif Destocamine s’est monté en opposition à l’enfouissement définitif. Mais il n’a pas été le seul à se faire entendre. Maires, députés, sénateurs du coin, ou président du conseil départemental du Haut-Rhin et du conseil régional du Grand Est contestent encore la décision de l’Etat ce mardi.

Pourquoi les opposants sont mécontents de la décision gouvernementale ?

Tout près du centre de stockage, la nappe phréatique qui alimente le sud de l’Alsace (et au-delà) est à l’origine des inquiétudes d’un risque de contamination. Bien que 93 % du mercure enfoui a été retiré, cette possibilité, « en cas de défaillance », est reconnue, dans « 600 à 1.000 ans », selon l’expertise du Bureau de recherches géologiques et minières. Rendue fin 2018, celle-ci a conforté la position de trois députés locaux à l'origine du premier rapport parlementaire sur Stocamine préconisant un déstockage total en dehors du bloc touché par l’incendie. Comme eux, les opposants restent mobilisés.