Nouvelle Aquitaine: Le réchauffement a eu des effets positifs sur la viticulture, mais cela ne devrait pas durer

ENVIRONNEMENT La région Nouvelle Aquitaine est engagée dans une feuille de route pour anticiper les conséquences du réchauffement climatique d’ici à 2030, notamment au sein de sa filière viticole…

Mickaël Bosredon

— 

Vigne dans le Médoc le 12 août 2017
Vigne dans le Médoc le 12 août 2017 — M.Bosredon/20Minutes
  • Le risque pour la filière viticole, notamment à Bordeaux, est de produire des vins trop forts en alcool.
  • Elle va certainement devoir anticiper un changement partiel de ses cépages.
  • La région Nouvelle Aquitaine entend de son côté mobiliser tous les acteurs et présenter une feuille de route le 9 juillet prochain.

Risques de sécheresse, de baisse de ressources en eau ou encore conséquences sur la viticulture… La région Nouvelle Aquitaine a décidé de se saisir très en amont du sujet du réchauffement climatique.

Jeudi, elle organisait un colloque sur l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, avec la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle Aquitaine, et le Comité scientifique régional AcclimaTerra, mis en place par la région et qui réunit 400 chercheurs pilotés par le climatologue Hervé Le Treut. Ce colloque est une étape dans la feuille de route de la région pour la transition agricole à l’échelle 2030. Celle-ci est axée sur deux enjeux : l’adaptation au changement climatique (y compris la limitation des gaz à effets de serre) et la sortie des pesticides. Elle sera présentée lors d’une séance plénière exceptionnelle sur la transition énergétique et environnementale le 9 juillet prochain.

Des vins trop forts en alcool ne correspondraient plus à ce qu’attendent les consommateurs

Toutes les filières agricoles étaient représentées jeudi. Et notamment la filière viticole, particulièrement présente dans la région, et très exposée. « La filière viticole est très impliquée depuis deux-trois ans, assure Lydia Heraud, conseillère régionale déléguée à la viticulture, et nous mettons en place un projet avec l’Etat, l’interprofession ou encore les pôles de compétitivité, notamment pour la réduction de pesticides. Et si le tonnage des produits utilisés ne diminue pas encore, il y a une véritable baisse des produits les plus toxiques, et une augmentation de ceux utilisés en agriculture bio. »

Le risque avec le réchauffement pour cette filière, c’est de produire des vins trop forts en alcool, au-delà des 15 °C, ce qui ne correspondrait plus à ce que l’on attend des Bordeaux par exemple. « Les acheteurs n’en voudraient plus, assure Lydia Héraud. Il faut donc que les professionnels travaillent sur l’encépagement, afin de privilégier des cépages tardifs plutôt que des cépages mûrs très tôt et donc plus riches en alcool. C’est bien pour cela qu’un cépage comme le petit verdot est remis au goût du jour dans notre région. »

Vers des céréales moins gourmandes en eau

Pour le moment, fait remonter l’élue, « les viticulteurs notent que les effets du réchauffement n’ont pas encore eu d’impact négatif, voire ont provoqué des changements positifs, mais ils savent aussi que l’on risque d’entrer très vite dans une période moins reluisante. » Les conséquences pourraient encore être « le développement de nouvelles maladies qu’ils ne rencontrent pas encore, avec l’arrivée d’insectes qui ne remontent pas jusqu’ici pour l’instant. »

Première région agricole d'Europe, la Nouvelle Aquitaine compte aussi de nombreux élevages et de grandes cultures de céréales. « Toutes nos filières sont exposées, et on pourrait avoir besoin de céréales moins gourmandes en eau », tandis que les cultures de fruits traditionnels pourraient être partiellement remplacées, par exemple par des oliveraies, comme on en voit en Charente-Maritime.

« Il y a une vraie prise de conscience de ces filières, assure Lydia Héraud, maintenant c’est à nous de les accompagner vers une transformation, une réorganisation, vers des techniques qui vont parfois exiger plus de main-d’œuvre, ou qui font craindre une baisse de rendement, au moins au départ. »