CORDEMAIS, le 16/09/2010 Centrale electrique et thermique
CORDEMAIS, le 16/09/2010 Centrale electrique et thermique — © Fabrice ELSNER

CHARBON

Cordemais : Quatre questions autour du projet qui pourrait sauver la centrale à charbon

Baptisé « Ecocombust », le projet d’EDF vise à remplacer progressivement le charbon par des granulés fabriqués à base de déchets de bois…

  • Menacée de fermeture, la centrale pourrait finalement continuer à fonctionner après la date de 2022.
  • Un projet, appelé « Ecocombus », est mené par EDF afin de remplacer progressivement le charbon par des granulés de bois.

Menacée de fermeture, la centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) pourrait obtenir un sursis en brûlant du bois. C’est en tout cas le projet défendu par EDF et les salariés, qualifié d’intéressant par le ministre de la transition écologique, François de Rugy. Si la reconversion en centrale biomasse aboutissait, la centrale pourrait fonctionner au-delà de 2022, date d’arrêt du charbon en France.

C’est quoi ce projet ?

Baptisé « Ecocombust », le projet d’EDF vise à remplacer progressivement le charbon par des granulés fabriqués à base de déchets de bois (tailles de haies, bois d’ameublement, panneaux, emballages…). A moyen terme, la centrale brûlerait 80 % voire 100 % de biomasse, pendant 500 à 1.000 heures par an (contre 4.500 aujourd’hui). « La centrale tournera moins mais pendant des périodes de pointe. Le gros avantage, c’est qu’on n’a pas besoin de tout modifier », avance Joël Geffroy, maire (divers droite) de Cordemais.

Y a-t-il un consensus autour d’Ecocombust ?

Non, au vu du scepticisme d’associations écologistes. Cécile Marchand, chargée de campagne aux Amis de la Terre, souligne que les granulés fabriqués à base de déchets risquent de détériorer la centrale en raison de leurs impuretés. « Aucun exploitant dans le monde n’a réussi à passer au stade industriel », affirme-t-elle.

« Le gros risque, c’est qu’EDF se retrouve à brûler du bois prélevé en forêt. Ce serait une catastrophe écologique, une catastrophe pour la biodiversité », prévient-elle. Un scénario à la Gardanne, cette ancienne centrale à charbon des Bouches-du-Rhône qui brûle du bois de coupe et est accusée par les écologistes de menacer les forêts locales. « En aucun cas, le bois de forêt ne sera utilisé », abonde Gwénaël Plagne, de la CGT d’EDF.

Y a-t-il d’autres critiques ?

Oui, comme le faible rendement de la centrale. « Elle gaspille les deux tiers de son combustible car elle ne valorise pas la chaleur perdue », pointe ainsi l’association Virage Energie Climat. Elle dénonce un « gaspillage énergétique inouï » par rapport aux centrales à cogénération modernes, qui produisent de l’électricité et de la chaleur pour les réseaux de chauffage urbain.

Aux craintes qu’il y ait tout de même des licenciements, Gwénaël Plagne assure qu' « EDF sauve quasiment l’intégralité des emplois » avec Ecocombust. Mais là encore, le groupe n’a pas pris d’engagement public. Avec 1.500 emplois indirects et 27 millions d’euros versés aux collectivités, la centrale joue un rôle essentiel dans l’économie locale.

Quid de la sécurité du réseau électrique ?

C’est cette question qui va aussi peser dans la balance, alors que la Bretagne ne produit que 15 % de son électricité. Charbon ou pas, fermer la centrale de Cordemais pourrait s’avérer impossible si d’autres centrales n’étaient pas mises en service d’ici 2022 (EPR, gaz, éoliennes).