VIDEO. Conteneurs échoués aux Pays-Bas: Un accident aussi grave qu’une marée noire?

POLLUTION Il n’y avait pas de substances hautement toxiques dans les 280 conteneurs perdus en mer par le MSC Zoe la semaine dernière. Il n’empêche, l’accident ne fait pas rire les habitants des îles Wadden, où échouent ces derniers jours des objets en tout genre…

Fabrice Pouliquen

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Une centaine de militaires néerlandais a débarqué dès vendredi sur l'île de Schiermonnikoog, où plusieurs conteneurs se sont déjà échoués.
Une centaine de militaires néerlandais a débarqué dès vendredi sur l'île de Schiermonnikoog, où plusieurs conteneurs se sont déjà échoués. — Remko de Waal / ANP / AFP
  • Près de 280 conteneurs sont passés par-dessus le MSC Zoe, un bateau géant des mers, dans la nuit du 1er au 2 janvier, au large des Pays-Bas et continuent de s’échouer au compte-gouttes ce lundi.
  • Cet accident, aux conséquences écologiques normalement moins lourdes qu’une marée noire, aggrave tout de même un peu plus encore la pollution plastique des mers et rivages.
  • D’autres risques sont à prendre en compte. Trois conteneurs comprenaient également du peroxyde de benzoyle, une substance qui peut être dangereuse si elle est retrouvée à terre. Des conteneurs pourraient dériver encore, présentant un risque de collision.

Des chaussures de toutes les couleurs, des meubles, des écrans de télévision, des bouchons de flacons de savon liquide, des chaises en bois, des coussins, des jouets MyLittlePoney… S’ils avaient le cœur à rire, les habitants des îles Frisonnes
, un archipel qui longe la côte des Pays-Bas au Danemark, pourraient se dire que Noël se prolonge à mesure que la mer du Nord dépose sur leurs plages des objets neufs en tout genre, tombés du MSC Zoe, la nuit du 1er au 2 janvier.

Un accident inédit ?

Au total, près de 280 conteneurs ont basculé par-dessus bord au cours d’une tempête au large des îles Wadden, la partie néerlandaise des îles Frisonnes. Un accident inédit ? « Il n’y a pas de référencement précis, mais nous estimons entre 5.000 et 10.000 le nombre de conteneurs qui tombent chaque année à l’eau des immenses porte-conteneurs, commence Nicolas Tamic, directeur adjoint du Cedre, le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux, basé à Brest. « Le plus souvent, il s’agit de quelques conteneurs dont on se rend compte de la perte une fois arrivé au port », complète Nicolas Tamic, qui garde toutefois en mémoire le cas d’un cargo qui avait perdu une cinquantaine de conteneurs d’un coup, au large d ’Ouessant (Finistère) il y a cinq ou six ans.

280, c’est une autre histoire encore… Le bilan aurait pu être plus lourd. Le MSC Zoe, navire de la MSC, armateur italo-suisse basé à Genève, compte parmi les plus gros porte-conteneurs en service. Un mastodonte des mers de 400 mètres de long capable de transporter 19.000 conteneurs de vingt pieds. Les piles de conteneurs partent du fond de la cale et s’élèvent de plusieurs mètres au-dessus du pont.

Le problème, c’est que gigantisme et mauvais temps ne font pas toujours bon ménage. En particulier quand les vents dépassent les 130 km/h comme ceux subis par le MSC Zoe il y a une semaine. « Ces bateaux massifs ont une prise au vent très importante et une fois qu’ils sont pris dans un roulis [mouvement d’oscillation latéral d’un bateau de tribord à babord), ils peinent à s’en défaire », reprend Nicolas Tamic. Ajoutez à cela des conteneurs pas toujours très bien arrimés en tête de pile, et les chavirements peuvent arriver.

Des jouets mais aussi du peroxyde de benzoyle…

Cette perte de chargement du MSC Zoe ne devrait pas avoir des conséquences écologiques aussi graves qu’une marée noire. 220 des 280 conteneurs perdus auraient déjà été localisés par sonar au fond de la mer, indiquent ce lundi la presse allemande et la presse néerlandaise. Il n’empêche, l’accident fait tache, d’autant plus qu’il est survenu au large d’une réserve naturelle à forte valeur écologique, inscrite à ce titre au patrimoine de l’Unesco.

Dans les 280 conteneurs, il n’y avait ainsi pas que des objets, mais aussi du peroxyde de benzoyle, en poudre et dans des sacs, dans trois des conteneurs tombés à la mer. Cette substance est notamment utilisée dans la fabrication de plastiques, de polystyrène et de PVC. « Elle est considérée comme faiblement toxique pour l’environnement marin, explique Nicolas Tamic. En revanche, elle est dangereuse à terre. Cette substance est potentiellement explosive, extrêmement inflammable et peut entraîner des irritations et des brûlures. » Un sac contenant du peroxyde de benzoyle a déjà été découvert jeudi dernier sur une plage de l’île de Schiermonnikoog, dans la partie néerlandaise des îles frisonnes.

Pollution plastique et risque de collision…

Au-delà du peroxyde de benzoyle, ces 280 conteneurs, pour certains désormais éventrés, ajoutent encore un peu plus à la pollution plastique des océans et des rivages. Les photographies postées régulièrement sur les réseaux sociaux montrent l’éparpillement sur les plages des objets et bouts de polystyrènes. Ces derniers qui remontent dans les dunes, portés par les vents, sont un véritable « désastre », témoigne un habitant de l’île de Terschelling cité par le quotidien NRC et repris par l’AFP.

Une centaine de militaires a débarqué vendredi  sur l’île de Schiermonnikoog pour aider la population locale à nettoyer les côtes. L’opération devrait s’étaler sur plusieurs semaines. MSC s’est engagé à rembourser « tous les coûts de nettoyage des débris échoués sur les côtes néerlandaises et allemandes », tout comme elle a promis de rechercher jusqu’au dernier les conteneurs échoués. « C’est le minimum, estime Nicolas Tamic. Car suivant leur étanchéité, leurs poids et d’autres paramètres encore, ces conteneurs auront des trajectoires différentes une fois en mer. Certains couleront rapidement, d’autres flotteront, d’autres encore resteront entre deux eaux. Ces derniers sont particulièrement dangereux pour la navigation. En cas de collision, ils peuvent percer une coque. »