Bretagne: Quand de riches propriétaires refusent de céder leur accès à la mer

LITTORAL A Saint-Briac, le sentier côtier n'est pas respecté par certains propriétaires de villas...

C.A. avec AFP

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Illustration d'un chemin côtier menant à la plage du Perron à Saint-Briac-sur-Mer, en Bretagne.
Illustration d'un chemin côtier menant à la plage du Perron à Saint-Briac-sur-Mer, en Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes
  • A Saint-Briac, en Ille-et-Vilaine, le sentier côtier est coupé par les terrains de plusieurs villas.
  • De riches propriétaires, dont la famille de John Kerry, refusent de céder leur accès à la mer.
  • Depuis 36 ans, des habitants de la commune se mobilisent pour tenter de faire respecter la loi, qui impose une bande de trois mètres ouverte au public.

Le sentier devrait ouvrir aux randonneurs courant 2019. La fin d’un très long combat pour les habitués de la côte d’Emeraude. Depuis 36 ans, une bataille judiciaire oppose l’Etat à quelques riches propriétaires de villas de la commune de Saint-Briac-sur-Mer, à l’ouest de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Ces derniers, parmi lesquels la famille de John Kerry ou l’ancien ministre de l’écologie Brice Lalonde, refusent de céder leur accès privé à la mer. Une loi impose pourtant qu’un passage entre la mer et la terre soit ouvert aux randonneurs.

« Ils ont de l’argent »

« Quand vous avez de l’argent, vous pouvez tout vous permettre. Ici à Saint-Briac, c’est bien ça le problème. Ils ont de l’argent et sont dans la toute-puissance ». Les mots sont durs. Mais résument bien la colère qui habite Patrice Petitjean. Depuis des années, le président des Amis des chemins de ronde d’Ille-et-Vilaine tente de rétablir le sentier côtier de la commune.

La loi du 31 décembre 1976 fixe le principe d’une servitude de trois mètres sur les propriétés privées en bord de mer, afin que les randonneurs puissent y passer. En cas de mur ou d’obstacle sur le sentier, l’État peut prendre un arrêté pour assurer la continuité du cheminement. « Toutes les communes du littoral disposent d’un arrêté depuis les années 80 en Ille-et-Vilaine, sauf à Saint-Briac », affirme Patrice Petitjean.

L’ancien ministre « inquiet du risque terroriste »

Parmi les propriétaires concernés, figurent l’héritier d’une grande entreprise de transports routiers, un président de chambre à la Cour des comptes ou encore la famille Forbes, dont sont issus l’ancien Secrétaire d’État américain John Kerry et l’ancien ministre de l’Environnement Brice Lalonde.

Ce dernier, maire de Saint-Briac de 1995 à 2008, se dit « inquiet du risque terroriste » car « il sera assez facile de viser des membres de ma famille engagés dans l’action politique ». Selon lui, « le sentier affectera le bien-être des habitants s’il rase leurs murs et ruine leur intimité ». Des propos qui lui ont valu de nombreux messages de désapprobation, voire de moquerie, sur les réseaux sociaux.

Un mur percé, le sentier bientôt prêt

Déterminé à faire respecter la loi l’Etat a déjà presque terminé les travaux sur la partie autorisée. Le mur d’une propriété a été percé et le sentier frôle le bord d’une piscine construite en bord de mer. « L’État avance méthodiquement et avec détermination », souligne David Harel, directeur adjoint à la mer et au littoral à la préfecture d’Ille-et-Vilaine. Les propriétaires des belles villas en bord de mer multiplient, eux, les recours en référé, sans succès à ce jour.

Selon la préfecture, le sentier devrait ouvrir aux randonneurs dans le courant de l’année 2019. La fin, peut-être, d’une bataille judiciaire qui aura duré 36 ans.