Défi: En 2018, elles n’ont rien acheté de neuf… ou presque

CONSOMMATION Anne à Courbevoie, Isabelle dans la banlieue toulousaine ou Lucille à La Rochelle ont relevé le défi lancé en 2018 par l’association Zero Waste d’acheter le moins possible d’objets neufs sur l’année. Elles témoignent pour 20 Minutes…

Fabrice Pouliquen
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En 2018, l'ONG Zero Waste a mis les Français au défi de ne rien acheter de neuf tout au long de l'année.
En 2018, l'ONG Zero Waste a mis les Français au défi de ne rien acheter de neuf tout au long de l'année. — DENIS CHARLET / AFP
  • En 2018, l’association Zero Waste a mis les Français au défi de ne « rien acheter de neuf » ou du moins, le moins possible.
  • Anne, Isabelle, et Lucille ont relevé le défi sans avoir eu l’impression de vivre une année difficile. Elles ont découvert les nombreuses alternatives à l’achat neuf. 
  • Ce défi « Rien de neuf » repart en 2019 avec cette fois-ci de l’objectif de fédérer 100.000 participants, contre 15.000 cette année. « Ce serait un signal fort envoyé aux fabricants et aux dirigeants politiques », estime Zero Waste.

 

Deux morceaux de tissus en coton blanc, un découd vite, une batterie de téléphone mobile et un câble pour chargeur, trois bobines de fil, une grille à pizza, deux gobelets en inox, des cartes postales cet été à Barcelone et sept livres. C’est tout. De toute l’année 2018, Anne, habitante de Courbevoie (Hauts-de-Seine) n’a acheté aucun autre objet neuf.

A Cugnaux, dans la banlieue toulousaine, Isabelle n’en a pas acquis beaucoup plus. « Entre dix et quinze quand j’en achetais sûrement plus de cinquante il y a quelques années encore », évalue-t-elle. Lucille, à La Rochelle, assure avoir fait encore moins avec seulement deux objets neufs achetés en 2018. « Le premier parce qu’il me fallait utiliser les chèques cadeaux donnés par mon employeur, détaille-t-elle. Le second, c’était une paire de ciseaux dont j’avais besoin en urgence. »

15.000 inscrits au défi

Toutes trois ont participé au défi « Rien de neuf » lancé en janvier dernier par Zero Waste France, association qui défend la démarche zéro déchet et zéro gaspillage. Le principe ? Acheter le moins possible d’objets neufs de toute l’année.

Le défi ne s’appliquait pas aux produits alimentaires, cosmétiques et hygiéniques consommables. Mais il comprenait tout le reste : les vêtements, le mobilier, les appareils électroniques, l’électroménager… « Autant d’objets qu’on accumule et renouvelle fréquemment sans trop se poser de questions, notamment celle de la quantité de matières premières mobilisées pour les fabriquer », observe Marine Foulon, responsable du défi « Rien de neuf » à Zero Waste. L’idée de ce défi est née lors du Black Friday 2017. 10.000 personnes avaient répondu à notre appel au boycott. Nous voulions les fédérer sur la durée en leur proposant ce défi d’adopter une consommation plus raisonnée et un accompagnement pour le relever. »

Questionner ses besoins

Au total, 15.000 personnes relèveront le défi. Ou, du moins, s’inscriront à la newsletter « Rien de neuf », présentant chaque semaine une alternative à l’achat d’objets neufs. Ces 15.000 personnes ont-elles toutes joué le jeu ? Impossible à savoir, répond Marine Foulon qui parle tout de même d’un noyau dur de participants.

Anne, Isabelle et Lucille en font partie. Elles s’efforçaient déjà depuis plusieurs années de réduire au maximum leur volume de déchets. « Ce défi "Rien de neuf" m’a permis d’aller jusqu’au bout de cette démarche en questionnant aussi mes modes d’achat », raconte Lucille. Comme Anne ou Isabelle, elle dit désormais ne plus se précipiter tête baissée sur l’achat neuf dès qu’un objet tombe en panne ou qu’un besoin se fait ressentir. « Le premier réflexe est de s’interroger sur ce besoin, estime d’ailleurs Isabelle. Est-il vraiment indispensable ? Est-ce utile de remplacer un objet cassé qu’on utilisait finalement très peu ? »

De multiples alternatives au neuf

Souvent, la réponse est « non ». Parfois, l’objet en question manque trop. Comme le grille-pain, d’Anne qu’elle s’est résolu à remplacer après avoir tenté d’y vivre sans pendant quatre mois. Mais la Francilienne a trouvé son bonheur au sein du réseau de seconde main. Dans une boutique Emmaüs précisément, une caverne d’Ali Baba que Lucille, Anne et Isabelle rangent toutes trois parmi les incontournables.

Mais la liste des alternatives est longue. Elles ajoutent ainsi le site web leboncoin.fr parmi les adresses utiles. Anne y a trouvé un mixeur plongeant quasi neuf que des voisins étaient obligés de revendre avant de s’expatrier au Canada. Lucille évoque également la friperie en ligne Vinted, pour l’achat de vêtements d’occasion [qui ne fait pas que des heureux, raconte Le Parisien], et le site Selency-Brocantelab, spécialisée dans la vente de mobilier d’occasion. « J’ai découvert surtout Back Market, qui propose à la vente des appareils électroniques et électroménagers reconditionnés et malgré tout sous garantie, poursuit-elle. J’hésitais beaucoup jusque-là à acheter d’occasion dans ces catégories d’objets par crainte justement qu’ils tombent en panne peu de temps après avoir été achetés. »

De son côté, Isabelle cite « Geev » une application qu’elle a utilisée tout au long du défi et qui permet de donner gratuitement et/ou d’adopter des objets. « Mais je ne suis pas trop branchée achats en ligne et applications smartphone », confie-t-elle. Alors, la Toulousaine s’est un peu plus tournée vers les vide-greniers et le réseau des proches pour emprunter ou louer des objets dont elle n’avait que ponctuellement besoin.

« Envoyer un signal fort aux fabricants et politiques »

Au final, si on ajoute les rudiments en couture d’Anne et Isabelle, bien utiles pour prolonger la durée de vie des vêtements, ou les cours de menuiserie de Lucille qu’elle met en ce moment à profit pour réparer ses chaises, aucune de ces trois participantes au défi « Rien de neuf » n’a eu le sentiment d’avoir vécu une année 2018 difficile.

Certes, le réseau d’achats de seconde main ne répond pas encore à toutes les problématiques. Faute de solutions à ce jour satisfaisantes, Isabelle a par exemple préféré acheter une paire de chaussures neuves à un de ses enfants. Anne a longtemps cherché mais n’a pas trouvé non plus d’alternatives au neuf pour son découd vite et sa batterie de téléphone portable.

Des difficultés que Marine Foulon dit partagées par une majorité des participants du défi « Rien de neuf ». « Il y a un manque d’alternative ou parfois des réticences à acheter d’occasion pour certaines catégories d’objets. L’électronique et électroménager, les chaussures, les sous-vêtements etc... », observe-t-elle.

Mais c’est aussi l’un objectif de ce défi « Rien de neuf ». « Montrer qu’il y a de plus en plus de Français conscients de la face cachée des objets qu’ils achètent et soucieux de limiter le gaspillage des ressources, explique Marine Foulon. C’est un signal fort envoyé aux fabricants et aux dirigeants politiques pour développer et favoriser les alternatives à l’achat neuf. » Vous l’aurez compris, le défi « Rien de neuf » est reconduit en 2019. Zero Waste vise même désormais les 100.000 participants et s’apprête à lancer un nouveau site Internet et une tournée de mobilisation dans dix grandes villes de France.

Plein d’idées pour faire mieux encore en 2019

Anne, Isabelle et Lucille annoncent déjà qu’elles prolongent le défi, avec la certitude même de faire mieux en 2019. Isabelle veut lancer un « repair café » dans sa commune de Cugnaux « où il sera possible d’amener ses objets cassés pour apprendre à les réparer auprès de bricoleurs de la région », explique-t-elle.

Sa famille devra aussi emménager dans un nouveau logement au cours de l’année. « L’objectif sera de se meubler uniquement à partir d’objets récupérés et d’occasions. » Quant à Lucille, elle ouvrira en février avec son mari des gîtes écologiques à La Rochelle. Vous n’y trouverez aucun meuble et aucun appareil électroménager ou électronique achetés neuf.