VIDEO. Tsunami en Indonésie: Comment une telle catastrophe peut-elle se produire?

CATASTROPHE NATURELLE Alors que le bilan du tsunami du 23 décembre ne cesse de s’alourdir, les spécialistes s'interrogent sur l'ampleur de ce nouveau tsunami et de ses dégâts...

Jean-Loup Delmas

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Un tsunami en Indonésie fait 373 morts.
Un tsunami en Indonésie fait 373 morts. — ADEK BERRY / AFP
  • Un tsunami a ravagé l’Indonésie le 23 décembre, faisant près de 400 morts
  • Alors que les systèmes de détection s’améliorent d’année en année, aucune alerte n’a été déployée à temps
  • Le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff, professeur à l'université Paris-Sud, analyse les évènements

L’éruption du volcan Anak Krakatoa a provoqué un tsunami meurtrier, ravageant des côtes indonésiennes situées à cinquante kilomètres du cratère. Une catastrophe dont le bilan, encore très provisoire ce lundi, s’élevait déjà à plus de 370 morts et des milliers de sinistrés. Mais comment de tels drames sont-ils encore possibles de nos jours ?

On vous voit venir les partisans de la phrase toute faite « Gnagna la nature sera toujours plus forte que l’homme gnagna. » Mais les faits sont là : les éruptions volcaniques au bilan humain aussi lourd sont de moins en moins fréquentes. Le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff, professeur à l’université Paris-Sud, qui ponce le sujet depuis près d’un demi-siècle, explique : « En moyenne, il y a cinquante grosses éruptions par an, et elles sont de mieux en mieux anticipées. On peut être optimiste pour l’avenir, nous avons déjà réalisé d’énormes progrès. En quarante ans de métier, je vois une nette évolution. »

Les éruptions sont-elles prévisibles ? Non, mais elles laissent des signes avant-coureurs permettant de deviner que ça va bientôt péter. Allez, c’est parti pour la métaphore du jour : « Si le volcan a de la fièvre, on le sait longtemps à l’avance, raconte le volcanologue. Avant que le magma ne monte et ne jaillisse, il fait vibrer le volcan, on observe ses vibrations, un changement de sa taille, ce qui nous alerte. » Grosso modo, si on ne saura probablement jamais contrôler la nature, tant qu’on sait l’anticiper à temps, on diminue de beaucoup son impact ravageur. Ces dernières années, d’énormes éruptions à venir ont déjà été repérées en amont, permettant une fuite de la population avant les coulées de magma et autres nuages de cendres.

Des défaillances techniques

Mais c’est justement ce qui a manqué en Indonésie. Et les causes sont multiples. En premier lieu, la nature du phénomène. Jacques-Marie Bardintzeff explique le déroulé des évènements : une éruption soudaine de l’Anak Krakatoa a entraîné un glissement de terrain sous-marin, à l’origine du tsunami. C’est cette double conséquence qui est plus difficile à prévoir, d’autant plus qu’un tsunami ça se déplace (très) rapidement. « Parfois à plus de 700 kilomètres/heure », précise le volcanologue. Bref, ça va vite, trop vite même pour évacuer les populations. En quelques minutes, les vagues avaient fondu sur les côtes.

Rajoutez à cela la défaillance du système de détection indonésien. Leurs stations de mesures des marées sont considérées comme difficilement fiables, tandis que le réseau d’alerte souffre de nombreux problèmes. Ambiance… L’Agence nationale de gestion des catastrophes a en plus reconnu qu’elle ne disposait plus de bouées d’alerte en raison du « vandalisme et du manque de budget. » Ces bouées avaient été installées après le tsunami de 2004, qui avait dévasté l’Indonésie (plus de 150.000 morts) mais sont hors service depuis 2012, selon le porte-parole de l’Agence.

Des zones à risques partout

Selon ce même porte-parole, une série de défaillances seraient à l’origine de « l’absence de système d’alerte précoce », ce qui expliquerait que « le tsunami n’a pas été détecté ». Ajouter à cela le fait que les bouées, si elles fonctionnent, sont prévues pour détecter les tsunamis déclenchés par les séismes, et non par les glissements de terrain. L’Agence tweetait même en pleine catastrophe qu’il n’y avait « pas de menace de tsunami. » Messages qu’elle a vite effacés.

Reste la question de l’emplacement de ces populations, dans une zone assurément à risque, surtout quand on connaît le passif du volcan : l’Anak Krakatoa est né lorsque « son papa », le Krakatoa a explosé en 1883, dans une éruption beaucoup plus conséquente, responsable de plus de 36.000 morts. Alors pourquoi s’installer à quelques dizaines de kilomètres de ce monstre pas si endormi ?

Un secouriste sur le site de Carita, en Indonésie, frappé le 23 décembre 2018 par un tsunami.
Un secouriste sur le site de Carita, en Indonésie, frappé le 23 décembre 2018 par un tsunami. - Fauzy Chaniago/AP/SIPA

« Eviter une zone volcanique à risque, très bien, mais pour aller où ?, demande de manière rhétorique Jacques-Marie Bardintzeff. Cinq cents millions de personnes vivent autour d’une zone volcanique à risque. Les autres ? Dans des zones d’inondations à risque, de tempête à risque, etc. A moins de caser toute l’humanité au fin fond de la campagne profonde, des populations seront toujours exposées à des catastrophes naturelles. » A l’homme de toujours mieux les anticiper.

Où faire un don ? Le Secours populaire propose des dons pour aider les milliers de sinistrés de la catastrophe. Les dons - uniquement de l’argent - sont faisables au Secourspopulaire.fr ou par sms au 922 22. Ils permettent par exemple d’acheter des filtres à l’eau. « Cela ne coûte que 70 euros et cela permet d’aider cent personnes pendant cinq ans, précise Henriette Steinberg, secrétaire du conseil d’administration du Secours populaire. Cela permet d’avoir de l’eau potable et évite les épidémies de choléra notamment. » Un fonds d’urgence de 50.000 euros a déjà été levé.