La commune de Niederbronn est située dans le territoire du Parc naturel régional des Vosges du Nord, dans le nord de l'Alsace.
La commune de Niederbronn est située dans le territoire du Parc naturel régional des Vosges du Nord, dans le nord de l'Alsace. — Page Facebook / Collectif Non à L'Amiante à Niederbronn-Les-Bains.

DECHETS

Alsace: Peut-on enfouir de l'amiante dans un Parc naturel régional comme celui des Vosges du Nord?

Dévoilé en 2015 et lancé un an plus tard, le projet d’enfouissement des déchets d’amiante lié de Niederbronn-les-Bains (Bas-Rhin) sera jugé au tribunal ce mercredi…

  • A l'entrée d'une petite vallée du nord du Bas-Rhin, la commune de Niederbronn-les-Bains est surnommée la « perle des Vosges du Nord ».
  • Pourtant, non loin du plus ancien site thermal d'Alsace, ce village de moins de 5.000 ans compte aussi un site d'enfouissement d'amiante ultime.
  • Après un jugement sur la forme après un recours, le tribunal administratif de Strasbourg (Bas-Rhin) se penchera sur le fond ce mercredi.

A l’entrée d’une petite vallée du nord de l’Alsace, Niederbronn-les-Bains est surnommée la « perle des Vosges du Nord ». Pourtant, non loin du « plus ancien » et « plus important » site thermal de la région (selon l'historique Revue d'Alsace) et de sa source d’eau minérale, ce village de moins de 5.000 habitants compte  un site d'enfouissement d'amiante ultime, dit « du Sandholz ».

Porté par la filiale (de désamiantage) Axest de l’entreprise locale (de travaux publics) Sotravest, et autorisé en 2016 par la préfecture du Bas-Rhin, le projet est fréquemment attaqué depuis par des citoyens et élus. Après un jugement sur la forme, le tribunal administratif de Strasbourg se penchera sur le fond ce mercredi à 9h. 20 Minutes fait le point sur la situation.

De quand date ce projet ?

Les habitants l’ont découvert dans les journaux régionaux fin juillet 2015, juste avant le lancement d’une enquête publique, portant sur l’enfouissement d’amiante dit «lié» (à d'autres matériaux, en gros). Deux grandes alvéoles d’une dizaine de mètres de haut et de plus de trois milliers de mètres carrés creusés dans une colline du sud de la commune ont été pensées.

Avec un élu du coin, la vice-présidente de l’association locale de protection de la nature Heron n’a pas tardé à créer un collectif contre l’arrivée estimée de 150.000 tonnes d’amiante du Grand Est. « Comment peut-on avoir l’idée d’enfouir ça dans une ville thermale et le Parc naturel régional des Vosges du Nord, réserve mondiale de la biosphère ? », s’interroge Evelyne Fuchs.

Quelle est l’opposition ?

Les réunions des opposants ont été suivies de manifestations et actions près du site à Niederbronn, pour informer, militer, et surveiller. Une fois la première autorisation signée par le préfet en juillet 2016, le collectif « Non à l’amiante à Niederbronn-Les-Bains » a fait appel à un avocat pour lancer un combat juridique. Un de ses deux recours le mènera au tribunal pour la troisième fois.

Sur la forme, l’entreprise Sotravest a perdu en première instance, puis gagné en appel. « Mais on attend depuis bientôt trois ans que soit jugé le recours sur le fond », insiste Evelyne Fuchs. La position du site d’enfouissement irréversible sur le ban du Parc naturel régional reviendra lors de l’audience. Avant celle-ci, 20 Minutes n’a pas réussi à obtenir de réponse de l’entreprise.

Quels sont leurs arguments ?

Sur cette colline aussi proche de Reichshoffen et Oberbronn, des sacs d’amiante – suivis par d’autres – sont arrivés en octobre 2016 selon les opposants. Eux craignent pour l’eau malgré les sacs voulus imperméables. Lors de fortes pluies en 2017, ils ont vu « le site transformé en lac » avec « un torrent d’eau qui descendait en contrebas jusqu’à la Lauterbach [une rivière] », dixit Evelyne Fuchs.

« Tout le monde est impacté, rebondit la militante. Dans une région classée d’un point de vue environnemental, on doit choisir un traitement plus ambitieux, même s’il coûte cher. » Comme la vitrification ou le traitement chimique pour éliminer la toxicité, cite-t-elle. Avant de soumettre, autrement, la possibilité d’un stockage réversible, en attendant que les techniques plus propres coûtent moins cher.

Qui les soutient ?

Si le projet d’enfouissement de déchets d’amiante venus de plus loin a été soutenu par des élus de Niederbronn ou le député du territoire, c’est aussi pour l’apport économique. Mais les interrogations soulevées par les opposants ont fait évoluer certaines positions. 20 Minutes n’a pas obtenu de retour de la commune ce mardi, mais celle-ci a voté contre le projet au sein du Parc des Vosges du Nord en début d’année.

L’ensemble des 72 villages de la zone classée ont en fait opté pour une délibération en ce sens à l’unanimité avant l’été. Evelyne Fuchs rappelle également : « En 2016, le conseil régional [chargé de gérer les déchets dangereux] avait lancé une commission, mais l’autorisation a été signée avant sa conclusion. » Avec ce soutien récent du Parc, les opposants se veulent « confiants » avant l’audience prévue au tribunal.