COP24: A Katowice, les négociations jouent les prolongations

CLIMAT Il n’y aura pas de décision finale adoptée ce vendredi soir à Katowice. Cette COP 24, comme d’autres par le passé, va sans aucun doute déborder. « 20 Minutes » vous récapitule ce qui se trame dans cette dernière ligne droite…

Fabrice Pouliquen

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Les discussions se prolongent à la COP24 de Katowice.
Les discussions se prolongent à la COP24 de Katowice. — Omar Marques / SOPA Image/SIPA
  • Les négociations sont âpres à Katowice, si bien que la décision finale de cette COP 24 n’est pas attendue avant très tard dans la nuit et sans doute bien plus samedi dans la journée.
  • Cette COP 24, présentée comme la plus importante depuis celle de Paris en 2015, doit accoucher des règles d’application de l’accord de Paris. Un point qui l’objet de nombreuses tensions dans les négociations climatiques.
  • Ce n’est pas le seul. La référence au dernier rapport du Giec ou encore « des pertes et dommages » posent aussi question.

De notre envoyé spécial à Katowice (Pologne),

Attention spoiler : le coup de marteau approuvant officiellement la déclaration finale de la COP24 de Katowice (Pologne) ne tombera pas ce vendredi. Ce devait pourtant être le cas, après quinze jours de négociations climatiques. Mais ces dernières ont été poussives tout au long de cette 24e conférence sur les changements climatiques, présentée comme la plus importante, au regard de ses enjeux, depuis la COP 21 de Paris. Où en sont les négociations ? 20 Minutes fait le point.

Que comprendra la déclaration finale de la COP 24 ?

L’un des gros pavés est constitué des règles d’applications de l’Accord de Paris. Ce fameux rulebook, qui fait plus de 100 pages à lui seul. C’est la mission principale de cette COP24.

Cette déclaration finale devra aussi préciser l’accueil qu’elle fait au dernier rapport du Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat) sur les conséquences déjà alarmantes d’un réchauffement climatique à 1,5°C d’ici à 2100 [alors que nous sommes bien plus actuellement sur une trajectoire de 3 °C]. Il est attendu aussi que ce texte final aborde la question de l’ambition climatique, en appelant les Etats à rehausser avant 2020 leurs engagements à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Où en sont les négociations ?

Michel Kutyka, le président polonais de la COP24, a publié jeudi soir une première version du rulebook. Les chefs des délégations diplomatique des Etats présents à Katowice ont commencé à se pencher dessus dans la foulée et jusque tard dans la nuit.

Ils sont regroupés par groupes régionaux que la présidence polonaise consulte, un par un, pour avoir leur retour. Ce « brainstorming » devrait déboucher sur une deuxième version du rulebook. « Elle sera examinée ce soir, sans doute tard dans la nuit », confie une source proche de ces négociations. Aux dernières nouvelles, les nouveaux textes pourraient tomber à 2 heures du matin ce samedi. Et la dernière plénière est annoncée à 4 heures du matin.

Pourquoi ça coince encore sur la transparence ?

Les règles de transparence sont l’un des points majeurs du rulebook. Elles doivent préciser la façon dont chaque Etat rend compte de son action climatique. A la fois sur la mise en œuvre des engagements pris mais aussi sur la comptabilité de ses émissions de gaz à effet de serre. « Des règles de transparence existent d’ores et déjà, explique Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’ Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales). Mais jusqu’à présent, elles n’étaient pas les mêmes suivant qu’on était un pays développé ou en voie de développement. » Pour faire simple, ces règles étaient strictes pour les premiers, moins voire parfois nulles pour les seconds.

Le contexte a changé aujourd’hui. La prise de conscience de l’urgence climatique s’accélère et exige désormais que l’ensemble des pays contribuent à la baisse des émissions de gaz à effet de serre. Surtout, « des Etats rangés hier parmi les pays en voie de développement - la Chine ou l’Inde par exemple, deux gros pays émetteurs de C02- ont la capacité aujourd’hui de rendre compte de leurs engagements et/ou de comptabiliser leurs émissions », indique cette même source proche des négociations.

Ce rulebook doit alors faire émerger un nouveau système de règles de transparence. Un dossier épineux, « même si nous avons beaucoup avancé ces dernières heures », s’accordent à dire plusieurs observateurs. « On se dirige vers des règles de transparence s’appliquant à tous mais prévoyant des facilités pour les pays dans l’incapacité encore aujourd’hui de les appliquer, explique David Levaï, de l’Iddri. Le recours à ces facilités devra être justifié et ne fonctionnera que pour une période de transition. Le temps que les Etats les moins avancés montent en gamme et puissent adopter le régime commun. »

Quels sont les autres points d’achoppement à Katowice ?

La référence que doit faire la décision finale de la COP 24 au dernier rapport du Giec pose toujours question. Ce point avait fait grand bruit le week-end dernier, L’Arabie saoudite, les Etats-Unis, la Russie et le Koweït ne veulent pas « accueillir » ce rapport, comme la majorité de la communauté internationale, mais seulement « en prendre note », ce qui les engage moins à revoir à la hausse leurs ambitions climatiques. Ce point n’est toujours pas totalement réglé, faisait entendre, jeudi soir, Isabella Lövin, vice-ministre suédoise en charge du climat.

Un autre point de tension est celui des « pertes et dommages », c’est-à-dire les dommages inévitables causés par les dérèglements climatiques tels que les ouragans ou les inondations. Le sujet est majeur pour les pays les plus vulnérables aux changements climatiques. D’autres – ceux du Nord notamment- sont frileux à le mentionner dans les textes officiels, de peur d’avoir à émettre des chèques en blanc au titre de réparation. « Alors que l’accord de Paris y accordait un article entier, elle est aujourd’hui relayée en note de bas page dans le rulebook, s’inquiète Fanny Petitbon, responsable des plaidoyers pour l’ONG Care France. Face aux mécontentements de certains pays, une accroche sur « les pertes et dommages » a été ajoutée à l’actuelle version de la décision finale de la COP 24. « Mais dans des termes vagues, c’est encore insuffisant », note Fanny Petitbon.

Enfin, il y a tout ce qui touche aux mécanismes de coopération de marché. Un volet technique complexe qui permet aujourd’hui à des Etats dont les émissions dépassent les plafonds d’acheter des crédits « carbone » à d’autres pays. « Puisque les futures règles de transparence obligeront l’ensemble des Etats à rendre des comptes et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, plus aucun pays n’aura intérêt à vendre des crédits carbone, explique David Levaï. Il faut donc se demander ce qu’on fait de ces mécanismes de coopération de marché et l’adapter au nouveau contexte. »

Et après la COP 24 ?

La COP25 se tiendra au Chili, c’est officiel depuis ce vendredi. Mais les regards se tournent surtout sur le Sommet sur le climat que programment les Nations Unies en septembre prochain à New York. Ce sera alors véritablement le dernier moment, pour les Etats, de revoir à la hausse leurs ambitions climatiques. L’accord de Paris sur le climat donnait aux pays signataires jusqu’à 2020 pour déposer leurs engagements à réduire leur gaz à effet de serre. Beaucoup d’Etats ont déjà déposé leurs contributions nationales (pour certains, il y a plusieurs années déjà). L’enjeu aujourd’hui est qu’ils acceptent de les revoir à la hausse en prenant en compte les derniers rapports scientifiques invitant à être plus ambitieux. Plusieurs pays sont réfractaires, y compris au sein de l’Union européenne.

« L’actuelle version de la décision finale de la COP 24 fait écho de l’importance de ce sommet de septembre prochain, raconte Lola Vallejo. Et c’est une nouvelle fois l’objet de tension. L’extrait dit que ce sommet permettra aux Etats de montrer, par leur participation, leurs ambitions climatiques. Certains Etats ne veulent pas s’engager autant. » Un autre exemple de la difficulté des négociations à Katowice.