COP24: «Les Etats n’avaient pas pour habitude d’avoir à rendre des comptes»

CLIMAT Laurence Tubiana, la diplomate française, l’un des principaux architectes de l’Accord de Paris en 2015, se dit confiante sur une issue positive de cette COP24 notamment sur l’épineuse question de la transparence...

Fabrice Pouliquen

— 

Après 15 jours de négociations, la COP24 doit se terminer, en théorie, ce vendredi 14 décembre.
Après 15 jours de négociations, la COP24 doit se terminer, en théorie, ce vendredi 14 décembre. — Lukasz Kalinowski/REX/Shutterstock/SIPA

« Si tous les pays sont sérieux, cette COP24 peut se terminer à minuit ce vendredi. » Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat et de l' Agence française de développement (AFD), s’est montrée confiante ce vendredi après-midi, sur la capacité de la communauté internationale à aboutir à une décision finale à la hauteur des enjeux dans les temps.

« Nous y sommes presque »

Jeudi soir, le président polonais de la COP24, a publié une deuxième version des textes de négociation concernant le manuel d’application de l’accord de Paris (rulebook). Cette quinzaine de textes est en ce moment examinée par les chefs des différentes délégations mais plusieurs dispositions pourraient encore évoluer d’ici la fin de la COP. De l’avis général à Katowice, ce vendredi matin, cette COP24 est bien partie pour déborder sur la journée de samedi voire celle de dimanche. « Il n'y a plus tant que ça de désaccords, nous y sommes presque », a estimé pour sa part Laurence Tubiana, ambassadrice pour les négociations climatiques et représentante spéciale de la France pour la COP21.

« Sans confiance, pas d’ambitions »

Y compris sur les mécanismes de transparence qui doivent établir les règles selon lesquelles, à l’avenir, les pays devront rendre compte de leurs engagements pris dans la lutte contre le changement climatique. « Cette COP24 est plus technique que politique, le grand accord ayant déjà trouvé à la COP21 de Paris, a estimé Laurence Tubiana. Le but de cette COP24 est que chacun s’accorde sur le même cadre de transparence. Chaque Etat doit s’engager à être sérieux : on ne se raconte pas d’histoire et on rend transparent ce qu’on fait. S’il n’y a pas de confiance possible entre Etats, il n’y aura pas d’ambitions dans la lutte contre le changement climatique. »

La directrice générale de la Fondation européenne pour le climat, compare alors ces mécanismes de transparence à « l’entretien annuel que l’on passe avec son boss ». « On y dit ce qu’on a fait cette année, quels sont les résultats obtenus, qu’est-ce qu’on a entrepris mais qui n’a pas marché… C’est exactement ça », a-t-elle précisé.

Une condition pour que tout le monde converge dans le même sens

A l’exception près que ces entretiens sur les progrès climatiques auront lieu tous les deux ans et que ce sont les Etats qui passeront sur le grill. « C’est complètement nouveau pour les Etats, concède Laurence Tubiana. Ils n’avaient pas pour habitude d’avoir à rendre comptesur leurs travaux. » D’où ces négociations poussives. « Il faut absolument que, dans cette COP, on règle cette question de la transparence, reprend la directrice générale de la Fondation européenne pour le climat. C’est une condition pour emmener progressivement non pas seulement les gouvernements mais tous les autres acteurs importants -le secteur automobile, les compagnies maritimes, les régions- dans le même sens. Celui de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. »