COP24: A quoi doit-on s’attendre pour cette dernière ligne droite de négociations à Katowice?

CLIMAT La 24e Conférence des parties sur les changements climatiques devait aboutir à une déclaration finale à Katowice ce vendredi. Mais les négociations sont poussives et cette COP devrait déborder sur ce week-end…

Fabrice Pouliquen

— 

Michal Kurtyka, président polonais de cette COP24, s'exprime à la tribune, lors d'une session plénière à Katowice.
Michal Kurtyka, président polonais de cette COP24, s'exprime à la tribune, lors d'une session plénière à Katowice. — Janek SKARZYNSKI / AFP
  • La COP 24 doit en théorie se terminer ce vendredi à Katowice, même s’il est fort probable qu’elle déborde sur la journée de samedi.
  • Si les quinze jours de négociations ont été émaillés d'avancées, des pays annonçant la le relèvement ou du moins l’intention de relever leurs ambitions climatiques, cette COP24 peine toutefois à résoudre les questions clés.
  • Celle notamment de l’élaboration des règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris, la mission principale de cette COP 24. Les pays peinent à s’entendre sur la question de la transparence.

De notre envoyé spécial à Katowice (Pologne),

Faut-il « accueillir » ou seulement « prendre note » du dernier apport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur les conséquences d’un réchauffement climatique à 1,5 °C ? Ce choix a priori anodin a suffi à faire éclater au grand jour les querelles diplomatiques qui se jouent à Katowice (sud Pologne) où les quinze jours de COP 24 prennent fin (normalement) ce vendredi.

Quand la majorité des délégations insistent pour « accueillir favorablement » ce rapport montrant notamment l’ampleur des impacts à +1,5 °C, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, la Russie et le Koweit disent seulement vouloir en «prendre note». Une façon de prendre de la distance sur les conclusions du Giec et d’être libre d’agir ou non en conséquence.

Ne pas tout voir en noir ?

La question de la référence à faire au dernier rapport du Giec n’a pas été le seul point d’achoppement de ces quinze jours de discussions à Katowice. Loin de là. Dans les couloirs de cette COP 24, on dit les négociations « poussives » et la Pologne se voit régulièrement reprocher de ne pas faire suffisamment son travail pour pousser les négociations vers le haut.

Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) invite à ne pas tout voir en noir. « Si des Etats pétroliers remettent en cause la portée du dernier rapport du Giec, on peut déjà se féliciter de voir que l’Inde ou la Chine – deux pays importants dans la lutte contre le changement climatique — ne le font pas, commence-t-elle par noter. Plusieurs pays et acteurs non étatiques ont aussi annoncé le relèvement de leurs ambitions climatiques d’ici à 2020 ou du moins leur intention de le faire. » Mercredi soir, une trentaine de pays ont ainsi donné naissance à la « coalition pour une haute ambition » appelant à accélérer le tempo dans lutte contre le réchauffement climatique. La liste continue de s'élargir depuis à de nouveaux pays.

« Les questions clés ne sont pas résolues »

Reste qu’à Katowice, « les questions politiques clés ne sont pas résolues », tonnait mercredi soir à la tribune Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, qui faisait même un retour imprévu en Pologne pour sonner l’alarme. « Rater cette opportunité compromettrait notre dernière chance de stopper le changement climatique, hors de contrôle, lançait-il. Ce ne serait pas seulement immoral, ce serait suicidaire. »

Ce jeudi midi, Lucile Dufour, responsable « politiques internationales et développement » au RAC (Réseau Action Climat), se disait toujours sceptique sur la capacité de cette COP 24 à accoucher d’une déclaration finale à la hauteur des enjeux. Cette COP, présentée régulièrement la plus importante depuis celle de Paris en 2015, avait pour principale mission de donner vie à l’Accord de Paris sur le climat, élaboré trois ans plus tôt. Celui-ci fixe « seulement » une ambition collective : celle de contenir le réchauffement climatique bien en dessous des 2°C d’ici à 2100. Il reste à élaborer des règles d’applications claires et justes de cet accord. C’est ce « rulebook » final [pour reprendre le terme onusien] qui doit sortir ce vendredi. « Depuis mardi soir, le dossier est entre les mains des ministres, explique Lucile Dufour. Des paires de ministres ont été désignées pour essayer d’avancer sur les derniers points d’achoppement de ce « rulebook ».

Des points de blocage sur le « rulebook »

Il reste encore des divergences à aplanir dans ce « rulebook ». Notamment sur les questions de la transparence. Autrement dit : Comment les Etats devront à l’avenir rendre compte de leurs engagements climatiques ? « La question de la flexibilité est au centre de ces enjeux, estime Lola Vallejo. L’équilibre de l’Accord de Paris sur le climat était de proposer un cadre universel tout en donnant une flexibilité à chaque pays en fonction de ses capacités à mener sa transition écologique. Certains pays [les pays du nord notamment] veulent aujourd’hui qu’on donne des bornes à cette flexibilité pour être sûr que tout le monde avance de bonne foi vers plus de transparence et un suivi strict des émissions de gaz à effet de serre émises par chaque pays. » Les pays plus pauvres rappellent, eux, leur besoin de flexibilité et les promesses financières faites pour les aider à agir.

Jeudi à 16 heures, Michal Kurtyka, ministre de l’environnement polonais et président de la COP 24, devait en théorie, présenter une premier version de ce manuel d’application de l’Accord de Paris. Le délai n'a pas pu être tenu et la publication des textes a commencé en début de soirée seulement, jeudi soir. Ces nouveaux documents continuent d'être étudié par les chefs de délégations dans la nuit et le processus se poursuit ce vendredi. Les ministres chargés d’assurer ce dernier toilettage du manuel d’application de l’Accord de Paris se disaient toutefois optimistes ce jeudi soir, annonçant des avancées sur les questions de la finance à long terme et de la transparence.

La crainte de tirer l’Accord de Paris vers le bas ?

Lucile Dufour entend rester attentive. « Le grand danger dans ces négociations est que, faute d’accord, la communauté internationale adopte un système dans lequel chaque pays serait libre de rendre compte de ce qui l’arrange, s’inquiète-t-elle. Ce serait tirer l’accord de Paris vers le bas. » C’est aussi l’écueil à éviter pour Yassmin Abdelaziz, ministre de l’environnement d’Egypte. Elle pointait mercredi, à la tribune de la COP, « les tentatives de renégocier l’Accord de Paris au nom de son entrée en vigueur ».

Une chose est sûre à Katowice: cette COP24 devrait très certainement déborder sur la journée de samedi voir celle de dimanche.