VIDEO. Perturbateurs endocriniens: Les résultats sont tombés, des élus de Strasbourg et Paris sont bien contaminés

ENVIRONNEMENT Les résultats, issus des prélèvements de cheveux de conseillers municipaux, ont été analysés…

Alexia Ighirri

— 

Perturbateurs endocriniens: Des phtalates sont présent dans les bouteilles en plastique (illustration)
Perturbateurs endocriniens: Des phtalates sont présent dans les bouteilles en plastique (illustration) — 422737 / Pixabay
  • Fin septembre 40 conseillers municipaux de Strasbourg et Paris ont participé à une opération de prélèvement de cheveux afin de mesurer leur pollution aux phtalates, famille de molécules reconnues comme perturbateurs endocriniens.
  • Résultat : tous les élus sont contaminés, sauf un, à des degrés très variables.
  • Strasbourg va lancer des actions en 2019 pour réduire les risques, mais il y a des solutions individuelles comme arrêter d’acheter des bouteilles en plastique, ne plus chauffer ses aliments dans du plastique, limiter les vernis et parfums ou privilégier les cosmétiques bios, mais aussi jeter ses vieux jouets en plastique.

Donne-moi tes cheveux, je te dirai à quel point ton corps est contaminé par les perturbateurs endocriniens. C’est l’opération à laquelle ont participé, en partenariat avec Réseau environnement santé, fin septembre 40 conseillers municipaux de Strasbourg et Paris – dix Strasbourgeois et trente Parisiens, dont les maires des deux communes —, autorisant le prélèvement d’un ou trois centimètres de cheveux.

Le but donc : rendre visible, respectivement sur le dernier ou les trois derniers mois, leur pollution aux phtalates, famille de molécules reconnues comme perturbateurs endocriniens et impliquées dans toutes les grandes maladies chroniques. Les phtalates sont omniprésents : fabriqués à raison de trois millions de tonnes par an dans le monde, ils sont utilisés pour assouplir le plastique et sont alors présents dans les PVC, câbles électriques, mais aussi vernis à ongle, médicaments en gélule, perfusions ou vieux jouets en plastique.

Contamination de l’ensemble des élus… sauf un

L’analyse des prélèvements s’est concentrée sur le métabolite de phtalates nommé MEHP, toxique pour la reproduction et aussi classé cancérogène. Résultat des tests : tous les élus, sauf un, sont contaminés. Certes à des degrés très variables (de 20 à 313 pg/mg), et « sans différence significative entre Paris et Strasbourg ou selon le groupe politique, sourit l’adjoint au maire strasbourgeois en charge de la santé publique et environnementale Alexandre Feltz. C’est la preuve qu’on peut être plus ou moins en contact avec des perturbateurs endocriniens alors qu’on est sur le même territoire. En plus des solutions collectives, il y a des possibilités individuelles d’être moins contaminé. »

« Même les petites doses peuvent avoir un effet sur sa santé, parce que couplées à d’autres substances chimiques, elles peuvent avoir un effet cocktail »

Médecin par ailleurs, l’élu alsacien fait attention à son exposition aux perturbateurs endocriniens. Et pourtant, son niveau de contamination « est plus élevé que ce que je pensais. Mais sur les trois mois précédant le prélèvement, je suis parti en vacances. Et quand on est à l’étranger, on ne maîtrise pas tout. Je vais refaire le test pour voir ce que ça donne avec mes habitudes quotidiennes strasbourgeoises ».

Agir pour la réduction des risques

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Il y a d’abord de petits gestes simples à adopter pour prévenir les risques. Pêle-mêle : arrêter d’acheter des bouteilles en plastique (ou a minima celle avec un triangle PET 2, 4 ou 5, mais surtout pas 1), ne plus chauffer ses aliments dans du plastique, limiter les vernis et parfums ou privilégier les cosmétiques bios, mais aussi jeter ses vieux jouets en plastique.

Persuadée qu’il est possible d’agir avec les citoyens, en prenant exemple sur la fin des barquettes plastiques dans ses cantines, la collectivité strasbourgeoise compte intervenir, dès 2019, en priorisant ses actions. A commencer par de la communication sur les dangers des perturbateurs endocriniens auprès des femmes enceintes (la grossesse étant la période la plus sensible), des jeunes parents et enfants. Des « chèques bio » pourraient alors bénéficier aux futures mamans pour limiter leur exposition. Un travail va également être mené sur la présence de ces substances chimiques (dans les sols en PVC, dans la nourriture, etc.) dans les lieux d’accueil de femmes enceintes et enfants.