«Ocean Cleanup»: Premier couac pour la grande barrière flottante contre les déchets plastiques

OCEANS Le Néerlandais de 24 ans teste depuis un mois un premier dispositif de barrières flottantes visant à collecter les déchets plastiques qui flottent en un gigantesque amas au milieu du Pacifique. Problème : pour l’instant, les plastiques parviennent à s’échapper...

Fabrice Pouliquen

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Le 9 septembre dernier, Boyan Slat et ses équipes avaient fait partir une premier dispositif de barrières flottantes à destination du vortex de déchets plastiques du Pacifique Nord.
Le 9 septembre dernier, Boyan Slat et ses équipes avaient fait partir une premier dispositif de barrières flottantes à destination du vortex de déchets plastiques du Pacifique Nord. — AUGIER/OCEAN CLEANUP/SIPA
  • Depuis mi-octobre, la première barrière flottante imaginée par Boyan Slat est arrivée dans le vortex de déchets plastiques du Pacifique Nord.
  • L’inventeur néerlandais et ses équipes testent depuis en grandeur nature ce gigantesque fer à cheval qui vise à emprisonner les macrodéchets flottants à la surface de l’eau pour ensuite les collecter.
  • Mais ce projet « Ocean Cleanup » rencontre une difficulté : la barrière flottante dérive trop lentement laissant alors la possibilité de s’échapper aux déchets qui se sont engouffrés dans le « U ».

Tout ne se passe pas pour le mieux pour Boyan Slat et son projet Ocean Cleanup. Du moins pour l’instant. Le 9 septembre, le Néerlandais de 24 ans avait lancé en grande pompe, depuis le Golden Bridge de San Franciso, une première barrière flottante destinée à collecter les déchets plastiques agglutinés dans le vortex du Pacifique Nord, à mi-chemin entre la Californie et Hawaï.

Le dispositif est constitué d’une série de quatre barrières liées les unes aux autres et formant une sorte de fer à cheval géant flottant à la surface de l’eau. A ces barrières sont accrochées des « jupes » qui plongent sous l’eau sur près de deux mètres. Enfin, le système n’est pas arrimé au fond marin mais à une ancre flottante dérivant au gré des courants.

Cette barrière, tractée par des navires, est arrivée sur place il y a plusieurs semaines déjà et les premiers tests grandeur nature ont démarré. Avec ce premier dispositif, « Ocean Cleanup » espère retirer du Pacifique 50 tonnes de plastiques en un an.

Un fer à cheval qui ne dérive pas assez vite ?

Première constatation : cette barrière flottante n’aurait pas d’incidences négatives sur la vie marine alentour, a assuré Boyan Slat sur le site Internet d’«Ocean Cleanup» le 20 novembre dernier. En revanche, il y a un point sur lequel butent encore les équipes d’ingénieurs du projet : les plastiques qui s’engouffrent dans le « fer à cheval » parviennent à s’échapper.

En théorie, l’action combinée des courants et des vagues était censée pousser les amas de déchets dans l’antre du fameux fer à cheval, et la jupe devait ensuite emprisonner les plus petits morceaux de plastique flottants. Pour y parvenir, le dispositif d’« Ocean Cleanup » doit dériver légèrement plus vite que les déchets plastiques, rappelait le quotidien américain USA Today vendredi dernier. Or le système se déplace trop lentement pour contenir en son centre les contenus plastiques et permet même à ces derniers de s’échapper rapidement des barrières flottantes.

Ouvrir plus largement le fer à cheval ?

Jusqu’à présent, « nous avions effectué des tests sur des modèles réduits et établi des projections sur ordinateurs, précise Boyan Slat. Jusqu’à présent, ce phénomène [d’échappement des plastiques] n’avait jamais été observé. Nous n’avions donc pas de solution prête à être déployée. »

Les équipes d’« Ocean Cleanup » cherchent d’ailleurs toujours l’origine précise du problème. Une première hypothèse serait que la force du vent provoque l’oscillation des extrémités des barrières flottantes, les faisant bouger comme une nageoire de poisson. Ce mouvement ferait ralentir le fer à cheval. La seconde hypothèse ? Les vibrations constatées aux extrémités du U créeraient des ondulations qui repousseraient le plastique à mesure qu’il s’approcherait du fer à cheval. L’une des solutions envisagées par le Néerlandais et ses ingénieurs serait alors d’ouvrir plus largement le fer à cheval, afin d’accroître la différence de vitesse entre le système de barrières flottantes et les plastiques mais aussi de réduire les vibrations aux extrémités.

« Nous nous étions préparés à faire face à des surprises »

« Parce que nous en sommes encore à la version "bêta" de notre système et parce qu’il s’agit d’un premier déploiement en mer, nous nous étions préparés à faire face aux surprises », se défend Boyan Slat. L’inventeur précise qu’il faudra résoudre ce premier problème avant d’envisager une montée en puissance du projet « Ocean Cleanup ». Celui-ci prévoit de faire flotter dans le vortex de déchets plastique du Pacifique -grand comme trois fois la France- jusqu’à 60 barrières flottantes comme celle qui est actuellement expérimentée. Boyan Slat se dit en capacité de nettoyer 50 % de ce septième continent en cinq ans.

Un optimisme qui agace de plus en plus de scientifiques qui y voient une perte de temps et d’argent. Même si le projet « Ocean Cleanup » est mieux que rien, il faudrait tout de même, selon eux, concentrer les efforts et les investissements pour installer des solutions de recyclage et de gestion de déchets, sur terre, aux endroits qui en sont dépourvus à présent. « Les solutions à la pollution plastique des océans sont à trouver à terre », estimaient ainsi Jeff Ghiglione, directeur de recherche en écotoxicologie au CNRS, et Patrick Deixonne, fondateur de l’association scientifique « Expédition 7e continent », interrogés par 20 Minutes, en juin dernier.

« Il y a toujours des gens pour dire que les choses ne peuvent pas se réaliser. A maintes reprises, l’histoire a montré le contraire », répond Boyan Slat, loin d’abandonner la partie.