Marche pour le climat : Les « gilets jaunes » n’inquiètent pas les organisateurs, voire les inspirent

MANIFESTATION Plus d’une centaine de marches pour le climat sont prévues en France samedi, dont celle de Paris, malgré les appels à reporter de Christophe Castaner. Leurs organisateurs s’en expliquent ce mercredi…

Fabrice Pouliquen

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Des participants à la marche pour le climat le 13 octobre dernier à Paris.
Des participants à la marche pour le climat le 13 octobre dernier à Paris. — FRANCOIS GUILLOT / AFP
  • 129 Marches pour le climat en France samedi. Celle de Paris est maintenue, malgré les appels à reporter de Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, et Nicolas Hulot, ex -ministre de la transition écologique.
  • Les associations organisatrices de ces différentes marches mettent en garde contre les tentatives d’opposer « gilets jaunes » et « marcheurs pour le climat » et pointent au contraire des points convergents.
  • Ce mouvement des gilets jaunes invite par ailleurs les associations écologistes à revoir leurs tactiques pour se faire entendre. Sans basculant dans la violence mais en cessant d’être les « gentils manifestants pour le climat ».

l y aura 129 marches pour le climat en France samedi. C’est du moins à ce chiffre qu’on arrive en comptant les événements « Facebook » recensés, ville par ville, par les associations organisatrices de ces différentes « marches ».Y compris Paris.

Cette liste est une façon de dissiper d’emblée tout malentendu après les appels de ces dernier jours de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, et de Nicolas Hulot, ex-ministre de la transition écologique, à reporter l’événement par crainte d’un télescopage avec les « gilets jaunes ».

« Un risque de l’inaction plus grand que celui d’aller manifester »

« Il n’y a pas de report prévu, tout comme il n’y a pas de report possible pour le changement climatique, répond Yacine Ait Kaci, porte-parole du collectif citoyen pour le climat, co-organisateur de ces marches pour le climat. Le risque de l’inaction climatique nous apparaît aujourd’hui plus grand que le risque supposé d’aller manifester samedi. » Cette nouvelle journée de mobilisation internationale pour le climat est prévue de longue date et s’inscrit, en France, dans la suite des manifestations du 8 septembre et 13 octobre lancées après la démission de Nicolas Hulot. « Nous avons montré que ces marches étaient non partisanes, non violentes et familiales», poursuit Yacine Ait Kaci.

Le contexte social a toutefois changé depuis le 13 octobre. Les trois derniers samedis ont été marqués par les fortes mobilisations des « gilets jaunes » contre l’inégalité fiscales et ont été émaillées de violences dans certaines villes. A Paris en particulier. Et «l’acte 4» prévu ce même 8 décembre dans la capitale s’annonce tout aussi tendu. Si bien que sur les réseaux sociaux, des internautes s’interrogent sur leur participation à la marche pour le climat.

« La sécurité est une priorité », assure de son coté le comité organisateur des marches pour le climat. Le nombre de bénévoles mobilisés pour encadrer le cortège a été doublé à Paris. Ils seront 200 samedi. « Nous sommes en lien constant avec la Préfecture de police de Paris, ajoute Gabriel Mazzolini, chargé de mobilisation aux Amis de la Terre. Nous les rencontrons ce jeudi matin encore pour évoquer le tracé de la marche*. S’il pose un problème de sécurité, comme l’entend Christophe Castaner, nous sommes prêts à le modifier. »

Des cortèges communs de gilets jaunes et de marcheurs samedi ?

Il n’y a aucune raison pour que ça se passe mal samedi, répètent les associations initiatrices de ces marches pour le climat. Elliot Lepers, directeur du  Mouvement,  autre ONG impliquée dans l’organisation, s’agace d’ailleurs des tentations du gouvernement d’opposer « marcheurs pour le climat » et « gilets jaunes ». « Faire croire qu’il y aurait d’un côté les Français les plus démunis et de l’autre des bobos parisiens », résume-t-il. « Au contraire, les colères se rejoignent, estime Aurélie Trouvé, porte-parole d’ Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne). Les deux mouvements remettent en cause les politiques néolibérales appliquées depuis des dizaines d’années et dont nous payons le prix aujourd’hui. Du point de vue écologique et sociale. »

Peut-on même imaginer samedi que « gilets jaunes » et marcheurs pour le climat se rejoignent dans un seul et même cortège ? Le réalisateur Cyril Dion, l’une des personnalités engagées dans les marches pour le climat, a fait un appel du pied en ce sens. « J’ai eu plusieurs contacts avec des représentants des « gilets jaunes », précise-t-il. Pour l’instant, ils réfléchissent. Ils constatent que la composante «écologique » n’est pas dans les priorités du mouvement mais qu’ils aimeraient bien qu’elle y entre. » La proposition ne tient pas que pour Paris d’ailleurs. A Marseille, Bayonne, Aix-en-Provence ou encore Amiens, « gilets jaunes » et marcheurs pour le climat se sont également rencontrés pour évoquer l’éventualité de faire front commun samedi.

Cesser d’être les gentils manifestants pour le climat...

Le dialogue s’instaure en tout cas et ce mouvement des « gilets jaunes » ne laisse personne indifférent dans le comité organisateur des marches pour le climat. Au-delà des possibles revendications communes, c’est de tactiques pour se faire entendre dont il est question. En trois semaines de mobilisation, en optant pour une confrontation directe avec les forces de l’ordre, les « gilets jaunes » ont tout de même réussi à obtenir quelques concessions du gouvernement, dont un moratoire sur la hausse de la taxe sur les carburants. « Quand les heures que nous passons en réunion à l’Elysée, à Matignon, ou en interpellant nos parlementaires n’aboutissent très souvent à rien», déplore Elliot Lepers. 

Il est hors de question de basculer dans la violence, assurent les organisateurs de la marche du climat. « Mais il est impensable aussi que nous restions sagement à la maison samedi, parce que le ministre de l’intérieur estime que c’est plus prudent, complète Cyril Dion. Il faut cesser d’être les gentils manifestants pour le climat. Soyons courageux samedi. »

*Le tracé initial de la Marche pour le climat à Paris part de la place Trocadéro pour finir au Champs de Mars en passant par l'avenue Wilson, le pont de l'Alma et l'avenue Rapp. Il pourrait évoluer.