Mulhouse: Comment accueillir correctement des ours polaires dans des parcs zoologiques?

ANIMAUX Le parc zoologique et botanique de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, accueille mardi, mercredi et jeudi le premier colloque francophone sur l'ours polaire...

Alexia Ighirri

— 

Ours polaires au parc zoologique et botanique de Mulhouse
Ours polaires au parc zoologique et botanique de Mulhouse — Catherine KOHLER/SIPA
  • Le parc zoologique et botanique de Mulhouse accueille le premier colloque francophone sur la gestion de l'ours polaire.
  • « Il va y avoir des échanges de pratiques. Tout cela aura pour but d’améliorer les conditions de vie de l’animal », dixit le directeur du parc haut-rhinois.
  • Le zoo de Mulhouse est reconnu pour son expérience d'accueil des ours blancs. Il a rénové et agrandi l'espace consacré à la faune polaire,  mené des actions de sensibilisations et travaille à l'amélioration des pratiques des équipes soignantes.

Tina, Vicks, Sesi et le petit dernier Nanuq. Ces noms ne vous disent rien ? Ce sont ceux des ours polaires du parc zoologique et botanique de Mulhouse. Les vedettes de l’établissement haut-rhinois seront au centre d’un colloque qui s’y tient, de mardi à jeudi.

Il s’agit du premier colloque francophone sur la gestion de l’ours polaire en parc zoologique. « Cela va permettre aux parcs français d’y participer », souligne Brice Lefaux, vétérinaire et directeur du site mulhousien. Six possèdent des ours polaires, « avec des expériences certainement différentes. Durant le colloque, il va y avoir des échanges de pratiques. Tout cela aura pour but d’améliorer les conditions de vie de l’animal », poursuit-il. Justement, comment accueillir correctement des ours polaires au zoo ?

En faisant de la place. A Mulhouse, les mammifères blancs ont été popularisés vers 1976 avec la rénovation du pôle arctique. « On a pu présenter les animaux polaires, grâce au bâtiment et au bassin, et agir sur la reproduction. On était alors très en avance, raconte Brice Lefaux. Mais, dans les années 1990, ça ne passait plus, il y avait beaucoup de béton et pas assez d’espaces naturels. Quand je suis arrivé en 2008, il fallait absolument changer. »

Des travaux ont été entrepris (pendant six ans pour trois millions d’euros) doublant la superficie consacrée à la faune polaire au sein d’un espace Grand Nord et augmentant le niveau confort pour les animaux : « Ils ont le choix d’être à l’intérieur ou non, dans l’eau ou pas, à l’ombre ou non, sur un caillou, de l’herbe, du sable… », liste-t-il. Deux ans plus tard naissait Nanuq. L’expérience du parc de Mulhouse est reconnue et lui a permis de devenir ambassadeur du   Polar Bear International.

En suivant les ours quotidiennement. Le bien-être des animaux est l’affaire d’une surveillance continue. « Il y a énormément de choses à faire sur le travail au quotidien. On change les objets, les grands pneus ou boules (avec lesquels les ours se divertissent), on fait pareil pour l’alimentation. On regarde comment se comporte l’animal », détaille le vétérinaire. Chaque jour, « on bichonne Tina », l’ourse de bientôt 32 ans, ce qui est très âgé pour l’espèce. Le petit dernier partira lui, avant l’automne, pour constituer une famille ailleurs.

En améliorant ses pratiques. Parallèlement aux travaux menés dans le zoo, les équipes de soigneurs et équipes pédagogiques se sont perfectionnées. Aujourd’hui encore, elles poursuivent leurs travaux. En se formant, par exemple, à l’entraînement médical. Brice Lefaux illustre : « On demande à l’ours polaire de donner sa patte, pour permettre une prise de sang. Et on lui donne ensuite une récompense. L’idée est d’arriver à montrer au public comment on arrive à le faire. Ce sont des expériences qui viennent d’autres colloques. » Avec l’obsession de « nous adapter à l’animal, pas l’inverse ».

En alertant le public. Avec son espace Grand Nord, le zoo de Mulhouse a cherché à sensibiliser les visiteurs au réchauffement climatique. Un espace pédagogique invite ainsi à une immersion dans sur la banquise pour comprendre sa fragilité. Le parc a par ailleurs proposé au public de voter pour le nom du petit ours (Nanuq)… En échange de la prise de trois engagements écologiques. « Il y a eu plus de 20 000 votants et plus de 90 000 engagements », se réjouit Brice Lefaux.

Que dire à ceux qui estiment que la place de l’animal n’est pas dans un zoo ? « Il serait absurde de chercher un ours sur une banquise aujourd’hui. Après, il faut faire en sorte que la population puisse continuer à vivre dans de meilleures conditions, répond Brice Lefaux. On joue un rôle primordial : trouvez-moi un lieu où l’on parle du réchauffement climatique à 400 000 personnes par an qui y viennent spontanément. Un lieu qui agit aussi pour la biodiversité, puisque les parcs zoologiques sont le deuxième financeur de programme de conservation des espèces animales dans leur milieu naturel. On n’est pas juste un site touristique pour faire plaisir. On fait les choses avec sens. Et on réfléchit à deux fois avant de prendre des espèces. »