VIDEO. Cop 24: L’urgence d’économiser et sauvegarder les ressources en eau en Languedoc et Roussillon

ENVIRONNEMENT Préserver les ressources en eau est un enjeu essentiel dans le bassin méditerranéen. Un programme de 2,6 milliards d'euros sur six ans doit permettre d'y contribuer...

Jerome Diesnis

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Les épisodes de plus en plus nombreux et intenses de sécheresse obligent à adopter de nouveaux comportements.
Les épisodes de plus en plus nombreux et intenses de sécheresse obligent à adopter de nouveaux comportements. — Jérôme Diesnis / Agence Maxele Presse
  • Pour répondre aux besoins des habitants, des industriels et des agriculteurs, le déficit en eau est estimé à 80 millions de m3 (l’équivalent de la consommation d’une métropole d’un million d’habitants). L'agence de l'eau pilote un ambitieux programme de 2,6 milliards d'euros sur 6 ans.
  • Le partage et les économies d’eau sont le premier enjeu régional en optimisant les systèmes d’irrigation, en luttant contre les fuites des canalisations d’eau potable, ou en réutilisant les eaux usées traitées.
  • La restauration du caractère naturel des rivières et des milieux aquatiques et la sauvegarde des milieux littoraux est une autre priorité.

Les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes et vont se généraliser à l’avenir selon les scientifiques. Dans le sud est de la France, l’agence Rhône Méditerranée Corse dispose de 2,6 millions d’euros de crédits sur six ans. Une somme utilisée pour accompagner des projets visant à économiser et sauvegarder les ressources en eau, dans un programme baptisé Sauvons l’eau. Cette manne est issue des redevances sur la facture de l’eau auprès des usagers (particuliers, collectivités, agriculteurs et industriels) en fonction de leur consommation d’eau et de la pollution rejetée dans le milieu naturel selon le principe du pollueur payeur.

Pour répondre aux besoins des habitants, des industriels et des agriculteurs, le déficit en eau est estimé à 80 millions de m3 (l’équivalent de la consommation d’une métropole d’un million d’habitants). Dans le Languedoc, la totalité les bassins est en déficit.

Dans le Languedoc et le Roussillon, la quasi totalité de la ressource en eau est en tension.
Dans le Languedoc et le Roussillon, la quasi totalité de la ressource en eau est en tension. - Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

20 % de l’eau potable perdue dans les fuites du réseau

Plusieurs projets sont encouragés : la traque des fuites sur le réseau d’eau potable (20 % de l’eau potable seraient perdues dans les fuites des canalisations) ou encore la réutilisation des eaux traitées, rejetées en mer. « Cette eau pourrait arroser des terrains de golf ou être utilisés sur les terres agricoles. Au lieu de cela, l’eau est puisée dans les nappes phréatiques », explique Laurent Roy, le directeur général de l’agence Rhône Méditerranée Corse. « Financer la pose de revêtements qui permettent l’infiltration de l’eau dans les sols » ou « changer les usages dans l’agriculture » sont d’autres axes prioritaires.

Héritage des Romains, le système d’irrigation par canaux est largement utilisé autour du bassin méditerranéen. « Or, dans ces canaux, la majeure partie de l’eau sert à pousser une petite partie qui va effectivement irriguer les terres », reprend Laurent Roy. Alors que les périodes de sécheresse conduisent de plus en plus de viticulteurs à arroser les vignes, le financement de mesures de goutte à goutte ou dans des tuyaux « peut diviser par cinq le total d’eau prélevé ».

52 % des cours d’eau en bon état

Le partage de la ressource n’a d’utilité que si l’eau est saine. 52 % des cours d’eau seraient en bon état dans un grand quart sud-est de la France. La pollution en métaux a été divisée par trois en trois ans et celle de l’ammonium (la pollution domestique) par 25 en 25 ans. Pour continuer dans cette lutte, l’agence a listé 22 stations d’épuration obsolètes à rénover ou changer en Languedoc et Roussillon, essentiellement situées dans le Gard et l‘Hérault. « On cherche aussi des solutions sur les systèmes d’assainissement sous dimensionnés par temps de pluie. Via les égouts, l’eau arrive à la station d’épuration, calibrée pour une certaine quantité d’eau. Au-delà, l’eau polluée est déversée dans les cours d’eau », explique le spécialiste.

22 stations d'épuration considérés comme des points noirs en Languedoc et Roussillon.
22 stations d'épuration considérés comme des points noirs en Languedoc et Roussillon. - Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

Mais préserver la ressource en eau, c’est aussi restaurer le caractère naturel des rivières. Un enjeu essentiel dans la régulation des crues et des inondations. « Il faut laisser de la place à la rivière. Une rivière dont le cours d’eau est renaturée peut d’étaler en amont. Associé à la revégétalisation des berges, le flux des crus sera moins violent », reprend Laurent Roy.

Pourquoi restaurer les cours d'eau et la continuité écologique ?
Pourquoi restaurer les cours d'eau et la continuité écologique ? - Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse

Permettre la circulation des poissons et des sédiments

Pour y parvenir, ce sont les obstacles érigés au fil des décennies par l’homme qui sont dans le viseur. Non pas les gros ouvrages que sont les barrages électriques, mais les nombreux barrages mécaniques élevés au fil des temps pour utiliser la force de l’eau.

« Les enlever permet la circulation des poissons et des sédiments. Et ce dernier point est très important car le sable des plages du Languedoc provient des sédiments issus des collines et des montagnes des bassins-versants, conclut Laurent Roy. S’ils n’atteignent plus la mer, le repli du trait de côte va encore s’aggraver ». Entre 2013 et 2018, 101 barrages de cette nature ont ainsi été détruits.