VIDEO. COP 24: Erosion des côtes, quand c'est la mer qui prend la terre

COP 24 En 50 ans, près de 26 km² de territoire métropolitain, soit l’équivalent de 3.100 terrains de rugby, ont disparu... 

Mathilde Frénois

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Un laboratoire deSophia-Antipolis étudie la progression du littoral.
Un laboratoire deSophia-Antipolis étudie la progression du littoral. — Acri In
  • « 20 Minutes » se penche sur la problématique de l’érosion des côtes, à l’occasion de la COP 24. 
  • Chaque année, la mer monte de 3,2 mm.
  • Les infrastructures routières sont de plus en plus vulnérables aux coups de mer, tempêtes, submersions marines et inondations.
  • Une application et un laboratoire étudient l’évolution, et tentent de trouver des solutions.

La baie de Villefranche, sa douce courbe, son soleil au zénith. Et son sable qui disparaît. Année après année, saison après saison, la mer grignote cette anse des Alpes-Maritimes. En 50 ans, le trait de côte de cette plage a avancé sur la terre, perdant en moyenne cinq mètres de littoral. Un phénomène qui ne se concentre pas à Villefranche-sur-Mer. Près de 26 km² de territoire métropolitain, soit l’équivalent de 3.100 terrains de rugby, ont disparu depuis un demi-siècle.

« On constate actuellement une accélération de l’augmentation du niveau de la mer due au changement climatique à l’échelle globale, expliquent les services de l’Etat. Depuis 1870, ce niveau s’est élevé de 20 cm. Alors qu’il montait au 20e siècle au rythme de 1,7 mm par an, le niveau augmente désormais de 3,2 mm par an (période 1992-2010). »

Changement climatique

Cette évolution, c’est le Cerema qui l’évalue. Le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement a lancé l’ application Rivages. « Cette appli est participative. Il faut aller sur la plage, marcher le long de la mer et prendre des photos », explique Frédéric Pons, chef de projet. Les données sont ensuite matérialisées par un bleu foncé, le trait bleu clair étant la limite terre-mer il y a 50 ans. C’est ainsi que l’on se rend compte que la plage de Villefranche-sur-Mer de 1968 se retrouve aujourd’hui sous la Méditerranée. Idem pour certaines plages d’ Antibes ou de Cap d’Ail.

« Le constat, c’est à l’érosion. Le niveau marin monte à cause du changement climatique, analyse Frédéric Pons. Sur de grandes plages longues, on peut avoir de l’érosion importante mais les matériaux ne sont pas forcément perdus. Ils peuvent être déplacés à l’autre bout de la plage. Aussi, on constate que les mobilités saisonnières sont plus importantes que l’évolution à long terme. »

Plages artificielles

Paradoxalement, sur les 20.000 km de littoral français, c’est parfois la terre qui prend le pas sur la mer. Sur la Côte d’Azur, en 50 ans, les plages artificielles empiètent de plus en plus sur le monde marin. Chaque année, Nice travaille au « nivellement et à l’engraissement des [4,5 km de] plages à partir de 6.750 m3 de sédiments importés ou remobilisés ».  Cannes importe 4.500 m3 de sable de carrière pour « rengraisser » le littoral au mois de juin. Cette année, 80.000 m3 de sable ont été ajoutés pour obtenir une bande de 40 m de large sur tout le linéaire, soit près du double qu’en 2017. Cette fois-ci, les traits de l’appli Rivages s’inversent : c’est la mer qui recule artificiellement. Mais ces travaux exposent davantage les côtes aux coups de mer, tempêtes, submersions marines et inondations.

« Si on prend une image de 1920 et qu’on la compare à une image actuelle, il y a beaucoup plus de plages. Et les plages, ça se gère, pointe Philippe Bardey du bureau d’études Acri In, basé à Sophia-Antipolis. Aujourd’hui, c’est une activité économique avec la pêche, le tourisme… Il faut faire en sorte d’adapter les usages aux phénomènes environnementaux connus. C’est une manière de gérer son territoire. » D’autant plus que les plages cannoises, par exemple, représenteraient chaque année un chiffre d’affaires de près de 40 millions d’euros.

Posidonies

A chacun ses solutions. Le département des Alpes-Maritimes a immergé des bambous au large de Villeneuve-Loubet pour casser les vagues et éviter les coups de mer. D’autres communes construisent des digues, des brise-vagues, des enrochements.

« Il faut que les ordres de grandeurs des phénomènes soient adaptés aux protections, détaille Philippe Bardey. Il existe aussi des protections souples, légères comme laisser les herbiers de posidonie pendant l’hiver. L’énergie de la houle va se concentrer dans les parties souples et entraînera moins le sable. »

L’aéroport submergé en 2118 ?

Mais pas de quoi lutter durablement contre la montée inexorable de l’eau. « A l’horizon 2100, les études prévoient une augmentation vraisemblablement comprise entre 50 cm et 1 m, estiment les services de l’Etat. Les conséquences de cette augmentation se feront sentir à la fois sur l’érosion des côtes et sur les risques de submersion des zones basses proches du rivage. »

Le scénario serait plus catastrophique pour les scientifiques de Climate Central. Selon eux, dans un siècle, l’aéroport de Nice serait submergé. En prenant hypothétiquement 4°C, la mer monterait de 8,9 mètres. « Dans les Alpes-Maritimes, il y a la montagne, l’Estérel, les Alpes, rassure Philippe Bardey. On ne sera pas noyé. » A condition de s’éloigner.