VIDEO. COP 24: La raréfaction annoncée de la neige, le scénario qui fait trembler les stations de ski des Pyrénées

APOCALYPSE SNOW Les scientifiques prévoient qu'en moyenne montagne, l'épaisseur du manteau neigeux pourrait diminuer de moitié d'ici 2050. Un défi, lointain mais vital, pour les stations de ski des Pyrénées...

Helene Menal

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Dans le meilleur des scénarios , la température maximale moyenne augmenterait d'1°C d'ici 2030 et d'1,9°C d'ici 2050 dans les Pyrénées.
Dans le meilleur des scénarios , la température maximale moyenne augmenterait d'1°C d'ici 2030 et d'1,9°C d'ici 2050 dans les Pyrénées. — F. Lepage - BNT - Sipa
  • La température va, dans le meilleur des cas, augmenter de 2°C dans les Pyrénées d’ici 2050 et le manteau neigeux fondre de moitié.
  • Les stations de ski doivent anticiper la raréfaction de l’or blanc.
  • Pour ne pas mourir, elle compte sur les progrès technologiques dans la neige artificielle.

En 2015, la station pyrénéenne de Piau-Engaly a détenu brièvement la palme de station la plus enneigée du monde. De quoi fanfaronner pour les climatosceptiques du massif, qui constatent aussi que, coincées entre océan et Méditerranée, les Pyrénées ont une certaine garantie « précipitations ».

Mais le récent rapport de l’Observatoire Pyrénéens du Changement climatique (OPCC) - qui réunit une centaine de scientifiques français et espagnols - a vraiment de quoi refroidir les plus optimistes. Il prévoit un réchauffement des températures maximales au mieux de 1 °C, au pire de 2,7°C, à l’horizon 2030. Pour 2050, la fourchette fluctue entre 2°C et 4°C.

Difficile diversification

L’autre mauvaise nouvelle, c’est qu’en 2050, l’épaisseur moyenne de neige des Pyrénées centrales devrait avoir fondu de moitié à 1.800 m d’altitude.

« Les Pyrénées n’évoluent pas différemment du reste du monde et sur les températures nos données et nos modèles sont extrêmement robustes, explique Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint scientifique de la climatologie à Météo France. Sur l’enneigement, les projections le sont moins, mais qui dit baisse des températures dit forcément moins de neige ».

« Et quand la montagne n’est pas blanche, elle est noire et beaucoup moins belle », se désole Jean-Henri Mir, maire de Saint-Lary et président de la Confédération Pyrénéenne. Même si l’élu remarque qu’aucun secteur économique ne peut sérieusement se projeter à 30 ans, il affirme prendre « le problème très au sérieux ». « L’une des solutions, c’est de nous diversifier aux quatre saisons, avec le thermalisme par exemple", dit-il.

D’ailleurs, les scientifiques tablent aussi sur un printemps beaucoup plus doux. « Les Pyrénées ont tous les atouts pour servir de refuge au détriment de destinations plus chaudes », remarque Jean-Michel Soubeyroux.

« Mais aucune activité économique ne pourra jamais générer la manne financière du ski, déplore Jean-Henri Mir. A Saint-Lary, huit de nos saisonniers sont des agriculteurs, sans ce complément de revenus, ils ne pourraient pas survivre ».

Des progrès technologiques prometteurs

L’autre espoir, ce sont les fameux canons à neige, souvent utilisés pour l’heure en bas des stations. « Avec nos barrages et nos lacs, nous ne sommes pas près de manquer d’eau pour fabriquer la neige de culture », espère l’élu.

« Dans ce domaine, la technologie évolue constamment, souligne Hakim Boufaïd, le président de la section Pyrénées de Domaines skiables de France. Alpinov X, une start-up, fait actuellement des tests pour en produire à des températures positives ». Le spécialiste pense aussi que les stations doivent miser sur « les espaces ludiques », avec leurs obstacles rigolos, « plus petits et plus faciles à maîtriser ».

Il est persuadé qu’à long terme, « les stations qui ne feront pas les investissements nécessaires disparaîtront ».