Olivier Forestier, directeur de la pépinière de l'ONF, observe des plants de chênes pubescents, une espèce qui sera de  plus en plus à l'aise dans la moitié ouest de la France.
Olivier Forestier, directeur de la pépinière de l'ONF, observe des plants de chênes pubescents, une espèce qui sera de plus en plus à l'aise dans la moitié ouest de la France. — F.Brenon/20Minutes

COP 24

VIDEO. COP 24: Nos forêts subissent déjà le réchauffement climatique

A l'occasion de la COP 24, «20 Minutes» est allée à Guéméné-Penfao (Loire-Atlantique) où une pépinière de l’ONF étudie l’impact du changement climatique sur les arbres...

  • L'Office national des forêts constate que les signes du réchauffement climatiques sont déjà visibles sur les arbres français.
  • Une baisse de la diversité des forêts françaises est à craindre.
  • L'ONF prépare l'avenir en aidant à la migration de certaines espèces.

Si les Pays-de-la-Loire ne figurent pas parmi les régions les plus boisées de France, ils bénéficient tout de même d’un allié précieux pour l’avenir des forêts. A Guémémé-Penfao (Loire-Atlantique), l’Office national des forêts dispose d’une pépinière de 30 hectares travaillant sur l’impact du changement climatique. Son verdict est sans appel : oui, le réchauffement de la planète produit déjà des effets sur la ressource forestière française. « Le processus est en marche, c’est incontestable. On en mesure les signes et déjà les conséquences », affirme Olivier Forestier, responsable de la pépinière.

Petit à petit, la diversité diminue

Les signes ? « L’apparition des feuilles et des fleurs se fait, pour chaque espèce, à un moment très précis de l’année. Et ce qu’on observe c’est qu’elles arrivent de plus en plus tôt. Les feuilles tombent également de plus en plus tard. » L’ONF constate aussi une « dégradation de la qualité des graines », associée à une « augmentation de la population de gibier » consommateur de ces graines (sangliers, pigeons…). Il mesure également une intensification des « phénomènes de stress hydrique » d’arbres en raison de déficits d’eau. Or un arbre affaibli est « davantage exposé aux attaques d’insectes et maladies ».

Les conséquences ? « Il y a une pression multifactorielle qui entraîne petit à petit une baisse de la diversité. Le paysage de nos forêts va, lentement, se modifier », avance Olivier Forestier. C’est notamment visible dans le sud-est de la France où des familles de chênes sessiles, de chênes pédonculés, de hêtres, sont « particulièrement vulnérables » et « amenés à disparaître ». En Pays-de-la-Loire, les hêtres et frênes commencent à souffrir.

Migration d’arbres et import de nouvelles espèces

Mais, face à ce changement, l’ONF ne reste pas les bras croisés. Pour « aider la forêt qui ne parvient plus à se régénérer », il teste l’adaptation de certaines espèces dans des « îlots d’avenir » et pratique de la « migration assistée » d’arbres, d’une région à une autre, via la pépinière de Loire-Atlantique. Des chênes sessiles du Var sont, par exemple, transférés dans la région de Verdun « où ils seront demain plus adaptés ». Des chênes pubescents sont plantés dans l’Ouest et le Centre de la France. Idem pour des pins maritimes et sylvestres.

L’ONF va encore plus loin en allant chercher des graines d’espèces nouvelles dans des pays « où le climat actuel pourrait ressembler à notre climat futur ». « On les laisse en pépinière et on regarde comment elles poussent, si elles sont capables de tenir au froid. » Cunninghamia de Chine, calocèdre du Mexique, pin ponderosa d’Amérique, pin omorika de Serbie ou hêtre d’Iran sont ainsi en cours de test.

« On ne veut pas remplacer nos forêts, rassure Olivier Forestier. Notre objectif principal c’est de protéger la diversité qu’on a déjà chez nous. Mais le changement climatique, c’est une cascade d’incertitudes. Si on veut être sûr de toujours produire du bois dans un siècle, on ne peut pas faire l’économie d’explorer de nouvelles pistes. »

 

Le point positif des émissions de CO2

Si la hausse des émissions de CO2 participe activement au réchauffement climatique, elle produit néanmoins un effet positif pour nos forêts. Les arbres, qui absorbent le CO2, se développent un peu plus vite grâce à cet apport augmenté.