COP24: Les vignes et vins d'Alsace à l'épreuve du réchauffement climatique

ENVIRONNEMENT A l'occasion de la COP24 qui débute en Pologne, quelles seront les conséquences du réchauffement climatique sur les vins d'Alsace?...

Alexia Ighirri
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Vignes en Alsace (Archives)
Vignes en Alsace (Archives) — G. VARELA / 20 MINUTES
  • Alors que la COP24 s’ouvre ce lundi en Pologne, 20 Minutes étudie les conséquences du réchauffement climatique, ces dix prochaines années, sur le vignoble alsacien, entre autres. Les cépages des vins d'Alsace seront-ils toujours adaptés ? Le goût va-t-il changer ?
  • Si la date des vendages ne cesse d'avancer, il n'y aura pas de révolution pour les cépages dans la prochaine décennie. 
  • Le profil aromatique des vins devrait être modifié et la part de pinot noir dans la production pourrait augmenter.

Alors que la COP24 s’ouvre ce lundi en Pologne, 20 Minutes étudie les conséquences du réchauffement climatique, ces dix prochaines années, sur le vignoble alsacien entre autres. Les cépages des vins d'Alsace seront-ils toujours adaptés ? Le goût va-t-il changer ?

Pour l’instant, l’une des évolutions les plus perceptibles restela date des vendanges de plus en plus précoce. « La preuve, à Barr, on a une fête des vendanges qui a plus de soixante ans. Depuis cette date, elle est toujours organisée le premier week-end d’octobre pour annoncer le début des vendanges. En 2018, on a commencé à vendanger le 23 août… », illustre Jean-Daniel Hering, gérant du domaine éponyme, dans cette commune bas-rhinoise.

Pas de révolution pour les cépages alsaciens

Le vigneron le sait, il va falloir s’adapter au réchauffement climatique. « Les pratiques viticoles vont évoluer », glisse-t-il, citant en exemple « l’adaptation de la végétation pour la photosynthèse, de la hauteur du feuillage ».

Quid de cépages ? « Dans les dix prochaines années, il ne va pas se passer grand-chose. La variété de cépages cultivés restera la même avec, toujours, du riesling, du sylvaner ou du gewurztraminer. Un changement pourrait éventuellement se faire si un viticulteur veut introduire de nouveaux cépages, venus du Sud, mais il n’y aura pas d’évolution à cause du changement climatique. S’il y a un changement, ce sera à plus long terme », affirme Eric Duchêne, ingénieur de recherche en génétique de la vigne à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) à Colmar.

Des raisins plus sucrés et du pinot noir

Il souligne néanmoins que, pendant la prochaine décennie, le profil aromatique des vins devrait être modifié, « mais sans perte d’arômes. Le riesling sera peut-être un peu moins floral. Les raisins seront un peu plus sucrés, les vins un peu plus alcoolisés. »

Le gérant du domaine Hering évoque « peut-être une augmentation de la part du pinot noir dans la production, parce que le cépage rouge supporte très bien le soleil. Mais les vins d’Alsace continueront à être fruités, avec un bel équilibre en bouche. »

Moins d’eau, pour des vignes victimes d’intempéries

Niveau production, les inquiétudes de la communauté scientifique, rejoignant aussi les craintes du monde viticole, concernent davantage les risques tels que « le gel de printemps ou les orages violents en cours de végétation, les épisodes de grêle, la sécheresse, liste Eric Duchêne. Aucun climatologue n’est capable de le prédire. »

Selon une étude menée avec son équipe de recherche, la plus grande inconnue est le niveau de « confort hydrique » dont va bénéficier la vigne dans le futur. « En Alsace, on saura faire, moyennant certains aménagements. Dans le Midi, qui dispose déjà de moins d’eau aujourd’hui, je ne vous dirais pas la même chose. »