VIDEO. COP 24: Les pêcheurs de L'Atlantique vont devoir s'adapter à un changement des espèces marines

BIODIVERSITE Alors que la 24e conférence sur les changements climatiques s’ouvre ce lundi en Pologne, « 20 Minutes » s’intéresse aux conséquences directes du réchauffement sur nos régions. En Nouvelle Aquitaine, les ressources halieutiques devraient connaître un vrai bouleversement…

Mickaël Bosredon
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Bateau de pêche au large duphare de Cordouan (Gironde).
Bateau de pêche au large duphare de Cordouan (Gironde). — M.Bosredon/20Minutes
  • La région Nouvelle-Aquitaine pourrait être l’une des plus concernées par les effets du réchauffement climatique.
  • Dans l’océan, plusieurs espèces remontent déjà vers le nord, quand d’autres que l’on observait plus au sud sont en train de s’installer.
  • Si l’huître n’est pas menacée, elle risque d’arriver à maturité plus tard qu’aujourd’hui.

La région Nouvelle-Aquitaine pourrait être l’une des régions françaises les plus directement concernées par les effets du changement climatique. Ainsi, le conseil régional a-t-il pris les devants, et sous la coordination du climatologue Hervé Le Treut, il a missionné un conseil scientifique sur la question. On y apprend notamment que la région pourrait connaître, d’ici à 2050, le climat rencontré aujourd’hui en Andalousie.

Cette hausse de la température a déjà des effets directs sur le littoral océanique, et les ressources halieutiques. « Outre l’augmentation de la température de l’eau, les signaux principaux que l’on observe sont une modification des apports d’eau douce [en provenance des rivières], et une modification des sources de nourriture disponibles », analyse Nathalie Caill-Milly, de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer).

« On voit désormais la baudroie au niveau de l’Islande »

Les conséquences déjà observées et qui risquent de s’amplifier dans les dix prochaines années, « ce sont des changements de distribution spatiale. » Par exemple, sur la base de campagnes scientifiques annuelles, « on a pu observer que les poissons plats à affinité “eau froide” vont plutôt remonter vers le nord, et ceux à affinité “eau chaude” vont arriver. Ainsi, les indicateurs de présence montrent une tendance à la hausse pour le céteau, un poisson plat que l’on pêche depuis longtemps chez nous, et qui est plus à affinité “eau chaude”, au contraire de la limande qui se déplace vers le nord. Pour la sole, c’est le statu quo », détaille la scientifique.

Pour les autres poissons, on observe un déplacement vers le nord de la zone de ponte du maquereau. Idem pour la baudroie (lotte), une espèce importante pour les pêcheries régionales : « On en voit apparaître au niveau de l’Islande, en raison de l’augmentation de la température des fonds islandais. »

« Le requin-marteau déjà observé dans les eaux régionales »

Derrière ces observations scientifiques, se dessinent déjà de grands enjeux économiques. « La gestion de la pêche se fait spatialement avec des répartitions géographiques, rappelle Nathalie Caill-Milly, et les Néoaquitains n’ont pas les droits d’accès sur ces zones du nord où nombre d’espèces sont en train de se décaler. »

Mais, si le réchauffement fait fuir des espèces vers le nord, en fait-il venir de nouvelles dans nos eaux ? Les pêcheurs ont effectivement fait remonter des captures « inhabituelles » ces dernières années. « Nous voyons apparaître des espèces comme la carangue-coubali, la sériole-limon, le tétraodon ( ou poisson-coffre), et nous avons même eu récemment quelques captures de requins-marteaux. Un plongeur a aussi observé un grondeur rayé africain au large de Biarritz, souligne-t-elle. Ce sont des espèces nouvelles, que l’on trouve d’habitude bien plus au sud, mais elles ne sont pas encore suffisamment en nombre pour remplacer les espèces qui se déplacent vers le nord. »

S’habituer aussi à consommer des espèces locales aujourd’hui ignorées

Certaines « nouvelles » espèces sont toutefois désormais bien installées. « Depuis une dizaine d’années maintenant, on observe ainsi dans nos eaux la dorade coryphène. On en voit désormais régulièrement l’été sur les étals de Cap Breton par exemple », note Nathalie Caill-Milly.

Si le consommateur risque, d’ici une dizaine d’années, de trouver de nouvelles espèces sur les étals régionaux, il faudra aussi qu’il s’habitue à des espèces locales peu consommées jusqu’ici. « On a tendance à s’intéresser aux espèces “nobles” comme la sole, or, il y a tout un tas d’espèces, comme le tacaud ou la vive, qui sont capturées durant les pêches et qu’il va falloir valoriser pour diminuer le gâchis. Et ce sont de très bons poissons ! En tant que citoyens, on se doit de se poser des questions sur ce que l’on mange, et s’intéresser à d’autres espèces locales. »

Vers un changement des saisonnalités

Concernant le cas particulier de l’ostréiculture – très importante dans la région puisque les sites d’Arcachon et Marennes-Oléron représentent 58 % des huîtres commercialisées en France –, le rapport AcclimaTerra de la région ne se montre pas alarmiste. « L’acidification des océans ne paraît pas, à ce jour, de nature à perturber notablement la production de naissains. »

En revanche, le rapport relève que les pontes dans le bassin d’Arcachon surviennent désormais « un mois plus tard que par le passé. » « L’université de Bordeaux a montré que l’augmentation de température favorise le développement d’un phytoplancton moins nutritif que le phytoplancton traditionnel, et l’huître va mettre plus de temps à acquérir ses réserves nécessaires à la ponte », confirme Nathalie Caill-Milly. « Le changement des saisonnalités sera une des autres conséquences du réchauffement climatique… », relève encore la scientifique.