VIDEO. «Rulebook», «dialogue de Talaona», «transition juste»… Quels sont les enjeux de la COP 24 ?

CLIMAT Le 24e sommet de l’ONU sur le climat ouvre ce dimanche à Katowice en Pologne, deux mois après que le Giec a rappelé l’importance de contenir le réchauffement climatique sur une trajectoire de 1,5°C…

Fabrice Pouliquen
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Katowice, en Pologne, accueille à compter de ce dimanche la COP24, conférences des nations unies sur les changements climatiques.
Katowice, en Pologne, accueille à compter de ce dimanche la COP24, conférences des nations unies sur les changements climatiques. — Czarek Sokolowski/AP/SIPA
  • La COP24 démarre ce dimanche à Katowice en Pologne. Elle entrera dans le vif du sujet ce lundi avec l’ouverture du « segment de haut niveau », temps d’échanges entre chefs d’Etats et se terminera le 14 décembre.
  • Deux enjeux principaux sont à l’agenda. Le premier est d’adopter dans ces quinze jours les règles de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le deuxième sera de clôturer le «dialogue de Talanoa», premier relevé des actions climatiques engagées dans le monde.
  • La question sera de savoir si les Etats seront à la hauteur des enjeux. A commencer par la Pologne, hôte de cette COP24 et qui s’est opposée à plusieurs reprises à ce que l’UE revoit à la hausse ses ambitions climatiques.

Quelle trace laissera dans l’histoire la COP24 ? La 24e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies (dite « CNNU ») sur les changements climatiques, ouverte ce dimanche à Katowice en Pologne, entre véritablement dans le vif du sujet ce lundi matin, avec l’inauguration du segment de haut niveau, temps d’échanges qui réunit les chefs d’Etats.

Depuis 1995 et la première COP à Berlin, ces sommets de l’ONU sur le climat, où sont discutés les efforts à fournir pour faire face au changement climatique, s’enchaînent au rythme de un par an.

La nécessité d’une COP qui marque les esprits

Certaines de ces COP ont marqué les esprits. La COP3 de Kyoto en 1997 ou la COP21 de Paris quatorze ans plus tard, toutes deux débouchant sur des accords internationaux majeurs dans la lutte contre le réchauffement climatique. D’autres ont déçu, comme celle de Copenhague en 2009 marquée par une incapacité de la communauté internationale à s’entendre sur un accord contraignant. Beaucoup enfin se sont déroulées dans une relative indifférence.

Les climatologues espèrent qu’à Katowice, la COP24 se rangera parmi celles qui ont marqué les esprits. Dans son dernier rapport, début octobre, le Giec (groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) a rappelé encore la nécessité de limiter le réchauffement climatique à +1,5°C d’ici 2100 et par rapport à l’ère préindustrielle (fin XIXe siècle). Cette trajectoire ne sera pas sans conséquence sur notre quotidien, en termes de fréquence et d’intensité des événements météorologiques extrêmes, d’impacts sur la biodiversité, de disponibilité des ressources en eau et en nourriture… Mais elles seraient déjà significativement moins importantes que celles auxquelles nous nous exposerions dans un monde à + 2°C, trajectoire que l’Accord de Paris fixe comme objectif minimum à attendre. Et encore moins importantes donc que dans un monde à +3°C, notre trajectoire actuelle.

Etablir les règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris

Voilà pour le contexte. A cela s’ajoute un programme chargé à Katowice. Le premier gros chantier de cette COP24 sera d’établir les règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Le « rulebook » en langage onusien. C’est toute la limite actuelle de cet accord en vigueur depuis 2016. « Il fixe une ambition collective, celle de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2100 et de faire tout ce qui est possible pour approcher des 1,5°C, mais il ne détaille pas les règles pour y parvenir », explique Michel Colombier, directeur scientifique de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales).

Quelles actions s’engage à prendre chaque pays pour lutter contre le réchauffement climatique ? Quels mécanismes de transparence instaurer pour s’assurer de la mise en œuvre des engagements et suivre dans le temps les progrès réalisés ? Quelles règles appliquer à la finance internationale ?… Les réponses devront se retrouver dans ce fameux « rulebook », précisées de la manière la plus claire possible. Benoit Leguet, directeur de I4CE, un institut spécialisé sur les questions économiques et financières liées à la transition énergétique et écologique, y ajoute la question « des 100 milliards de dollars », somme que les pays du Nord ont promis de mobiliser chaque année d’ici 2020 pour aider les pays du Sud à faire face au réchauffement climatique. On n’en est encore loin, rappelait en mai dernier l’ONG Oxfam. « Cet objectif est pourtant capital, reprend Benoit Leguet. Pas tant pour le montant mais plus pour ce qu’il représente. Si les pays du Nord ne sont pas capables de préciser les mécanismes pour arriver à ces 100 milliards de dollars par an, ce serait envoyer le signal qu’ils ne croient guère à l’Accord de Paris. Cela n’incite guère un pays du Sud à initier sa transition écologique. »

L’élaboration de ce « rulebook » ne commence pas à Katowice. « Il est en discussion depuis la COP22 de Marrakech, rappelle Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Iddri. La dernière version fait encore 230 pages et peut capoter à tout moment tant les sujets abordés sont sensibles. » Or, Lola Vallejo est claire sur ce point : « Si la COP24 n’aboutit pas à l’adoption de ces règles de mise en œuvre, ce sera un échec. »

Conclure le « dialogue de Talanoa »

En parallèle, ce nouveau sommet pour le climat doit faire aboutir le «dialogue de Talanoa», lancé un an plus tôt à la COP23 de Bonn sous la présidence des Fidji [Talanoa veut dire « raconter librement » en fidjien]. « C’est un autre enjeu fort de la COP24 dans la mesure où il peut aboutir, lui aussi, au relèvement de l’ambition climatique de la communauté internationale », précise Lola Vallejo.

Ce « dialogue de Talanoa », interactif et ouvert, vise à mettre en commun les expériences menées pour endiguer le réchauffement climatique par les Etats et acteurs non étatiques (collectivités locales, ONG, acteurs privés…). « Ce qui marche mais aussi ce qui ne marche pas ou du moins ce qui n’a pas fonctionné dans un contexte national précis mais pourrait fonctionner ailleurs, détaille Benoît Leguet. C’est un gain de temps précieux. Nous n’avons plus assez le temps pour réinventer la roue chacun de notre côté. »

Ce « dialogue de Talanoa », que doit conclure la COP24, est à voir comme « un galop d’essai » d’une démarche qui devra être forcément poursuivie ensuite. « Des bilans mondiaux de l’impact des actions climatiques prises par chaque pays sont déjà programmés, indique la directrice du programme climat de l’Iddri. En 2023, mais surtout en 2025 puis tous les cinq ans. Le « dialogue de Talanoa » est alors l’occasion de faire un premier relevé de toutes les actions engagées et, se faisant, de donner de nouvelles idées d’actions à engager pour les Etats. »

Des Etats à la hauteur des enjeux ?

Reste à savoir si ces Etats seront à la hauteur des enjeux à Katowice. La question ne se pose pas seulement pour les Etats-Unis de Donald Trump. Dans quel sens tireront l’Australie, qui a renoncé cet été à inscrire dans la loi ses engagements pris dans l’Accord de Paris, ou le Brésil du futur président Jair Bolsonaro, sceptique sur l’Accord de Paris et qui vient de refuser l'organisation de la COP25 ?

Dans quel sens tirera surtout la Pologne, hôte donc de cette COP24 (la troisième sur son territoire en dix ans) ? Le pays, qui tire 80 % de son électricité du charbon, source d’énergie très dommageable pour le climat,  s’oppose régulièrement à ce que l’Union européenne revoie à la hausse ses engagements en matière de lutte contre le réchauffement climatique. « Nous pouvons regretter que le pays n’ait pas été plus proactif dans l’organisation de cette COP », souligne également Lola Vallejo.

Un plan pour une « transition juste » poussé par la Pologne

La Pologne a tenu à mettre à l’agenda des négociations l’élaboration d’un plan d’action pour « la transition juste », c’est-à-dire juste socialement pour les travailleurs et régions que la transition écologique pourrait laisser sur le côté. Une façon de retarder la sortie du charbon ? « Peut-être que la Pologne amène la question pour une mauvaise raison, glisse Michel Colombier. Ceci dit, cette « transition juste » est une vraie question. Teresa Ribera, la ministre espagnole de la Transition écologique l’a bien compris. Dans son plan de sortie du charbon [annoncé ces dernières semaines], elle a commencé par négocier un accord avec les syndicats précisant les aides à la reconversion des salariés impactés mais aussi un plan de développement économique des régions minières. » Un exemple à mettre dans le « dialogue de Talanoa » !