PPE: Emmanuel Macron laisse la porte ouverte à l'énergie nucléaire

ENERGIE En présentant ce mardi la Programmation pluriannuelle de l’énergie, l’exécutif a annoncé la fermeture d’ici 2035 de nouveaux réacteurs en plus de celle des deux réacteurs de Fessenheim déjà actée. « Mais baisser la part du nucléaire ne veut pas dire en sortir », a insisté le président…

Fabrice Pouliquen
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Emmanuel Macron à l'ELysée, ce mardi 27 septembre lors de la présentation de 
la stratégie et de la méthode nationale pour la transition écologique
Emmanuel Macron à l'ELysée, ce mardi 27 septembre lors de la présentation de la stratégie et de la méthode nationale pour la transition écologique — Ian LANGSDON / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron puis son ministre de la Transition écologique, François de Rugy, ont présenté les contours de la Programmation pluriannuelle de l’énergie ce mardi.
  • Ce document fixe la politique énergétique de la France sur les dix années cruciales à venir. Au centre des enjeux, il y a le nucléaire dont la part doit être ramenée à 50 % d’ici 2035 dans la production électrique française.
  • Pour y parvenir, l’exécutif a annoncé la fermeture de 14 des 58 réacteurs français d’ici 2035. Un plan sur lequel tiquent les associations environnementales.

« La montée des énergies renouvelables en France est inéluctable et au cœur des engagements du gouvernement. Mais elle n’est en aucun cas liée au rythme de fermetures des centrales nucléaires françaises. » Après vingt minutes de discours, Emmanuel Macron en est arrivé au sujet sensible de larogrammation pluriannuelle de l’énergie, dont il annonçait les grandes lignes ce mardi : celui de l'énergie nucléaire dont la France tire aujourd’hui 71 % de sa consommation d’électricité. Une dépendance qui fait la singularité de notre pays et qui « laisse peu de place au développement des énergies renouvelables », regrettent régulièrement les ONG environnementales.

Quatorze réacteurs à fermer d’ici 2035

« Cessons de dire qu’il faut forcer la fermeture rapide de réacteurs nucléaires pour que les énergies renouvelables trouvent leur place, ce n’est pas vrai », a répondu le président de la République. Il voit en l’atome deux atouts : « celui de nous permettre de bénéficier d’une énergie décarbonée et à bas coût. » « Je n’ai pas été élu sur un programme de sortie du nucléaire, mais sur une réduction à 50 % de la part du nucléaire dans notre mix électrique », dira-t-il plus tard.


L’objectif est fixé pour 2035 désormais. La PPE, présentée ce mardi, établit justement la feuille de route pour y parvenir. Elle prévoit notamment d’ici 2035 la fermeture de 14 réacteurs sur les 58 que compte le parc nucléaire français. Celle des deux réacteurs Fessenheim (Alsace), la plus ancienne des centrales nucléaires françaises, est déjà actée. « Elle interviendra sans doute en 2020, a précisé François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire. Nous sommes aujourd’hui en mesure de le faire sans attendre l’ouverture de l’EPR de Flamanville. »

« On a acté ce mardi la prolongation de réacteurs au-delà de 40 ans »

Pour le reste ? « Nous avons toujours dit qu’il faudrait une trajectoire progressive et prévisible… tout simplement crédible », reprend François de Rugy. Dans le détail, l’exécutif prévoit la fermeture de quatre à six réacteurs – en comptant ceux de Flamanville- pendant la PPE, c’est-à-dire d’ici 2028. Puis huit autres fermetures, au rythme général d’une par an, d’ici 2035. Ces arrêts de réacteurs devraient avoir lieu au sein de huit centrales, parmi les plus anciennes de notre parc nucléaire, déjà listées par le gouvernement. Mais c’est à préciser encore avec EDF, prévient-on au ministère de la Transition écologique et solidaire.

Voilà pour les grandes lignes du volet nucléaire de cette PPE présentée ce mardi. Alix Mazounie, chargé de campagne « énergie » pour Greenpeace France, tique sur plusieurs points. « Dire que l’on va fermer quatorze réacteurs peut sembler à première vue important, commence-t-elle. C’est la première fois en tout cas qu’on parle d’en fermer autant. Mais il faut prendre aussi la question dans l’autre sens : si nous en fermons 14 d’ici 2035, cela veut dire que nous garderons opérationnels 44 autres. Ni Emmanuel Macron, ni François de Rugy ne l’ont dit clairement, mais ce mardi, ils ont acté la prolongation au-delà des 40 ans, voire des 50 ans, d’un grand nombre de nos réacteurs. C’est loin d’être une attitude responsable au regard de notre parc nucléaire vieillissant, mal en point et de plus en plus coûteux à entretenir. »

Pas de nouvelles fermetures de réacteurs d’ici la fin du quinquennat

Il y a un autre point que soulèvent plusieurs ONG environnementales : celui du calendrier des fermetures annoncées par l’exécutif ce mardi. Les deux réacteurs de Fessenheim mis de côté, le gouvernement ne prévoit pas de fermetures de nouveaux réacteurs avant 2025. Au-delà donc du quinquennat d’Emmanuel Macron qui s’achève en 2022. « Autrement dit, Emmanuel Macron fait porter la responsabilité de fermer les réacteurs nucléaires à son successeur, reprend Alix Mazounie. Nous aurions pu aller beaucoup plus vite. »


Emmanuel Macron se défend en évoquant la difficulté aujourd’hui à programmer la fermeture de ces réacteurs. « Nous ne pouvons pas dire à quel moment à coup sûr nous pourrons fermer tel ou tel réacteur », estime-t-il. Le président de la République fait entrer de nombreux facteurs en jeu : l’évolution de notre consommation électrique, celle de nos pays voisins, la fermeture des dernières centrales à charbon françaises d’ici 2022, le développement technologique des énergies renouvelables. « Il est faux de dire aujourd’hui qu’on peut remplacer une capacité de production d’énergie nucléaire par une capacité de production renouvelable, reprend-il. La seconde est intermittente [pas disponible en permanence]. Le rythme des fermetures de réacteurs dépendra de la capacité de la France et de l’Europe à innover dans les énergies renouvelables, à faire émerger de véritables solutions de stockage de l’énergie. »

La porte à de nouveaux EPR reste ouverte

Mais l’exécutif ne ferme pas pour autant la porte à la perspective de construire un jour de nouveaux EPR sur le territoire français. Le gouvernement a demandé à EDF de travailler à l’élaboration d’un programme sur le nouveau nucléaire, en prenant en compte les questions de sa fiabilité technologique et sa compétitivité économique », a précisé François de Rugy. Ce rapport devra être remis en 2021, en amont de la prochaine élection présidentielle. « Les Français pourront alors faire un choix, en toute transparence, sur l’opportunité ou non de construire de nouveaux EPR sur le territoire », justifie le ministre.

« Vu les déboires rencontrés dans la construction de l’EPR de Flamanville, il était impensable que le gouvernement acte ce mardi la construction de nouveaux réacteurs en France, analyse Alix Mazounie. Alors, de nouveau, on repousse à plus tard cette question pourtant cruciale. » « C’est le statut quo sur l’ère du nucléaire et l’art du vide en matière de transition écologique et solidaire, réagit pour sa part Audrey Pulvar, présidente de la Fondation pour la Nature et l’homme. Nous ressortons avec plus d’interrogations que de réponses. »