Emmanuel Macron joue-t-il sa crédibilité écologique ce mardi en présentant la PPE?

ENERGIE Derrière cet acronyme se cache la Programmation pluriannuelle de l’énergie, document qui fixe pour les dix années à venir la politique énergétique de la France. Emmanuel Macron joue gros en annonçant les grandes lignes ce mardi…

Fabrice Pouliquen

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La centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, le 6 août 2015. La part du nucléaire dans le mix électrique français est l'un des enjeux forts de la future programmation pluriannuelle de l'énergie.
La centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, le 6 août 2015. La part du nucléaire dans le mix électrique français est l'un des enjeux forts de la future programmation pluriannuelle de l'énergie. — B. Edme / AP / Sipa
  • Emmanuel Macron présente ce mardi les grandes lignes de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), document qui fixe la politique énergétique de la France dans les dix années cruciales à venir.
  • Le débat s’est beaucoup centré jusque-là sur la question de la part du nucléaire en France. Doit-on ou non fermer d’ici 2028 des réacteurs nucléaires et, surtout, combien ?
  • Si c’est en effet un des enjeux forts sur lequel doit trancher la PPE, cette feuille de route a un champ d’application bien plus large, rappellent des ONG environnementales. De la décarbonation des transports à la rénovation énergétique des bâtiments.

Sur le fil, pour répondre aux inquiétudes des gilets jaunes, Emmanuel Macron a ajouté la création d’une Haut conseil pour le climat, à la série d’annonces que doit présenter le gouvernement  devant les membres du Conseil national de la transition écologique (CNTE). Cette nouvelle instance, très vite décriée, serait destinée à aplanir les crispations autour de la transition énergétique.

Elle ne doit pas faire oublier l’essentiel : si le gouvernement passe devant la CNTE ce mardi s’est avant tout pour présenter les grandes lignes de la future programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Le document, en préparation depuis de longs mois, fixe la feuille de route énergétique de la France pour les dix années à venir. Avec pour ligne d’horizon d’arriver à l a neutralité carbone en 2050, stade auquel la France n’émettra pas plus de gaz à effet de serre dans l’atmosphère qu’elle n’est capable d’en stocker.

Dix années cruciales pour notre système énergétique

« Pour faire simple, il y a d’un côté la Stratégie nationale bas carbone que le gouvernement doit annoncer dans les prochains jours et qui fixe les objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre à atteindre en France, secteur par secteur, explique Célia Gautier, responsable « climat-énergie » à la Fondation pour la Nature et l’Homme. Et de l’autre, les feuilles de route stratégiques qui assurent la mise en application de cette SNBC. Cela se joue à travers la Politique agricole commune ou la loi d’orientation des mobilités, deux secteurs forts émetteurs de gaz à effet de serre. Mais c’est aussi et surtout la programmation pluriannuelle de l’énergie. »

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement s’attelle à cet exercice institué par la loi de transition énergétique pour la croissance verte entrée en vigueur en août 2015. « Mais la première PPE, approuvée en 2016 sous le quinquennat de François Hollande, était plus à voir comme un plan intermédiaire, élaboré rapidement et qui devait être révisé dans les trois ans, rappelle Célia Gauthier. Celle que prépare Emmanuel Macron engage cette fois-ci véritablement la France pour les dix ans à venir. Et nous parlons de dix années cruciales au cours desquels notre système énergétique devra amorcer un tournant. »

La part du nucléaire au centre des débats

Il faudra notamment régler l’épineuse question de la place du nucléaire dans le mix électrique français. La France tire aujourd’hui 71 % de son électricité de ses 58 réacteurs nucléaires aujourd’hui, une dépendance à l’atome qui fait la particularité de notre pays. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, a rappelé l’objectif le 18 novembre dernier : ramener à 50 % la part du nucléaire dans la production française d’électricité d’ici à 2035.

Pour y parvenir, il faudra forcément fermer des réacteurs d’ici à 2028. Trois scénarios sont sur la table. Le premier, soutenu par le ministère de la Transition écologique et solidaire, prévoit six fermetures de réacteurs outre les deux de Fessenheim d’ici à 2028, plus six autres d’ici à 2035. Le second, dit intermédiaire, ne prévoit aucune fermeture supplémentaire d’ici la fin de la PPE en 2028 et douze entre 2028 et 2035. Enfin, le troisième, poussé par Bercy, ne prévoit aucune fermeture d’ici à 2028, neuf entre 2028 et 2035 et la construction de quatre réacteurs de nouvelle génération EPR, comme celui de Flamanville, d’ici 2040.

Manque d’ambition ?

« C’est une stratégie qu’on a déjà vue, s’inquiète Stéphane Chatelin, directeur de négaWatt, association d’experts de l’énergie. On publie trois scénarios pour choisir au final celui du milieu, façon de dire qu’on est raisonnable. » Reste que pour Stéphane Chatelin, aucun des scénarios sur la table n’est suffisamment ambitieux. « Même celui soutenu par le ministère de la transition écologique et solidaire, reprend-il. Sur nos 58 réacteurs, 41 auront atteint ou dépassé d’ici 2028 le cap des quarante années de fonctionnement, âge annoncé comme fatidique à leur construction. Si nous ne  programmons que huit fermetures, cela veut dire que nous prolongerons de facto des réacteurs au-delà des 50 ans, alors même que les conditions de prolongation au-delà de 40 ans n'ont pas encore été définies. Bref, on reporterait à plus tard les décisions primordiales. »

Une inquiétude partagée par Célia Gautier. « Pour être à la hauteur, la PPE doit fermer une quinzaine de réacteurs d’ici 2028 et fixer un échéancier de fermetures très clair », précise-t-elle. Au-delà de la question de l’âge des réacteurs, il s’agit de faire une place aux énergies renouvelables. « Nous ne pourrons pas investir à la fois dans le prolongement des réacteurs nucléaires et dans le développement des renouvelables, reprend-elle. Ce serait trop coûteux et on se retrouverait avec un trop-plein d’offres d’électricité sur le marché. Nous ne croyons guère à l’idée avancée par Bercy selon laquelle la France pourra, à l’avenir, exporter bien plus son électricité qu’elle le fait aujourd’hui. Dès lors, ce trop-plein d’électricité se traduira forcément par une baisse de son prix et menacera par extension la rentabilité des producteurs d’énergie. »

L’atome, pas le seul enjeu

Les partisans de l’atome invitent pour leur part à ne pas enfermer le débat PPE dans la seule question de l’avenir du nucléaire et à le recentrer sur son principal enjeu : celui de faire baisser les émissions françaises de gaz à effet de serre, reparties à la hausse en 2017. Sortir du nucléaire, une énergie au bilan carbone relativement faible, ne permettra pas d’y parvenir, rappelle régulièrement la Sfen (Société française de l’énergie nucléaire), le lobby nucléaire français, tout comme Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT dans une tribune parue dans Le Monde, vendredi dernier.

Un point sur lequel tombe d’accord Stéphane Chatelin. « L’erreur trop souvent commise en France, même de la part de politiciens, est de présenter l’atome comme la première source d’énergie française, déplore-t-il. C’est la première source d’électricité certes, mais notre production d’électricité ne compte que pour 23 % dans l’énergie finale consommée en France. C’est bien le pétrole, utilisé massivement dans les transports, qui constitue aujourd’hui notre première source d’énergie. »

« Réduire nos consommations d’énergie »

De quoi élargir alors considérablement le champ d’application de la PPE. Y entrent la fermeture des dernières centrales à charbon, la décarbonation des secteurs des transports ou de la production de chaleur – encore 3,5 millions de foyers se chauffent aujourd’hui encore au fioul domestique-, la rénovation énergétique des bâtiments… Stéphane Chatelin y a ajoute la nécessité de réduire notre consommation finale d’énergie. « La France s’est fixé l’objectif de la diviser par deux d’ici 2050, rappelle-t-il. C’est un objectif capital et nous y sommes encore loin. »

Célia Gautier sera également attentive à tous ces points ce mardi. « En fonction de ce qui sera annoncé, nous saurons si Emmanuel Macron et son gouvernement passent leur test de crédibilité écologique. » Elle insiste notamment la nécessité d’accélérer la rénovation énergétique des bâtiments. « La multiplication par quatre notamment des aides aides existantes, précise-t-elle. Il reste encoresept millions de passoires énergétiques en France. » Célia Gautier en revient aussi à la question du nucléaire. « Quoi qu’on dise, il faudra régler cette question, estime-t-elle. Car elle crispe tout le débat aujourd’hui. »