Pollution de l'air: Un capitaine de bateau de croisière condamné, les armateurs vont-ils faire plus attention?

ENVIRONNEMENT Pour la première fois, un capitaine de bateau de croisière et sa compagnie ont été condamnés à Marseille. Un message fort envoyé aux armateurs, soumis régulièrement à des contrôles…

Mathilde Ceilles
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Marseille le 25 aout 2011 - Illustration sur la ville de Marseille. Le port autonome et la tour CMA CGM
Marseille le 25 aout 2011 - Illustration sur la ville de Marseille. Le port autonome et la tour CMA CGM — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Un capitaine de bateau de croisière et sa compagnie ont été condamnés à une lourde amende ce lundi à Marseille pour avoir enfreint les normes environnementales. 
  • Cette condamnation est un message fort, notamment envers les armateurs, quelques années avant un changement de loi. 

C’est une première. Ce lundi, face à la pollution atmosphérique des bateaux de croisière, la justice marseillaise a décidé de frapper au porte-monnaie. Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné l’américain Carnival, leader mondial des croisières, et l’un de ses capitaines, à 100.000 euros d’amende. Motif ?  Fin mars, alors que l’Azura faisait étape à Marseille, Carnival et le capitaine de ce bateau avaient employé un fioul trop polluant, faisant fi des normes environnementales en la matière.

Décidées sous l’impulsion de l’Europe en 2015, ces normes régissent la teneur en souffre des carburants des bateaux. Les carburants qui respectent ces normes sont toutefois plus chers. En embarquant à Barcelone 900 tonnes d’un fioul à la teneur en souffre plus élevé que la norme, avant de mettre le cap sur Marseille, l’Azura avait économisé environ 21.000 euros, avait indiqué lors de l’audience le procureur de la République de Marseille Franck Lagier.

Des objectifs de contrôle fixés par le ministère

Quel retentissement une telle décision peut-elle avoir chez les professionnels de la croisière ? L’attention va-t-elle être redoublée face à des contrôles récurrents en la matière ? Si la fréquence de ces contrôles n’est pas imposée, le ministère de la Transition écologique et solidaire a fixé des objectifs. En 2018, en Méditerranée, les autorités devront procéder à 215 contrôles documentaires et 65 prises d’échantillons analysés ensuite par un laboratoire agréé, selon la préfecture des Bouches-du-Rhône. « Ces objectifs sont tenus », indique la préfecture à 20 Minutes.

Interrogé par 20 Minutes avant le procès, le président du club de la Croisière de Marseille se montrait relativement prudent sur la question. Aujourd’hui, après la condamnation de Carnival, la position de Jean-François Suhas est claire. « Je suis ravi de montrer que la France ne s’assoie pas sur la loi, affirme-t-il. Depuis l’adoption de cette fameuse directive, il y a eu des flottements et des rumeurs sur leur application ou non, en Italie et en Espagne par exemple. »

« Un message fort »

Depuis 2015, les normes qui régissent la teneur en souffre des bateaux ont été appliquées de façons diverses selon le type de navire et selon les pays européens. Pour Jean-François Suhas, cette décision de justice a pour mérite de remettre les choses au clair. « Le message donné est de dire que quand on fréquente les pays européens de la Méditerranée, il y a cette loi qu’il faut respecter. L’Italie, l’Espagne et la France travaillent ensemble en ce sens. C’est un message fort qui rappelle qu’il y a des contrôles. Les armateurs vertueux sont ravis de voir la condamnation des autres qui ne sont pas dans les clous. »

Une piqûre de rappel nécessaire pour seulement une poignée d’armateurs selon Jean-François Suhas. « J’ai l’innocence de croire que les armateurs que je fréquente sont des gens honnêtes qui savent qu’ils doivent respecter ces normes en Méditerranée, affirme-t-il. Environ 95 % de leurs activités en Méditerranée se font dans les pays européens, donc ces armateurs sont au courant. Par exemple, Costa croisières fait régulièrement escale à Marseille. Carnival, lui, n’est pas toutes les semaines ici. »

Changement de loi en vue

Et d’ajouter : « Le monde de la croisière, ce n’est que 400 bateaux. Il y a assez d’argent dans ce business pour pouvoir être exemplaire, et les armateurs investissent énormément. Sur le milliard d’euros que coûte un bateau, les armateurs consacrent 10 à 15 % de plus pour réaliser des économies d’énergie. En 2019, 75 % des bateaux qui transportent des passagers seront équipés de "scrubbers" et entre 10 et 15 % pourront utiliser du gaz naturel liquéfié (GNL). »

Ainsi, Costa Croisières se refuse à tout commentaire sur cette décision de justice, mais tient à faire valoir ses efforts en la matière. « En construisant des navires de croisière alimentés au GNL, le secteur des croisières réduira son impact global en matière d’émissions dans l’atmosphère, explique-t-on du côté de l’armateur italien. Le groupe Costa est le pionnier sur cette innovation. Costa Croisières lancera son premier navire propulsé au GNL en octobre 2019 avec l’arrivée du Costa Smeralda, qui fera une escale hebdomadaire à Marseille. »

Un effort motivé notamment par une perspective : celle d’un changement de loi. Les valeurs limite de soufre pour la navigation vont être abaissées le 1er janvier 2020, divisées par trois pour les navires de croisière et par sept pour les autres, dans toutes les eaux françaises.

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