Huile de palme: La majorité des Européens ignorent sa présence dans les carburants

ENVIRONNEMENT C’est le principal enseignement d’une enquête Ipsos sortie ce mercredi : 82 % des 4.500 Européens sondés ignore la présence d’huile de palme dans les carburants. Pourtant, c’est essentiellement à cet usage que l’UE en importe aujourd’hui. Et de plus en plus...

Fabrice Pouliquen

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Biodiesel: illustration.
Biodiesel: illustration. — AFP PHOTO
  • Un sondage Ipsos, publié ce mercredi, montre que la majorité des Européens ignorent la présence dans les carburants d’huile de palme dont la culture est une cause importante de déforestation en Asie du Sud-Est.
  • Pourtant, plus de la moitié des 7,5 millions de tonnes importées en Europe en 2017 ont fini dans les réservoirs de nos voitures, incorporées essentiellement dans le biodiesel.
  • Ce débouché récent pour l’huile de palme tend à faire augmenter les quantités de cette huile végétale importées chaque année en Europe. 

Savez-vous qu’il n’y a pas de l’huile de palme que dans les aliments mais que les Etats de l’Union européenne en importent aussi pour en incorporer dans les carburants ? A cette question, la majorité des Européens disent non, selon un sondage IPSOS publié ce mercredi et réalisé pour une coalition d’ONG environnementales parmi lesquelles, en France, les Amis de la Terre.

Ignoré de 76 % des Français ?

Sur les 4.500 Européens, originaires de neuf pays, 82 % ont affirmé ne pas être au courant de la présence dans les carburants d’huile de palme dont l’extension des plantations est une cause majeure de la déforestation et de destruction de tourbières en Asie du Sud-Est. La proportion grimpe à 88 % pour les Hongrois et les Espagnoles, tombe à 76 % pour les Français et les Allemands et à 67 % en Suède. « Pourtant, c’est bien le cas, explique Sylvain Angerand, coordinateur de campagnes pour les Amis de la Terre. L’Union européenne plafonne à ce jour à 7 % l’incorporation de biocarburants [des carburants produits à partir de cultures agricoles] dans le gazole vendu à la pompe. Or dans ces 7 % de biocarborant, une partie est de l’huile de palme. »

En quelle proportion ? « Cela est très variable d’un distributeur à l’autre, répond-il. Leclerc et Système U se sont engagés à ne pas avoir d’huile de palme dans leurs carburants par exemple. Pour les autres distributeurs, les chiffres sont difficiles à obtenir, mais je ne pense pas être loin de la vérité en disant que la moitié de ces 7 % de biocarburant incorporés dans le gazole est parfois constituée de carburant d’huile de palme. » Surtout, Sylvain Angerand pointe une autre tendance inquiétante, notamment en France : « Celle d’incorporer de l’huile de palme dans le bioéthanol », un agrocarburant pour les voitures essence en plein essor actuellement car bien moins cher que ces équivalents fossiles.

De plus en plus importé pour faire du carburant ?

Alors que l’huile de palme importé en Europe l'était majoritairement à des fins alimentaires, la tendance s’est aujourd’hui inversée. Plus de la moitié des 7,5 millions de tonnes importées en Europe en 2017 ont fini dans les réservoirs de nos voitures, fustige Transport & Environment, ONG qui milite pour des transports plus propres en Europe. La proportion grimpe à 75 % pour le cas de la France, évalue les Amis de la Terre. « Et cela devrait augmenter encore avec l’ouverture de la bioraffinerie de Total à La Mède (Bouches-du-Rhône) », rappelle Sylvain Angerand. Sur ce site, la compagnie pétrolière prévoit de transformer en carburant des graisses animales, des huiles alimentaires usagées et résiduelles, mais aussi jusqu’à 450.000 tonnes d’huiles végétales brutes par an. Dont de l’huile de palme. « Au plus 300.000 tonnes par an », annonçait Total dans un communiqué en mai dernier. Un chiffre que Sylvain Angerand estime sous-évalué.

La coalition d’ONG à l’origine de l’enquête commandée à l’Ipsos entend alors porter à la connaissance du grand public ce qu’elle considère comme un « scandale ». « Globalement, tous les pays de l’Union européenne importent de l’huile de palme, mais nous avons ciblé dans cette enquête les neuf qui avaient le plus de poids au sein de l’UE et qui sont aussi en général les plus gros importateurs, explique Sylvain Angerand. La France, l’Allemagne ou les Pays-Bas. Mais tout va très vite. L’Espagne et l’Italie, par exemple, ont en ce moment des projets de bioraffinerie, comme celui de la Mède, en cours de construction ou de transformation. Leur importation d’huile de palme pourrait alors fortement augmenter. »

L’huile de palme est non taxée à ce jour en Europe pour son utilisation sous forme de carburant. En juin dernier, le Parlement européen et les Etats membres ont décidé de mettre fin progressivement à leur soutien aux carburants qui contribuent le plus fortement à la déforestation. La liste de ces carburants nocifs pour l’environnement doit être précisée au plus tard le 1er février prochain par la commission européenne. Sylvain Angerand espère y voir figurer au minimum les agrocaburants qui ont un impact direct sur la déforestation. Dont la culture des palmiers à huile et celle du soja. « Pour l’instant, aucune de ces deux huiles n’est explicitement mentionnée, ce qui laisse une opportunité aux lobbies de contrecarrer cette décision », estime-t-il.

Sujet brûlant en France ?

Le dossier se joue aussi en France. Vendredi, l’Assemblée nationale a adopté de justesse un amendement du MoDem excluant l’huile de palme de la liste des biocarburants, contre l’avis du gouvernement et du rapporteur général, ce qui a semé un trouble chez les « marcheurs » divisés sur ce sujet. « L’amendement revient au Sénat la semaine prochaine », indique Sylvain Angerand.

Les ONG européennes de défense de l'environnement estiment avoir les citoyens européens de son côté. C’est un autre enseignement de l’enquête Ipsos. A la première question - « Saviez-vous qu’il y a de l’huile de palme dans les carburants », l’enquête Ipsos posait dans la foulée une seconde : « Êtes-vous favorable ou opposé à ce que l’Union européenne mette fin à son soutien à l’utilisation d’huile de palme dans le carburant diesel ? » 69 % des sondés se sont prononcés pour la fin de ce soutien contre 14 % de contre et 16 % sans opinion.