Lyon: Une expérimentation sur le Rhône pour sauver les anguilles

ENVIRONNEMENT L'espèce est «en danger critique d’extinction»...

Caroline Girardon

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Les anguilles sont une espèce en danger d'extinction.
Les anguilles sont une espèce en danger d'extinction. — Takehiko Suzuki/AP/SIPA
  • Des chercheurs vont mener une expérimentation jusqu’en 2021 afin de voir comment les anguilles franchissent les barrages hydroélectriques pour rejoindre la mer, où elles se reproduisent.
  • L’aménagement des cours d’eau perturbe leur cycle de vie et les empêche parfois de mener leur Odyssée à terme.

L’anguille, une espèce « en danger critique d’extinction ». Des chercheurs de la CNR, compagnie nationale du Rhône et de l’ Irstea à Villeurbanne vont mener une expérimentation jusqu’en 2021 afin de voir comment ces poissons franchissent les barrages hydroélectriques pour rejoindre la mer, où ils se reproduisent.

Depuis plusieurs années, l’espèce souffre des activités humaines. L’aménagement des cours d’eau perturbe leur cycle de vie et les empêche parfois de mener leur Odyssée à terme.

Un très long chemin avant de s’accoupler

« La pollution des cours d’eau, l’assèchement des zones humides ou l’installation de barrages hydroélectriques sont autant d’obstacles à leur migration », explique Franck Pressiat, responsable de l’environnement au sein de la CNR. Car le chemin avant de s’accoupler est long, très long.

Avant d’y parvenir, ces poissons qui naissent au Nord des Caraïbes doivent traverser l’Atlantique, puis rejoindre la Méditerranée, passer le détroit de Gibraltar pour remonter le Rhône. L’étape suivante : coloniser les affluents du fleuve. Ce n’est qu’une fois qu’ils auront atteint leur maturité sexuelle (ce qui peut prendre plusieurs années) qu’ils feront le chemin inverse pour aller se reproduire en mer. Mais parfois, les obstacles sont trop nombreux pour y parvenir.

300 anguilles seront dotées d’émetteurs

« L’objectif est de comprendre comment les anguilles franchissent un ouvrage classique sur le Rhône. Est-ce qu’elles font demi-tour, passent par l’écluse ? Est-ce qu’elles se faufilent à travers les turbines de l’usine ou par le déchargeur ? », détaille Franck Pressiat. L’étude portera sur le trajet de « dévalaison » (sens descendant du fleuve). Et d’ajouter : « De l’aval vers l’amont, des passe-pièges ont été installés pour faciliter leur passage. L’idée est de voir si ça fonctionne dans l’autre sens et où ça coince éventuellement ».

300 anguilles vont être capturées. « On va leur implanter un petit émetteur sans que cela les gêne, pour suivre leur mouvement », poursuit-il. Des observations seront menées dans trois aménagements de barrage (Caderousse, Avignon, Vallabrègues) que doivent successivement franchir les anguilles pour parvenir au delta de Camargue puis à la mer Méditerranée. Un premier rapport sur cette expérience doit être rendu à la fin de l’année 2021.