Ile-de-France: Comment les sols pollués sont récupérés pour l'agriculture

SOLS POLLUES De nouvelles formes d’agriculture permettent aujourd’hui de cultiver sur des sols pollués ou incultes. Dans les Yvelines, sur une ancienne décharge sont produites plus de 10 tonnes de fruits et légumes par an…

Floréal Hernandez

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Des fraises poussent hors-sol au-dessus d'une ancienne décharge dans les Yvelines, dans un projet mené par les fermes de Gally.
Des fraises poussent hors-sol au-dessus d'une ancienne décharge dans les Yvelines, dans un projet mené par les fermes de Gally. — Les fermes de Gally / «Capitale agricole»
  • En 2011, l’Ile-de-France comptait 421 sites pollués.
  • Les fermes de Gally avec trois autres entreprises ont créé des jardins potagers et « une activité agricole traditionnelle » sur un site dont le sol présente de faibles traces d’hydrocarbures.
  • Une « plante zéro pollution » est cultivée sur d’anciennes terres de maraîchage polluées aux métaux lourds. Cette production est destinée à l’industrie ou à la construction.

Et si la ville perdait du terrain au profit de l'agriculture en Ile-de-France. On ne parle pas de potagers sur les toits ou d’une champignonnière dans la cave d'un Monoprix. Non, de la culture de fraises ou de tomates sur des sols pollués ou incultes. « Aujourd’hui avec de nouvelles formes d’agriculture, on a la capacité de reprendre des terrains en friche ou pollués », annonce Xavier Laureau, agriculteur et directeur des fermes de Gally (Yvelines).

A Saint-Cyr-l’Ecole, avec trois autres entreprises, ils ont transformé une ancienne décharge en une zone agricole de 3,5 hectares. Dessus, on trouve une centaine de potagers à louer mais aussi « une activité agricole traditionnelle », détaille Xavier Laureau. Sur le projet, sont produites 8 tonnes de fraises, 1,5 tonne de framboises et 1 tonne de tomates ainsi que des aubergines et des piments. Le tout hors-sol car on ne pouvait pas cultiver sur un terrain contenant de « légères traces d’hydrocarbure », héritage de des carcasses de voitures qui ont été jetées dessus.

Pour faire pousser hors-sol, il a toutefois fallu araser le sol de l’ancienne décharge et le recouvrir notamment d’une terre imperméable en surface (marne) pour récupérer l’eau de pluie et la réutiliser pour les cultures du site.

Le miscanthus, une « plante zéro pollution »

Plus au nord dans les Yvelines, sur la communauté de commune Seine-Aval à Chanteloup-les-Vignes, l’agriculture a récupéré une trentaine d’hectares sur les 300 polluées aux métaux lourds. Là, sur une trentaine d’hectares, des miscanthus​ – appelés aussi roseaux de Chine – ont été plantés. « Ils ne dépolluent pas le sol mais permettent une agriculture, explique Adèle Maistre, animatrice du programme leader Seine-Aval. C’est une plante qui s’installe sur 15 ans et qui n’a pas besoin d’engrais, de pesticide, de labourage… Il y a très peu d’entretien. »

« Cette plante zéro pollution » est valorisable une fois coupée (une fois par an) énergétiquement ou pour du paillage. D’autres débouchés sont envisagés pour le miscanthus : sa transformation en «parpaing de structure pour faire des murs », son utilisation par « Peugeot pour des pièces d’habitacle ou de structure » et pour « le packaging cosmétique », énumère Bernard Courtin, délégué général de Biomis G3. Cette association fait le lien entre industriels, agriculteurs et territoires et gère l’élaboration des nouveaux produits à partir de la plante.

« Il y a plein de lieux pollués ou incultes où on peut faire des choses », réaffirme Xavier Laureau des fermes de Gally. Le « démonstrateur » de Saint-Cyr qui a fêté ses trois ans est prêt à être « déployé ailleurs » Rien qu’en Ile-de-France, les terrains ne manquent pas. Selon le dernier recensement de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie (DRIEE), cité dans l’exposition du Pavillon de l’Arsenal Capital agricole​*, l’Ile-de-France comptait 421 sites pollués appelant une action des pouvoirs publics et 35.432 sites inventoriés d’anciennes activités industrielles en 2011.

Capital agricole, exposition au Pavillon de l'Arsenal (21, boulevard Morland, 4e) jusqu'au 27 janvier. Entrée libre.


Capital agricole organise son marché local

Samedi de 10h à 17h, dans le cadre de l’expo Capital agricole, le Pavillon de l’Arsenal accueille une vente directe de produits d’Ile-de-France. Une trentaine de producteurs locaux, bio ou en agriculture raisonnée, seront présents.

Entrée libre. Visites guidées gratuites de l’exposition Capital agricole à 15h et 17h.