Les inondations dans l'Aude ont-elles déclenché une vague de pollution à l'arsenic?

ENVIRONNEMENT La rumeur court que les inondations dans l’Aude ont provoqué une pollution à l’arsenic depuis la mine d’or fermée de Salsigne. La préfecture dément mais des riverains restent inquiets sur le long terme…

Helene Menal

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La mine d'or de Salsigne, fermée en 2004, dont les déchets polluants font encore polémique.
La mine d'or de Salsigne, fermée en 2004, dont les déchets polluants font encore polémique. — T. Bordas - Sipa - Archives
  • Après les inondations dans l’Aude, la rumeur a surgi d’une pollution à l’arsenic dans l’Orbiel en dessous de l’ancienne, et polémique, mine d’or de Salsigne.
  • La préfecture indique qu’il n’y a pas eu de dégâts graves dans la « décharge » de la mine, ni de pollution de l’eau potable.
  • Mais des riverains de l’Orbiel sont moins optimistes.

La rumeur colle à la campagne audoise comme la boue depuis le déferlement dramatique du 15 octobre. Les flots en furie auraient fait céder des bassins de rétention remplis d’arsenic, de cyanure et de métaux lourds, polluant les villages traversés par la vallée encaissée de l’Orbiel. Ces bassins sont ceux qui entourent les déchets de la mine d’or de Salsigne, fermée en 2004, après un siècle de bons et glorieux services.

Le fût avec une inscription « arsenic » retrouvé échoué alimente les peurs. Et quand un élu de Conques-sur-Orbiel, un village situé à 10 kilomètres en aval de Salsigne, apparaît au journal de 20 heures au lendemain des inondations en conseillant de jeter meubles et jouets de l’école parce qu’ils sont « contaminés », on ne peut pas vraiment parler de message rassurant.

Même si aujourd’hui, l’élu en question, le premier adjoint Jean-François Saury, a mis de l’eau dans son arsenic. « J’ai dit ça par habitude, parce qu’il y a toujours eu des métaux lourds dans l’Orbiel et qu’on applique bien sûr le principe de précaution, explique-t-il. Mais s’il y avait eu une alerte particulière après les inondations, la préfecture nous aurait avertis, ce qui n’est pas le cas ».

La préfecture est rassurante

Et effectivement, la préfecture de l’Aude se veut très rassurante. Elle indique d’abord que le fameux fût - qui existe vraiment donc - était vide quand il a été emporté.

Concernant la « décharge » décriée qui comprend les bassins de rétention, le cabinet du préfet explique que des experts du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) ont inspecté les installations. En dehors « d’une canalisation cassée » et d’un talus effondré, ils ont constaté « peu de dégâts ». Pas assez en tout cas pour créer une pollution exceptionnelle, ce que les analyses faites sur les réseaux d’eau potable confirment.

Même Guy Augé, le président de l’association de défense des riverains de Salsigne, qui porte depuis 2003 une plainte pour empoissonnement contre les rejets de la mine, ne s’affole pas. « Le ruisseau en bas de chez moi est blanc, signe que du gypse est descendu et peut-être autre chose, dit-il. Mais, vu le torrent, les quantités ont été diluées. C’est presque une bonne façon de dépolluer. » Il prévient toutefois qu’il faudra bien analyser les dépôts en eaux basses quand le calme sera revenu.

Des déchets « naturels » à surveiller en aval

François Espuche, de l’association environnementale Gratte Papiers, lui aussi habitué aux bras de fer avec la préfecture sur le sujet, est moins optimiste : « Il est admis que l’Orbiel charrie environ huit tonnes d’arsenic par an. A mon avis, la crue a pu ajouter une ou deux tonnes supplémentaires, effectivement diluées ».

Les communes traversées par l'Orbiel, un affluent de l'Aude, ont été durement touchées par les inondations du 15 octobre 2018.
Les communes traversées par l'Orbiel, un affluent de l'Aude, ont été durement touchées par les inondations du 15 octobre 2018. - Map4News

Mais, pour le militant, le vrai problème, « c’est que le lit de l’Orbiel a été totalement décapé sur près de trois mètres de profondeur ». Il estime que des sédiments, des particules et des boues, chargés d’arsenic et habituellement enfouis ont dévalé. « Il y a forcément un endroit en aval où ces déchets sont allés s’accumuler », poursuit-il en conseillant à celui qui hérité de ces matériaux, a priori naturels, de ne « pas consommer les légumes de son jardin »…