Des agents procèdent au nettoyage d'une plage varoise polluée aux hydrocarbures
Des agents procèdent au nettoyage d'une plage varoise polluée aux hydrocarbures — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

REPORTAGE

VIDEO. Marée noire dans le Var: «Il faut nettoyer, sans flinguer la plage et son équilibre naturel»

Le Var connaît la plus importante marée noire de son histoire depuis 1991: 16km de littoral ont été pollués. Les opérations de nettoyage ont démarré ce jeudi... 

  • Les boulettes de pétrole proviennent vraisemblablement de la collision entre deux bateaux au large de la Corse il y a 10 jours.
  • Une centaine de personnes ont commencé les opérations de dépollution sur la plage de Pampelonne où 20 Minutes s'est rendu.
  • Le travail est aussi titanesque que délicat, d'autres plaques de mazout pouvant toujours s'échouer sur les plages. 

De notre envoyée spéciale à Ramatuelle (Var),

Les vagues en s’échouant forment un geyser noir répugnant. Des galettes de mazout sombres et visqueuses, semblables à de la mélasse, luisent sur le sable de la plage de Pampelonne sous un soleil radieux. D’ordinaire, les rayons font ressortir le bleu turquoise de cette célèbre plage du golfe de Saint-Tropez, prise d’assaut par les touristes l’été.

Mais la plage de Pampelonne fait malheureusement partie des 17 plages du Var sur lesquelles reposent depuis quelques jours des boulettes d'hydrocabures, provenant selon toute vraisemblance de la collision entre deux bateaux au large de la Corse.

Une opération titanesque

Ce jeudi, sur ordre du préfet du Var Jean-Luc Videlaine, qui a déclenché il y a peu le plan Polmar-Terre, une centaine de personnes ont commencé les opérations de dépollution sur cette plage. D’autres ont été envoyées sur des plages de Sainte-Maxime et Saint-Tropez. Armés de fourches et de râteaux, pompiers, agents des collectivités territoriales et bénévoles ont débuté ce jeudi une opération titanesque et délicate.

« On prend les grosses boulettes avec la fourche, et les plus petits résidus avec le râteau, explique dans sa combinaison blanche Aldo Lavendan, agent au conseil départemental. Impossible de savoir quelle quantité il y a, il faut prendre un maximum, tout ce qui est souillé. Il va y avoir beaucoup de travail. »

« On ne peut pas exclure l’arrivée de nouvelles boulettes »

« Tout notre travail consiste à nettoyer, tout en préservant l’écosystème», confie, soucieux, Eric Lefebvre, directeur départemental adjoint des territoires et de la mer et commandant des opérations de lutte contre la pollution. «Il faut enlever les boulettes et tout ce qui est imprégné, y compris les posidonies. Mais il ne faut pas trop enlever au risque de flinguer la plage et son équilibre naturel. »

Combien de temps faudra-t-il pour nettoyer le tout ? Difficile de le dire, de l’aveu même du préfet, pour qui « le plus gros » sera fait d’ici minimum « 15 jours de travail ». D’autant que les autorités confessent ne pas connaître l’ampleur du phénomène. « On ne peut pas exclure l’arrivée de nouvelles boulettes », indique le préfet du Var, confirmant l’arrivée « inquiétante » de boulettes sur trois plages au nord de Porquerolles.

La plus grande catastrophe depuis 1991

Les premiers communiqués de presse du ministère de la Transition écologique et solidaire sur ce sujet se voulaient pourtant rassurants, insistant notamment sur le fait que la quantité échouée sur les plages ne représenterait que 2 % du total. Un chiffre fourni par la Marine auquel le préfet veut croire. « Par rapport aux littoraux de la Manche ou l’Atlantique [touchés par des marées noires], on n’est pas dans la même catégorie », affirme Jean-Luc Videlaine, qui assure toutefois ne pas minimiser le « traumatisme ». « En termes d’ampleur, on n’avait pas connu de tel phénomène depuis 1991 », estime le préfet.

Sur place, l’inquiétude a en effet gagné les maires et les locaux, dans un territoire où les plages constituent le principal poumon économique. « On est dégoûtés, soupire Cyril Bernardoni, gérant depuis 20 ans d’une paillote sur la plage de Pampelonne. La plage ne sera jamais aussi propre qu’avant, estime-t-il. Nous, en travaillant ici, on ramasse les crabes, les oursins. Là, c’est mort. Et on ne sait pas quand ça va s’arrêter. »

Conséquences écologiques et économiques

« On a eu des incendies monstres l’année dernière, des inondations il y a quelques jours, et là du pétrole, ça commence à faire beaucoup », soupire Marc-Etienne Lansade, maire de Cogolin. « La chance dans notre malheur, c’est que cela arrive à la mi-octobre », estime le président LR du conseil départemental, Marc Giraud. « Bien sûr, il y a des enjeux économiques, mais si c’était le 14 juillet, ce serait bien pire, abonde Jean-Luc Videlaine. L’idée que la réputation planétaire de Saint-Tropez soit entamée par cet épisode, je n’y crois pas. »

Quant aux conséquences écologiques, elles restent aujourd’hui inconnues. Une partie de ces hydrocarbures s’est échouée dans le périmètre du parc national de Port-Cros. Aussi, l’incompréhension ponctue le discours de certains élus locaux, pour qui la catastrophe aurait pu être évitée. « J’ai déposé plainte ce [jeudi] matin auprès de la gendarmerie pour pollution et dégradation du littoral de la presqu’île de Saint-Tropez et en particulier Ramatuelle, la plage de Pampelonne », a indiqué Roland Bruno, maire de Ramatuelle.

Faire payer le coupable de cette pollution

« Je suis en colère, s’emporte Marc Giraud. Est-ce que tout a été fait à temps, non pas ici dans le Var, mais en face, du côté corse ? Voilà ce que je me demande. » Le président du conseil départemental va également porter plainte, tout comme le maire de Cogolin. « Nous avons fait des constats d’huissier et nous tenons une comptabilité précise des dépenses engagées, l’objectif étant que ce soit in fine facturé par celui qui sera reconnu coupable de cette pollution », précise Jean-Luc Videlaine.

Des enquêtrices de la gendarmerie, spécialisées en investigation criminelle, en masque, bottes et combinaisons, ont prélevé des échantillons dans des bocaux soigneusement étiquetés. Au total, sept communes du Var sont actuellement touchées par ce phénomène, sur 16 kilomètres de côtes.

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