La Bretagne se positionne pour devenir la championne de l’éolien flottant

ENERGIE Les élus et acteurs industriels misent beaucoup sur l’essor de cette filière dans la région…

Jérôme Gicquel

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La première éolienne flottante installée sur les côtes françaises est entrée en service mi-septembre au large du Croisic (Loire-Atlantique).
La première éolienne flottante installée sur les côtes françaises est entrée en service mi-septembre au large du Croisic (Loire-Atlantique). — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • A la traîne dans l’éolien terrestre, la France a une carte à jouer dans l’éolien flottant, une filière encore naissante dans le monde.
  • Région maritime par excellence, la Bretagne mise beaucoup sur le développement de cette filière.
  • Une ferme pilote de quatre éoliennes flottantes entrera en service en 2021 au large de Groix.

PPE comme programmation pluriannuelle de l’énergie. S’il est un projet du gouvernement qui est particulièrement attendu en Bretagne, c’est bien celui-là. Encore en cours d’élaboration, le texte doit être présenté d’ici la fin du mois et fixe la feuille de route énergétique pour les dix prochaines années en France. Mais quelle place aura l’éolien dans ce nouveau schéma directeur ? C’est la question qui taraude bon nombre d’acteurs industriels et d’élus dans la région.

Car la Bretagne mise beaucoup sur l’éolien en mer, et notamment l’éolien flottant. « Nous pouvons devenir le champion industriel dans ce domaine. A condition bien sûr d’avoir l’ambition de le faire », indique Pierre Karleskind, vice-président à la région chargé des questions maritimes. « On a besoin d’avoir de la visibilité pour réussir le développement de cette filière. Il faut pour cela que le gouvernement indique un volume de développement ainsi qu’un calendrier précis », ajoute Christophe Chabert, directeur développement Grand Ouest chez Eolfi.

Un projet de ferme pilote entre Groix et Belle-Ile

A la traîne dans l’éolien terrestre et très en retard sur certains de ses voisins européens sur l’éolien offshore posé, la France a une belle carte à jouer sur l’éolien flottant. « Personne ne commercialise encore cette technologie dans le monde. Tout le monde est dans les starting-blocks », assure Pierre Karleskind. Même si l’Ecosse a pris une petite longueur d’avance avec la mise en service du premier parc éolien flottant au monde fin 2017, la France n’est pas larguée. Loin de là.

Quatre projets de parcs pilotes d’éolien flottant sont ainsi sur les rails, trois en Méditerranée et un en Bretagne. Situé entre l’île de Groix et Belle-Ile, le projet breton, porté par Eolfi, doit être mis en service en 2021. A cette date, quatre éoliennes d’une capacité de six mégawatts chacune commenceront à tourner, de quoi « alimenter en électricité l’équivalent de 26.000 foyers », précise Christophe Chabert.

Cette future ferme pilote flottante de Groix servira de test grandeur nature pour les industriels. « On aura une longueur d’avance en Bretagne et grâce à ce retour d’expérience, on va pouvoir créer et dynamiser la filière », indique Christophe Chabert.

Plusieurs centaines voire milliers d’emplois à la clé

En attendant un premier appel d’offres commercial, la région est déjà en ordre de marche et anticipe l’essor de cette filière encore naissante. 220 millions d’euros ont ainsi été engagés dans la modernisation du port de Brest avec l’objectif affiché d’en faire « un hub » dans le domaine des énergies marines renouvelables. « Nous avons anticipé pour être prêts à temps. Et nous le sommes. Il ne manque que le feu vert », indique Pierre Karleskind.

L’enjeu est de taille pour la Bretagne, avec plusieurs centaines, voire des milliers d’emplois à la clé. Mais le temps presse et les élus commencent à s’impatienter. Quatre présidents de régions, dont Loïg Chesnais-Girard pour la Bretagne, ont écrit il y a quelques jours au gouvernement pour lui demander d’avancer sur l’éolien flottant. Un coup d’accélérateur qui serait le bienvenu « pour que nos éoliennes ne soient pas chinoises », prévient le président de la région.