VIDEO. Bouches-du-Rhône: Les palourdes en voie de disparition dans l'étang de Berre

ENVIRONNEMENT Depuis un mois, la pêche aux palourdes dans l’étang de Berre est totalement interdite par la préfecture. Les rejets d’une centrale EDF sont mis en cause par certains…

Mathilde Ceilles

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L'etang de Berre.
L'etang de Berre. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Les palourdes sont en voie de disparition dans l’étang de Berre. 90 % d’entre elles auraient disparu.
  • La pollution – rejet d’une eau chargé de nitrate dans la lagune par la centrale de Saint-Chamas notamment – et les conditions climatiques sont en cause. Leur pêche a été interdite.

« Nos dernières études montrent que 90 % des palourdes de l'étang de Berre ont disparu. » Le chiffre avancé par Raphaël Grisel est sans appel. Selon le directeur du groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre, connu aussi sous le nom de Gipreb, la situation actuelle de ce mollusque dans cette lagune coincée entre Marseille et plusieurs sites industriels polluants serait préoccupante. « Dans les zones profondes, au-delà de trois mètres, il y en a zéro, affirme-t-il. Tout est mort. Sur le bord, on doit être autour des 70 %. »

Comment expliquer de tels chiffres ? Ce week-end, plusieurs manifestants se sont rassemblés devant l’usine EDF de Saint-Chamas, sur le pourtour de l’étang de Berre dans les Bouches-du-Rhône. En effet, selon certains, cette situation est liée aux rejets de la centrale de l’eau douce chargée en nitrate dans la lagune d’eau salée.

Pêche interdite

Conséquence ? La salinité de l’étang baisse, et la teneur en oxygène dans l’étang avec elle, jusqu’à devenir insuffisante pour la faune de l’étang. Privées d’air, les palourdes ne parviennent pas à survivre. Mais ce n’est pas le seul facteur, puisque la situation a été accentuée par les conditions météorologiques des derniers mois, caractérisées par un vent faible et de la pluie, selon Raphaël Grisel. « Avec la pluie, l’étang bascule d’un état de restauration à celui de dégradation », affirme-t-il.

Face à ce constat alarmant, la préfecture des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté, il y a un mois, interdisant la pêche aux palourdes pour les pêcheurs de loisir et les professionnels, afin de sauver les derniers coquillages restants. Dans cet arrêté, la préfecture prévoit une amende allant jusqu’à 22.500 euros à toute personne ne respectant pas cet arrêté. Pour rappel, la pêche était autorisée depuis le 1er février.

Une réunion ce mercredi

Mais cette décision inquiète, du côté des professionnels de la pêche dans ce secteur, pour qui la palourde est une source de revenus essentielle, voire exclusive. Interrogée par France Bleu, Virginie Bendjema, représentante des pêcheurs, affirme avec amertume que « personne ne veut rien faire pour arrêter cette catastrophe ». « Nous avons longtemps été favorables au maintien de la pêche aux palourdes, explique Raphaël Grisier. Mais la situation est telle que pour que les pêcheurs puissent toujours exercer, il faut faire une pause, le temps que la population se restaure. »

Faut-il rouvrir l’autorisation à la pêche ? Peut-on indemniser les pêcheurs ? Faut-il demander à EDF de réduire drastiquement ces rejets, comme l’exige le Gipreb ? Telles sont les questions parmi d’autres qui seront certainement soulevées ce mercredi devant les autorités, lors d’une réunion prévue sur le sujet.

Dans son dernier arrêté, la préfecture ne mentionne jamais la centrale, imputant la situation aux seules « fortes chaleurs de cet été ».Une position qu'épouse également EDF. « Nous avons connu une conjonction de facteurs, avec la canicule et une absence de vents, indique Vincent Gabette, directeur EDF Hydro Méditerranée. Cette responsabilité qu'on veut nous faire supporter n'a pas lieu d'être puisque nous n'avons pas eu de restitution d'eau durant la période concernée, jusqu'au 10 août. ». Quant au comité régional des pêches, il a indiqué à 20 Minutes préférer communiquer à l’issue de ladite réunion.

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