VIDEO. Bien-être animal: Une pétition géante pour mettre fin à l'élevage en cage en Europe

ANIMAUX Ce mercredi marquera le lancement en France de l’Initiative citoyenne européenne (ICE) lancée par 130 ONG pour interdire l’élevage d'animaux en cage en Europe...

Fabrice Pouliquen

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Une nouvelle vidéo de l'association L214 dénonce les conditions d'élevage des lapins, en Charente-Maritime.
Une nouvelle vidéo de l'association L214 dénonce les conditions d'élevage des lapins, en Charente-Maritime. — Capture d'écran vidéo L214
  • Ce mercredi marquera le lancement en France de l’Initiative citoyenne européenne pour la fin de l’élevage en cage en Europe. L’objectif ? Recueillir en un an un million de signatures pour contraindre Bruxelles de légiférer sur le sujet.
  • Chaque année, 369 millions d’animaux sont élevés en cage en Europe, dont 85,6 millions en France, comptabilise le Ciwf, l’une des 130 ONG derrière l’ICE. Pas seulement des lapins ou des poules, mais aussi des canards, des oies, des truies…
  • L’espoir ? « Que Bruxelles interdise les élevages en cage sur tout le territoire européen, glisse Claire Hincelin, du CIWF France. Des pays ont déjà fait des premiers pas. La France, elle, est très frileuse.

« Le confinement d’animaux en cage nuit gravement à leur bien-être. » De nombreuses ONG de protection des animaux rêveraient de voir le message apposé sur les produits issus de l’élevage industriel, en calquant les avertissements figurant sur les paquets de cigarettes.

On n’y est pas encore. Pour tout dire, ces associations cherchent encore à ce jour à contraindre l’Union européenne à donner sa position officielle sur l’élevage en cage. C’est l’objet d’une l’Initiative citoyenne européenne (ICE), un outil démocratique instauré au sein de l’Union européenne et qui contraint la Commission européenne à légiférer sur un sujet donné. La condition est qu’au moins un million de citoyens, issus au minimum de sept pays différents, en fassent la demande, en signant une pétition. Le tout dans un délai d’un an, pas plus.

Un an pour collecter un million de signatures

Pour l’ICE contre l’élevage en cage, « la course contre-la-montre a commencé officiellement le 25 septembre dernier au Parlement européen, indique Claire Hincelin, de Compassion in world farming (CIWF) France, l’une des 130 ONG derrière cette campagne. Les lancements sont ensuite déclinés pays par pays. Pour la France, c’est ce mercredi avec notamment un happening à 9h30 place de la République, à Paris.

Chaque année, 369 millions d’animaux sont élevés en cage en Europe, dont 85,6 millions rien qu’en France, comptabilise le Ciwf dans un récent rapport sur les élevages en cage. « Cela ne se limite pas aux poules contrairement à ce que l’on pourrait penser, prévient Claire Hincelin. 99 % des lapins élevés en Europe pour leur viande le sont en cage. N’imaginez pas des clapiers. On parle bien ici de cages étroites aux sols grillagés dans lesquelles les lapins n’ont pas de possibilité de bondir ou de se redresser. »

Lapins, poules, mais aussi canards, oies et truies…

Les ONG de protection des animaux considèrent ces cages comme le symbole et le principal pilier de l’élevage industriel. Elles permettent d’entasser dans des espaces confinés un grand nombre d’animaux mais en empêchant l’expression de la plupart de leurs comportements et instincts naturels. Si les vaches échappent à ce jour aux cages, ce n’est pas le cas des cailles, des canards, des oies, des poules ou des lapins. Même sort pour des animaux plus imposants comme les truies. « Dans de nombreux élevages, elles passent une bonne partie de leur existence dans des cases de gestation puis de mise-bas, explique Claire Hincelin. Dans ces dernières, elles sont couchées sur le flanc à même des caillebotis et cernées par des barres métalliques qui les empêchent même de pouvoir se retourner. Ceci au prétexte douteux d’éviter que les truies écrasent leurs petits. »

Plusieurs pays de l’UE ont pris des mesures pour sortir de l’élevage en cage. L’Autriche s’est engagée à sortir complètement des élevages en cage de poules pondeuses en 2020. L’Allemagne prévoit d’y parvenir en 2025. Le Luxembourg y est déjà. L’Autriche ne fait plus non plus d’élevage de lapin en cage depuis 2012 et la Belgique a pris ce même engagement pour 2025. Il n’y a plus de case de gestation pour les truies au Royaume-Uni, ni en Suède qui a déjà interdit également les cases de mise-bas.

Une loi Agriculture et alimentation qui rate le coche ?

La France, quant à elle, est à la traîne et la loi Agriculture et alimentation, votée définitivement à l’Assemblée nationale le 2 octobre, ne lui fera guère rattraper son retard. « Plusieurs amendements prometteurs avaient pourtant été un temps évoqués, regrette Claire Hincelin. Nous demandions par exemple un étiquetage obligatoire sur les produits carnés et laitiers indiquant le type d’élevage comme celui qui existe actuellement sur les œufs. La proposition avait été votée en première lecture à l’Assemblée nationale, mais le Sénat l’a retirée en deuxième lecture. » L’amendement souhaitant l’interdiction définitive des cages pour les élevages de lapins a également été retoqué.

Même recul sur l’interdiction de la vente d’œufs issus de poules élevées en cage dans les supermarchés d’ici 2022. « Il s’agissait pourtant d’une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, réitérée en février dernier par Stéphane Travert, son ministre de l’Agriculture, fustige Claire Hincelin. Au final, la loi Agriculture et alimentation interdit seulement tout nouvel élevage de poules en cage. Autrement dit, les 32 millions de poules actuellement élevées en cage en France (69 % de la production globale) ne sont pas près d’en sortir. »

Faire bouger les lignes au niveau européen

A moins que les transformations soient impulsées par d’autres acteurs. Ces dernières années, plusieurs grandes enseignes se sont engagées à ne plus proposer à la vente d’œuf issu de poules élevées en cages à des échéances plus ou moins proches. D’ici à 2020 par exemple pour Carrefour, dans ses magasins en France sur sa marque propre et d’ici à 2025 pour l’ensemble des fournisseurs de ses rayons. Le Ciwf vient de lancer un outil, EggTrack, pour suivre les engagements de ces distributeurs.

L’autre piste pour sortir des élevages en cage est de faire bouger les lignes au niveau européen. D’où cette Initiative citoyenne européenne qui espère aboutir à ce que Bruxelles interdise complètement les élevages en cage dans l’Union européenne. « Les élevages alternatifs existent, assure Claire Hincelin. Les élevages en parc pour les lapins, au sol et/ou en plein air pour les poules, sur paille et/ou plein air pour les truies… » Le compteur de la pétition affiche pour l’instant 65.800 signatures.