Gironde: Le premier kilomètre d’autoroute 100% recyclé a été inauguré sur l' A10

MATERIAUX Vinci et Eurovia ont présenté mardi une première mondiale sur une portion de l'A10 en Gironde: le premier kilomètre de route fabriqué avec un enrobé 100 % recyclé…

Mickaël Bosredon

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L'usine mobile d'Eurovia et Marini-Ermont est capable de fabriquer un enrobé entre 70% et 100% recyclé.
L'usine mobile d'Eurovia et Marini-Ermont est capable de fabriquer un enrobé entre 70% et 100% recyclé. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le constructeur a présenté sa dernière innovation qui consiste à fabriquer un enrobé pour autoroute sans aucun granulat vierge.
  • La technique permet de réutiliser l’enrobé existant, et évite ainsi l’extraction des granulats, ainsi que les allers-retours des camions entre la carrière et le chantier.
  • Pour fabriquer cet enrobé recyclé, Eurovia s’est doté d’une usine mobile très performante qui suit le chantier au fur et à mesure de son avancée.

L'entreprise Eurovia (filiale de Vinci) a présenté ce mardi à Saint-Christoly-de-Blaye (Gironde), le premier kilomètre d’autoroute 100 % recyclée, sur l’A10. Il s’agit d’une première mondiale assure le constructeur, qui a noué un partenariat avec le leader mondial de l’usine mobile Marini Ermont (une filiale de Fayat) et avec Vinci Autoroutes, maître d’ouvrage du chantier de rénovation de l’autoroute.

Mais qu’est-ce qu’une route 100 % recyclée ? Il s’agit tout simplement de la réutilisation de la portion de route à rénover, que l’on va déconstruire, puis faire chauffer en usine pour la faire fondre et obtenir un agrégat d’enrobé, que l’on peut réutiliser. Cette technique s’appelle la remobilisation du bitume.

Un enrobé capable de supporter d’importants trafics

Si l’utilisation de l’agrégat d’enrobé existe depuis des décennies, « elle a longtemps été plafonnée à 20 % en raison de contraintes techniques et de normes » explique Jean-Pierre Paseri, directeur général d’Eurovia. « Au milieu des années 1980, poursuit-il, il y a eu des améliorations technologiques qui ont permis d’avoisiner les 50 %. Mais nous étions persuadés qu’on était capable de viser la route 100 % recyclée. Nous avons ainsi mobilisé notre centre de recherche de Mérignac (Gironde) afin de concevoir et tester des formules d’enrobés dans lesquels nous avons incorporé entre 70 % et 100 % de recyclé, et avec une exigence de performances comparables avec un enrobé classique. »

Sachant que l’enrobé, pour une autoroute, doit supporter d’importants trafics, en l’occurrence plus de 30.000 véhicules par jour sur l’A10 et jusqu’à 100.000 véhicules par jour durant la période estivale.

« La route devient la matière première en même temps que le produit fini »

Eurovia s’est ensuite rapproché de Vinci pour tester en grandeur nature sa nouvelle technologie. Sur ce marché qui porte sur 40 km de rénovation de l’A10 entre Pons et Saint-Aubin (Gironde), Eurovia a proposé de réaliser 1 km de voie lente avec 100 % de recyclé (entre 97 % et 98 % selon les couches précisément, car il est nécessaire d’incorporer des additifs pour les liants), et le reste avec 70 % de recyclé. Une démarche accompagnée par l'Ademe, partenaire de cette innovation.

« La route devient ainsi la matière première en même temps que le produit fini » résume Clara Lorinquer, directrice environnement et qualité chez Eurovia. « Cela nous évite d’émettre de l’énergie et donc du CO2 pour l’extraction des granulats, et d’éviter à ces matériaux de faire des centaines de kilomètres entre la carrière et le chantier. » Rien que sur le kilomètre 100 % recyclé, quelque 3.000 tonnes de matériaux auraient dû être acheminées par la route, s’il avait été réalisé de manière classique.

L'usine mobile d'Eurovia et Marini-Ermont est capable de fabriquer un enrobé entre 70% et 100% recyclé.
L'usine mobile d'Eurovia et Marini-Ermont est capable de fabriquer un enrobé entre 70% et 100% recyclé. - M.Bosredon/20Minutes

Eurovia « très confiant pour développer ce marché ces prochaines années »

Pour aller au bout de cette démarche vertueuse, il fallait à Eurovia une usine mobile afin de réaliser l’agrégat d’enrobé, et rester ainsi au plus près du chantier pour limiter les allers-retours des poids lourds. Et une usine mobile capable de fabriquer un enrobé entre 70 % et 100 % recyclé, à une cadence adaptée à un entretien autoroutier (entre 250 et 400 tonnes/heure), cela n’existait pas. Eurovia s’est ainsi rapproché de Marini Ermont pour créer cette usine, qui à ce jour fonctionne parfaitement.

La fabrication de l’enrobé 100 % recyclé se fait « au même prix qu’une solution classique » explique Jean-Pierre Paseri. « C’est un produit destiné aux grosses infrastructures (autoroutes, routes nationales, pistes d’aéroport…) et on est très confiant pour développer ce marché ces prochaines années » assure-t-il, même s’il reconnaît que, dans beaucoup d’opérations, « le seuil de 20 % d’enrobé recyclé est encore celui qui nous est imposé. » Peut-être « parce qu’il y a l’idée que c’est un matériau de moins bonne qualité, ce qui n’est absolument pas le cas. »

En France, les matériaux pour les chaussées représentent environ 200 millions de tonnes par an, dont 35 millions de tonnes rien que pour les enrobés. « Et on génère 7 millions de tonnes d’agrégat d’enrobé issus de la déconstruction, soit 18 % de taux de recyclage » relève Ivan Drouadaine, directeur technique et recherche chez Eurovia. Le premier kilomètre pour se diriger vers les 100 %, est désormais posé.