Qui est le Giec et que faut-il attendre de son nouveau rapport?

CLIMAT Le Groupe d’experts intergouvernemental publie lundi un rapport sur les mesures à prendre pour limiter le réchauffement à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C...

Fabrice Pouliquen

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Hoesung Lee, actuel président du Giec, à Incheon en Corée du sud le 1er octobre 2018.
Hoesung Lee, actuel président du Giec, à Incheon en Corée du sud le 1er octobre 2018. — JUNG YEON-JE / AFP
  • Le Giec remet ce lundi un rapport spécial, commandé par l’ONU poser les enjeux d’un réchauffement climatique stabilisé à 1,5°C.
  • Jusqu’à présent, le Giec s’était penché sur les impacts du réchauffement climatique en prenant en compte des hausses de températures de +2°C d’ici 2100, voir plus. Des scénarios qui collent plus à la trajectoire qui est la nôtre aujourd’hui.
  • Ce nouveau rapport du Giec permet alors de se rendre compte des impacts que nous éviterions en stabilisant le réchauffement climatique à 1,5°C.

Un énième appel à se bouger… Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) publie ce lundi un nouveau rapport scientifique sur les enjeux du réchauffement climatique. Cette fois-ci, le Giec s’est penché sur 6.000 publications scientifiques afin de poser les enjeux d’un réchauffement climatique stabilisé à 1,5°C à l’horizon 2010 par rapport à l’ère préindustrielle.

En clair : quels impacts nous éviterions en stabilisant le réchauffement climatique à 1,5°C plutôt qu’à 2°C voire 4°C, trajectoire sur laquelle nous sommes bien plus aujourd’hui. Réponse ce lundi. En attendant, 20 Minutes vous récapitule tout le contexte de ce nouveau rapport.

Le Giec… C’est quoi déjà ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé en 1988 à une époque où on commence à prendre conscience des risques qu’entraînerait une trop forte accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le Giec est à la fois une initiative de scientifiques conscients d’être face à un problème difficile et important à médiatiser et d’une décision politique, ce groupe d’experts étant placé sous la responsabilité de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Sa mission officielle ? Evaluer sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine.

« Le Giec ne produit pas de connaissances scientifiques en tant que telle, précise Roland Séférian, climatologue à Météo France et co-auteur du chapitre 2 du rapport remis lundi. Il fait une évaluation de la littérature scientifique existante. Ce n’est pas une simple compilation des études sorties à ce jour sur le réchauffement climatique et ses conséquences, le Giec en tire la substantifique moelle. » Il fournit alors aux décideurs politiques un socle commun de connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique sur lequel il y a consensus.

Qui travaille au GIEC et combien de rapports ont été produits depuis 1988 ?

« Le Giec ne compte qu’une dizaine de membres permanents, indique Hélène Guillemot, historienne et sociologue des sciences au Centre Alexandre Koyré. Mais pour chaque rapport, ce bureau collabore avec une centaine de chercheurs internationaux dont les écrits sont relus par d’autres scientifiques encore. Et là on compte en milliers. »

Le Giec compte trois groupes de travail. « Le premier porte sur la physique du climat et sur les observations et prévisions du changement climatique, reprend Hélène Guillemot. Il s’agit souvent des travaux de ce premier groupe dont on parle dans les médias. Le deuxième se penche sur les impacts du changement climatique. Sur les sociétés, les écosystèmes etc. Le troisième groupe, dont on devrait parler beaucoup plus à l’avenir, porte sur les réponses à apporter au changement climatique. »

Ce groupe d’experts sur le climat produit deux types de publications. Il y a d’un côté les rapports d’évaluation, à voir comme un état des lieux à l’instant T de nos connaissances scientifiques sur le changement climatique. Cinq rapports d’évaluation ont été publiés à ce jour. Le dernier date de novembre 2014. Il estimait à 4,8°C l’augmentation des températures moyennes à la surface de la planète à l’horizon 2100 par rapport à la période 1986-2005, si les émissions de gaz à effet de serre continuent à leur rythme actuel.

De l’autre côté, il y a les rapports spéciaux commandés par l’ONU sur des sujets spécifiques. Celui publié lundi entre dans cette deuxième catégorie.

Pourquoi le nouveau rapport publié lundi s’annonce marquant ?

Dans un document de 400 pages et s’appuyant sur 6.000 études scientifiques, le Giec s’est penché cette fois-ci sur l’objectif d’un réchauffement planétaire de1,5°C toujours par rapport à l’ère préindustrielle. La commande a été passée lors de la COP21, à Paris, au cours de laquelle les états membres des Nations unies s’étaient engagés à réduire leurs émissions pour rester bien en deçà de 2°C. « Jusque-là, l’essentiel de la littérature scientifique, y compris le rapport du Giec de novembre 2015, étudiait l’impact du réchauffement climatique en se basant sur des scénarios de hausses des températures à horizon 2100 bien plus importantes que 1,5° », explique Roland Séférian. Des trajectoires de 3° C voire 4°C. Nous manquions en revanche de littérature scientifique sur les impacts d’un réchauffement à 1,5°C. »

En corrigeant le tir, ce nouveau rapport du Giec pointe les impacts que nous éviterions en stabilisant le réchauffement à 1,5°C plutôt qu’à 2°C voire 3°. Qu’il s’agisse d’ampleur des canicules, d’extinction d’espèces, de productivité agricole, de hausse du niveau de la mer… « Il y a une grosse différence entre le scénario à 1,5°et à 2°, glissait cette semaine, en guise de teasing, Laurence Tubiana, diplomate française, architecte de l ’Accord de Paris de 2015 sur le climat.

Ce nouveau rapport détaille également les efforts et trajectoires possibles afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°. Roland Séférian y voit une nouveauté majeure dans le travail du Giec « De 1988 à 2015, ce groupe d’experts du climat s’attachait surtout à renforcer son constat sur l’existence d’un changement climatique et ses conséquences », observe le climatologue. Il n’y a plus de débats aujourd’hui si bien que le Giec passe à une autre étape désormais : l’analyse des solutions l’évaluation des coûts et bénéfices qu’impliquerait un réchauffement climatique limité à 1,5°C.

Quel accueil réserveront les décideurs politiques à ce nouveau rapport du Giec ?

Il sera possible d’en juger pleinement lundi. Mais les tractations ont d’ores et déjà commencé à Incheon (Corée-du-Sud), où les représentants politiques des Etats membres de l’ONU épluchent depuis une semaine le rapport du Giec avant de donner leur approbation.

La procédure est classique. « La publication d’un rapport du Giec est accompagnée à chaque fois d’un résumé pour les décideurs, beaucoup plus court et qui doit être approuvé par les délégués de tous les pays, explique Hélène Guillemot. Les discussions ne portent normalement pas sur les données scientifiques mais sur des questions de formulation, la façon de présenter les choses pouvant heurter la sensibilité de certains pays. »

Pour Pierre Cannet, responsable du programme climat et villes durables WWF France, l’urgence n’est plus à ménager les différentes sensibilités. « La trajectoire actuelle n’est pas bonne, rappelle-t-il. Nous enregistrons d’ores et déjà une hausse moyenne des températures de 1,1°C par rapport à l’ère pré-industrielle, il y a un siècle et demi. Au rythme actuel, le seuil des 2°C sera dépassé vers 2075. Le cinquième rapport d’évaluation du Giec avait été très clair sur le fait que ce +2°C était un point de non-retour climatique. »

Ce nouveau rapport sort deux mois avant le début des négociations climat de la COP24 prévue en Pologne. Les pays membres de l’ONU doivent y entamer un processus de révision de leurs engagements de 2015, insuffisants car promesse d’un monde à 3°C en 2100. « Si nous voulons rester dans un monde à 1,5°, il y aura des points de passages obligés, avertit Pierre Cannet. Celui notamment de la neutralité carbone en 2050, c’est-à-dire l’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre qu’émettront nos activités humaines et ce que notre planète est en mesure d’observer. »