Béarn: Les ourses de souche slovène lâchées dans les Pyrénées vont-elles bien s’acclimater ?

BIODIVERSITE Une des deux ourses de souche slovéne a été relâchée ce jeudi matin en Béarn. On s'interroge sur les capacités d’adaptation de l’ursidé à ce nouveau milieu…

Elsa Provenzano
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L'ours brun de souche slovène est le plus adapté au milieu pyrénéen, selon les études menées en amont des réintroductions.
L'ours brun de souche slovène est le plus adapté au milieu pyrénéen, selon les études menées en amont des réintroductions. — DUNCAN USHER/SOLENT NEWS/SIPA
  • Un premier lâcher d’une ourse est intervenu en vallée d’Aspe ce jeudi matin.
  • Une coordinatrice du réseau Ours explique qu’il y a un recul de 22 ans sur le lâcher d’ours de souche slovène dans les Pyrénées.
  • Elle explique que la Slovénie est le meilleur « pays source » pour le renforcement de la population d’ursidés, selon plusieurs études menées en amont.

Une des deux ourses de souche slovène aurait été relâchée ce jeudi matin en Vallée d’Aspe. Sabine Matraire, vice-présidente de l’association Ferus et coordinatrice Ours s’est rendu une dizaine de fois en Slovénie et connaît bien ce dossier sensible. Elle répond aux questions de 20 Minutes concernant l’acclimatation des animaux à leur nouveau milieu.

Est-ce que le trajet en hélicoptère n’est pas trop perturbant ?

« Il est dans sa cage, un endroit cloisonné depuis lequel il n’a pas de visu pendant le trajet. Il y a des bruits certes mais je ne sais pas si c’est plus stressant qu’un trajet en voiture pour lui », répond-elle. Les huit derniers lâchers avaient eu lieu sur la route mais cette fois-ci, il est probable que les autorités aient privilégié l’hélicoptère pour éviter les barrages routiers des opposants à la réintroduction, fortement mobilisés dans la Béarn. La configuration de la vallée « très cloisonnée » les a sans doute contraints à cette option aérienne.

Comment va réagir l’ourse en découvrant son nouveau milieu ?

« Les ours fonctionnent beaucoup à l’odorat donc, dans un premier temps, elle ne va pas reconnaître ses congénères installés sur ce territoire (deux mâles) », explique Sabine Matraire. Sur la végétation et la configuration des lieux, il n’y a pas d’inquiétude à avoir, selon elle, des études sur les « pays sources », ont confirmé que la Slovénie était celui qui présentait le plus de similitude. « Et par rapport à l’alimentation, elle va trouver tout ce dont elle a besoin, ajoute-t-elle. Contrairement à ce que disent les opposants, les ours de souche slovène ne sont pas davantage carnivores que ceux de souche pyrénéenne ».

Cette ourse de souche slovène a donc les capacités de s’adapter au milieu pyrénéen ?

« Cela fait depuis 1996 que les ours réintroduits sont de souche slovène, on a donc un recul de 22 ans, fait valoir cette spécialiste. On a même constaté en Pyrénées centrales qu’ils réutilisent les mêmes sentiers que les ours de souche pyrénéenne ». Les ours relâchés sont équipés de colliers émetteurs, conçus pour durer trois ans, qui délivrent des informations précieuses au réseau Ours sur leurs modes de vie. « Et on a déjà eu des reproductions entre des ours issus de souche slovène et pyrénéenne », pointe-t-elle, en faisant allusion à l’ours Cannellito.

Quels sont les risques majeurs de mortalité pour l’ours ?

« En 2006, un ours était mort après avoir chuté d’une falaise, rappelle Sabine Matraire. Le risque zéro n’existe pas. » L’ourse Franska avait été réintroduite alors qu’elle était beaucoup plus âgée qu’on ne pensait. « On a tiré les leçons de cela et dans le dossier de consultation, on mentionne le fait qu’il faut de très jeunes ourses, plus malléables ». La menace de chasseurs opposés à la réintroduction existe également. Enfin, reste une incertitude, ces lâchers interviennent à l’automne, alors que tous les autres avaient eu lieu au printemps.

Certains s’interrogent par rapport à la diminution des terres sauvages ces dernières années, y’a-t-il assez de place pour les ours dans les Pyrénées ?

« En France, l’habitat pyrénéen est encore largement favorable à l’ours, estime Sabine Matraire. Une étude montre qu’au minimum le territoire peut accueillir une centaine d’ours (contre 43 actuellement) ». On en recense 41 dans les Pyrénées centrales et seulement 2 dans les Pyrénées occidentales, c’est la raison pour laquelle ces lâchers interviennent sur ce secteur.

Il faudra plusieurs mois, voire une année, pour que les ourses établissent leur territoire et se familiarisent complètement avec leur nouveau milieu.