Lâcher d'ours dans le Béarn: «Ils sont quatre les anti-ours, on est tous favorables à la réintroduction»

ENVIRONNEMENT Dans la vallée d’Aspe, où pourrait intervenir d’ici le 20 octobre le lâcher de deux ourses de souche slovène, les habitants sont globalement plutôt favorables à cette initiative de l’Etat…

Elsa Provenzano

— 

Marc Peyrusqué et son troupeau de brebis en transhumance près d'Etsaut, en vallée d'Aspe.
Marc Peyrusqué et son troupeau de brebis en transhumance près d'Etsaut, en vallée d'Aspe. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le successeur de Nicolas Hulot a annoncé le lâcher dans le Béarn de deux ourses de souche slovène, avant le 20 octobre.
  • Certains éleveurs sont inquiets pour leurs troupeaux mais les bergers, qui restent aux côtés de leurs bêtes, voient cette réintroduction d’un bon œil.
  • Les commerçants, au-delà du bénéfice pour la biodiversité pyrénéenne, y voient aussi un intérêt pour l’attractivité touristique du territoire.

« Non à l’ours, oui à l’ours, non à l’envahisseur ». Le débat (ancien) sur la réintroduction d’ours dans le Béarn a été ravivé par l’annonce du ministre de la transition écologique François De Rugy. Il se joue au détour de routes de montagne où les deux camps s’affrontent à coups d’inscriptions sur les panneaux et le goudron.

Les anti et les pro-ours s'expriment sur les routes du Béarn.
Les anti et les pro-ours s'expriment sur les routes du Béarn. - E.Provenzano / 20 Minutes

Le successeur de Nicolas Hulot a annoncé que deux ourses de souche slovène devraient être lâchées d’ici le 20 octobre dans les Pyrénées béarnaises. Elles devraient rejoindre les deux derniers mâles esseulés du secteur, pour assurer une pérennité de l’espèce. Le ministère a listé 20 communes potentielles retenues pour le lâcher. Et les élus de cinq d’entre elles, dont Etsaut, se sont manifestés en faveur de cette mesure.

Dans le Béarn, les anti-ours ne sont pas les seuls à s'exprimer sur l'espace public.
Dans le Béarn, les anti-ours ne sont pas les seuls à s'exprimer sur l'espace public. - E.Provenzano / 20 Minutes

« On est très contents de la réintroduction, cela fait 20 ans qu’on l’attend », commente Marc Peyrusqué, berger croisé lors de sa transhumance par Etsaut, en vallée d’Aspe. Il ne nourrit pas de crainte pour la vie de ses 250 chèvres et brebis, qui transitent entourées de chiens et de bénévoles en gilets jaunes jusqu’à leur prochain pâturage. « Pour un berger qui garde ses brebis avec des patous [chiens protecteurs des troupeaux] il n’y a qu' 1 % de pertes quand un éleveur qui les laisse sans protection peut avoir jusqu’à 15 % de pertes », fait-il valoir. « Ils ne veulent pas faire l’effort de protéger leurs troupeaux et on devrait accepter la disparition du dernier animal sauvage des Pyrénées », s’étrangle Elisabeth Médard, maire d’Etsaut.

« On a vécu 50 ans dans l’inquiétude et la peur »

Selon un commerçant béarnais qui souhaite garder l’anonymat, c’est une opinion largement partagée sur le territoire : « Ils sont quatre les anti-ours, on est tous favorables, lâche-t-il. La peur de l’ours ne s’appuie sur rien du tout. » Au village de Lescun, en vallée d’Aspe, un couple âgé de 84 et 95 ans a connu un temps où une quinzaine d’ours vivaient près de la vallée et il ne partage pas son avis.

Certains bergers et éleveurs craignent pour leurs troupeaux.
Certains bergers et éleveurs craignent pour leurs troupeaux. - E.Provenzano / 20 Minutes

« On a vécu 50 ans dans l’inquiétude et la peur, on devait veiller sur notre troupeau jour et nuit, se souvient le nonagénaire. Je me rappelle une fois où un troupeau avait été effarouché par l’ours, 80 brebis ont péri noyées. » « Et les lampes et les chiens ne servaient à rien », souffle son épouse. Depuis plusieurs années, la commission d’indemnisation peut débloquer des aides pour les éleveurs, en cas de pertes.

Les opposants à l’arrivée des ourses, parmi lesquels de nombreux éleveurs, ont procédé à une démonstration de force sur la commune d’Etsaut cet été. Ils ont déversé du sang et exhibé des bêtes mortes, débarquant à 180 dans les rues de la petite commune de 70 habitants dont la maire Elisabeth Médard s’est déclarée ouvertement favorable au renforcement de la population d’ours. « C’est une décision d’Etat, nous, comme d’autres bergers, on est favorables mais on ne décide pas », tient-elle à rappeler.

L'ours fait partie de l'histoire des Pyrénées et peuple les légendes locales.
L'ours fait partie de l'histoire des Pyrénées et peuple les légendes locales. - E.Provenzano / 20 Minutes

D'autres ont des avis moins tranchés, attendant de voir comment va se passer la cohabitation : « je suis plutôt favorable à l’ours mais il faut aussi considérer qu’il y a moins de territoires sauvages, on a des stations de ski partout maintenant, et beaucoup d’activités humaines », estime ce commerçant qui travaille dans le tourisme, en vallée d'Aspe. 

« L’argent de l’ours »

« Depuis 25 ans, il y a des aménagements pastoraux grâce à l’argent de l’ours [des aides publiques], ce serait donc un manque de respect par rapport aux contribuables de ne pas essayer », estime de son côté un jeune paysan et chasseur de la vallée d’Aspe. Les aides liées au renforcement de la présence de l’ours permettent aussi aux bergers d’employer des jeunes pour leur prêter main-forte. « Cela nous aide pour payer 80 % du salaire d’une fille bergère qui travaille avec nous », confirme le berger Marc Peyrusqué.

« Ici, il y a une mainmise sur le foncier et les jeunes vont plutôt vers le tourisme, constate le jeune paysan et chasseur. Je pense qu’il aurait fallu évaluer, lors de la concertation, les bénéfices de ces réintroductions sur le reste de l’activité économique et pas que sur l’agriculture. » La réussite de la cohabitation dans les Asturies donne à réflèchir à ces montagnards. 

Tandis que les anti les plus farouches s’organisent pour guetter l’arrivée des deux ourses, parfois fusils à la main pour les effaroucher, les pros espèrent que l’Etat ne reculera pas cette fois-ci. Si le lâcher ne peut intervenir avant le 20 octobre, il devra être reporté au printemps. « J’ai dit à mes amis que j’allais ouvrir une bouteille de champagne pour fêter ça, avant la fin octobre », lance, confiant, un commerçant.