Pyrénées-Atlantiques: Tout ce qu’il faut savoir avant le lâcher de deux ourses en Béarn

ENVIRONNEMENT Deux ourses de souche slovène vont être lâchées, probablement ce samedi, dans le massif montagneux du Béarn, qui abrite déjà deux mâles…

Elsa Provenzano

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Deux ourses de souche slovène vont être relâchées samedi dans le Béarn.
Deux ourses de souche slovène vont être relâchées samedi dans le Béarn. — FRILET/SIPA
  • Le lâcher de deux ourses devrait avoir lieu samedi dans le Béarn.
  • Les éleveurs guettent leur arrivée et comptent les effaroucher car ils craignent pour leurs troupeaux.
  • Les défenseurs de la réintroduction estiment que les pertes sur les troupeaux imputables à l’ours sont très faibles, tandis que les éleveurs y voient un danger pour la pérennité de leurs pratiques pastorales.

C’est la paranoïa qui règne parmi les opposants au lâcher, annoncé pour ce samedi, de deux ourses dans le Béarn. Ils guettent le moindre véhicule suspect qui pourrait abriter les ursidés, qui ne sont pas les bienvenus sur ce territoire empreint de pastoralisme. 20 Minutes fait le point sur ce dossier sensible, à la veille de l’arrivée des deux femelles.

Pourquoi deux ourses sont réintroduites dans le département des Pyrénées-Atlantiques ?

Selon les données de l’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), on recense 41 ours en Pyrénées centrales et seulement deux dans les Pyrénées occidentales, dont fait partie le Béarn. Il manque des femelles à ces deux ours pour assurer leur présence durablement sur ce territoire. « C’est une urgence pour éviter la disparition de l’espèce, on est au pied du mur, estime Alain Reynes directeur de l'association pays de l'ours-Adet.  Les discussions et consultations sur la réintroduction durent depuis 15 ans. » Ce sont des destructions d’habitat qui expliquent très majoritairement la diminution de population dans les Pyrénées.

Pourquoi ce sont deux ourses de souche slovène ?

Le 1er novembre 2004, l’ourse Cannelle, dernier ours brun de souche pyrénéenne, avait été abattue par un chasseur, dans la vallée d’Aspe. L’ours brun de souche slovène est la « meilleure souche » à introduire dans les Pyrénées, souligne Alain Reynes. Il rappelle que, selon les généticiens, il y a autant de différence entre un ours de souche slovène et un ours de souche pyrénéenne qu’entre un homme de souche slovène et un homme de souche pyrénéenne. « Plus de 90 % de la population actuelle d’ours est née dans les Pyrénées », relève le directeur de l’association pro ours.

Qui sont les opposants à ce lâcher d’ourses dans le Béarn ?

Les bergers, inquiets des prédations pour leurs troupeaux, sont les premiers à se mobiliser contre cette réintroduction. « Mais la mobilisation dépasse largement les éleveurs, maintenant cela va devenir un combat de territoire », assure Olivier Maurin, de la Fédération Transpyrénéenne des Eleveurs de Montagne.

L'association pays de l'ours-Adet rappelle qu'en Béarn, il y a eu zéro dégât sur les trois dernières années. « Les deux ours partent en été sur les Hautes Pyrénées, rétorque Olivier Maurin. Mais on sait très bien comment ça se passera avec davantage d’ours, on a déjà des problèmes de prédation avec les loups. »

Quelles sont les pertes sur les troupeaux ?

Pro et anti se battent à coups de chiffres. Sur environ 20 à 25.000 brebis qui meurent prématurément chaque année les pros ours font valoir que seuls 2 % sont tuées par les ours. Les éleveurs estiment que les pertes sont plus élevées, de l’ordre de 8 %. « En 2017, 80 % des dégâts sont localisés sur des estives, pâturages de montagne non protégées d’Ariège, pointe Alain Reynes. On pourrait diviser par trois ou quatre les dégâts sur ce département en généralisant la protection des troupeaux et l’accompagnement des bergers. »

Les éleveurs ne sont pas du tout convaincus par ces mesures. « La cohabitation avec l’ours n’est pas possible, même avec des soutiens face à la prédation il n’y a rien qui marche, estime cet éleveur. On le voit en Ariège où il y a de plus en plus de dégâts malgré les patous (ces chiens de berger protecteurs des troupeaux) les prédateurs s’adaptent. » Pour eux, qui vivent en harmonie avec la nature en pratiquant le pastoralisme, il faut choisir entre un retour à l’état sauvage du territoire et une préservation des pratiques de transhumance, il n’y a pas d’entre-deux.

Que comptent faire les opposants lors du lâcher ?

S’ils ont prévenu que les « guetteurs » mobilisés pour ce lâcher seront souvent armés, la première intention des bergers est d’effaroucher les bêtes vers l’Espagne ou d’autres départements. « Qu’on laisse les ours slovènes là où ils sont, nous ne les laisserons pas s’installer en Béarn », prévient Olivier Maurin.

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