Nations unies: Emmanuel Macron, «Champion de la Terre»… Vraiment?

BATAILLE CLIMATIQUE Ce mercredi, le président se verra remettre le prix de «Champion de la Terre» par les Nations unies. Une récompense qui témoigne de la légitimité acquise par Emmanuel Macron, à l’international, sur les questions climatiques. Loin de son image en France ?….

Fabrice Pouliquen

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Emmanuel Macron avait pris l'initiative d'organiser le One Planet Summit fin 2017.
Emmanuel Macron avait pris l'initiative d'organiser le One Planet Summit fin 2017. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • « Champion de la Terre » et grand ambassadeur des Nations unies pour préparer le sommet pour le climat de septembre 2019… Emmanuel Macron sera doublement récompensé ce mercredi à New York où il participe à l’assemblée générale de l’Onu.
  • Ces deux titres témoignent à eux seuls de la haute estime en laquelle est tenu le président français, à l’international, sur les questions environnementales. Une légitimité acquise grâce, entre autres, au One Planet Summit.
  • Si la France est pro-active dans les négociations internationales pour accélérer l’action climatique, les discours ne suffisent plus aujourd’hui, estime Lucile Dufour, du Réseau Action Climat France. Il faut aussi donner l’exemple, ce sur quoi pêche encore la France.

« Champion de la Terre », rien que ça ! Emmanuel Macron recevra le prix ce mercredi soir à New York des mains d’ Erik Solheim, le directeur du Programme des Nations unies de l’environnement (PNUE). Chaque année depuis 2005, cette émanation de l’Onu récompense cinq à sept personnes reconnues comme « leaders environnementaux exceptionnels » et dont l’action est inspirante pour les autres. Emmanuel Macron intégrera ainsi un petit cercle de « champions of the Earth » , comptant des politiciens, des activistes environnementaux, des inventeurs, des aventuriers…

« Champion de la Terre » et ambassadeur des Nations Unies

Ce n’est pas le seul honneur qu’accorderont les Nations unies ce mercredi au président français. Plus tôt dans la journée, il sera désigné l’un des quinze « champions » chargés de préparer le Sommet pour le climat, un moment fort de l’agenda climatique que l’Onu souhaite organiser à New York en septembre 2019. « "Champions" au sens américain du terme, précise un conseiller diplomatique du président. Nous dirions plus ici "grand ambassadeur". Emmanuel Macron aura deux missions en particulier : poursuivre la dynamique des "One planet summits" et faire une restitution sur la finance verte. Autrement dit tous les investissements qui favorisent la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. »

Ces deux distinctions témoignent de la haute estime en laquelle est tenu le président français, sur la scène internationale, sur les questions climatiques. « Et, par là même, du fossé qui existe entre cette perception à l’étranger et le regard critique que portent bon nombre de Français sur sa politique environnementale », ajoute François Gemenne, professeur à Science Po Paris et spécialiste de géopolitique environnementale. Les succès inattendus des marches pour le climat, organisées le 8 septembre dernier en réaction à la démission de Nicolas Hulot l’ont rappelé. A Paris, 18.500 personnes sont descendues dans la rue pour demander que le gouvernement « agisse enfin sérieusement contre le dérèglement climatique » et mette fin aux contradictions entre les ambitions affichées et les actes.

Discours et diplomatie active

Mais à l’international, rien de tout ça. « Dans les conférences auquel je participe, je suis surpris par le nombre de personnes à me dire quelle chance nous avons en France d’avoir un président à ce point engagé contre le changement climatique », poursuit François Gemenne.

La fameuse formule « Make our planet great again », lancée en juin 2017 par Emmanuel Macron en riposte au retrait américain de l’Accord de Paris, y est sans doute pour quelque chose. Un coup de com' de génie ? « Peut-être, mais qui a son rôle, rappelle François Gemenne. Il ne faut pas négliger les effets d’entraînement et de stimulation que peut avoir un tel discours sur les autres gouvernements en particulier lorsqu’un accord comme celui de Paris sur le climat est mis en péril. »

Tout ne se résume pas non plus à un discours. « Par sa diplomatie active sur les enjeux climatiques et sa capacité à faire le lien entre les pays, Emmanuel Macron a gagné une certaine légitimité sur la scène internationale », reconnaît Pierre Cannet, responsable des programmes climat, énergie et villes durables à WWF France.

La France a ainsi joué un rôle important dans la création de l’Alliance solaire internationale en mai dernier. Elle vise une meilleure exploitation de l’énergie solaire et une baisse du recours aux énergies fossiles dans les 121 pays membres, parmi les plus ensoleillés au monde. Même chose pour l’ Initiative africaine pour les énergies renouvelables (AREI) qui vise l’installation d’une capacité énergétique renouvelable à grande échelle sur le continent africain d’ici 2020.

« One planet summit », le principal fait d’armes

Mais c’est surtout pour le One planet summit, dont la deuxième édition se tient à New York ce mercredi après-midi, qu’Emmanuel Macron reçoit ce prix de « Champion de la Terre ».

Ce nouveau rendez-vous international, voulu par la France et dédié à la finance verte, avait réuni pour sa première édition 4.000 personnes le 12 décembre dernier à Paris. Parmi elles, une cinquantaine de chefs d’Etats mais aussi des banques, des fonds souverains, des grandes entreprises… Il avait abouti à plusieurs annonces fortes. L’engagement de la Banque mondiale de ne plus financer des projets d’exploitation de pétrole et de gaz d’ici 2019. Ou la promesse d’Axa de quadrupler son objectif d’investissements verts pour atteindre 12 milliards d’euros par an tout en désinvestissant dans le charbon et les sables bitumineux.

Au-delà des discours, donner l’exemple ?

Lucile Dufour, responsable des relations internationales chez Réseau action climat (RAC) reconnaît que la France est « extrêmement pro-active dans les négociations internationales pour accélérer l’action climatique ». « Ce rôle est indispensable et on n’en attend pas moins d’un pays héritier de la COP21, précise-t-elle. Mais la diplomatie ne suffit plus. L’urgence climatique est telle qu’il faut immédiatement mettre en action les discours. »

Autrement dit, donner l’exemple. Or, la France n’est toujours pas sur la bonne trajectoire pour atteindre les objectifs qu’elle s’est elle-même fixés. Celui par exemple de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 % d’ici 2030 par rapport à ceux de 1990. Après des baisses régulières depuis 2005, nos émissions sont reparties à la hausse entre 2016 et 2017 et la France a dépassé son budget carbone de 6,7 % l’an dernier, selon l’ observatoire Climat-Energie, publié mi-septembre par le RAC et le Cler-Réseau pour la transition énergétique. « Il y a toujours en France un verrou politique qui empêche de passer de petits pas à des mesures profondes nécessaires pour assurer la transition énergétique, notamment dans les transports, l’agriculture et les bâtiments, secteurs les plus émetteurs de gaz à effets de serre aujourd’hui », regrette Lucile Dufour.

Où en est la promesse de budget vert ?

Ce prix de « Champion de la terre » donne un peu plus de légitimité encore à Emmanuel Macron sur les questions climatiques. « A lui maintenant de gagner en crédibilité, ce qui n’est pas tout à fait la même chose », glisse Pierre Cannet de WWF France.

Cette nouvelle édition du One planet summit est une première occasion d’y parvenir. Si l’Élysée promet quelques nouvelles annonces, « cette seconde édition est plus à voir comme une réunion de chantier, resserrée sur 300 participants et destinée à faire le point sur les engagements pris l’an dernier », glisse un conseiller.

« Justement, rebondissent Pierre Cannet et Lucile Dufour. Parmi les engagements pris par la France, il y avait celui très prometteur d’adopter à l’avenir des "budgets verts", c’est à dire compatibles avec l’Accord de Paris. » La France vient de remettre son projet de budget 2019… « Mais s’est-on demandé s’il était aligné sur nos engagements climatiques ? Cette promesse de budget vert tient-elle toujours ?, interroge Pierre Cannet. Aujourd’hui, c’est silence radio ! »