Danone a annoncé qu'il reverserait le chiffre d'affaires réalisé en France ce vendredi 21 septembre à un fonds qui aider les agriculteurs travaillant pour la marque à passer à une agriculture plus durable.
Danone a annoncé qu'il reverserait le chiffre d'affaires réalisé en France ce vendredi 21 septembre à un fonds qui aider les agriculteurs travaillant pour la marque à passer à une agriculture plus durable. — ERIC PIERMONT / AFP

INITIATIVES

Agriculture : Danone va consacrer son chiffre d’affaires de ce vendredi au financement de pratiques plus durables

Le groupe espère dégager près de 5 millions d’euros qui alimenteront un appel à projets pour une « agriculture génératrice »...

  • Danone s’est engagé à reverser la totalité de son chiffre d’affaires de ce vendredi à un fonds qui aidera les agriculteurs avec lesquels le groupe travaille en France à passer à une agriculture plus durable.
  • Un appel à projet sera lancé dans la foulée. Les projets devront être en phase avec deux piliers majeurs : la préservation des sols et le respect du bien-être animal.
  • WWF note avec satisfaction l’accent mis dans cette démarche sur la préservation des sols, « le grand oublié de l’agriculture aujourd’hui ».

Aux alentours des cinq millions d’euros environ. Le montant exact sera communiqué jeudi prochain, mais voilà déjà l’ordre de grandeur du chiffre d’affaires de Danone réalisé en France ce vendredi. Le groupe alimentaire reversera intégralement la somme à un fonds qui aidera les agriculteurs travaillant pour lui à passer à une agriculture plus durable.

Préservation des sols, respect du bien-être animal, meilleure rémunération

Ce fonds Danone pour l’écosystème existe déjà depuis plusieurs années et soutenait jusque-là des activités d’intérêt général à l’internationale. « Nous allons créer une dotation supplémentaire, du montant du chiffre d’affaires réalisé ce vendredi en France, et qui servira à financer des projets d’agriculture régénératrice », indique-t-on au sein du groupe Danone.

Danone a travaillé avec les associations WWF et Pour une agriculture du vivant  pour définir la charte de « cette agriculture régénératrice ». Elle n’a pas encore été détaillée, « mais reposera sur trois piliers, précise Arnaud Gauffier, responsable agriculture à WWF France. La préservation des sols, le respect du bien-être animal mais aussi une meilleure rémunération des agriculteurs. »

2.300 agriculteurs français travaillent aujourd’hui pour Danone. « Ils pourront candidater à un appel à projets que nous lancerons d’ici quelques semaines, précise-t-on chez Danone. Un collectif d’experts et d’acteurs partenaires [dont WWF et Pour une agriculture du vivant] sélectionnera ensuite les projets qui seront éligibles au soutien du Fonds Danone pour l’écosystème. »

Un accent sur les sols, « le grand oublié »

Danone donne des exemples. Celui de Pierre Coison, cultivateur de pommes de terre qui a investi pour optimiser au maximum les dépenses en eaux de son exploitation et limiter l’usage des pesticides ou celui d’un couple de producteurs de lait normands qui investit pour doubler la surface de pâturage de leur exploitation. « Ces 5 millions d’euros pourraient aussi servir à financer des conversions au bio ou encore à la formation des agriculteurs à des techniques d’agriculture plus durables, permettant alors leur montée en compétences et donc une meilleure rémunération… », illustre encore Arnaud Gauffier

« On n’est pas dans du greenwashing puisqu’on parle d’aides directes qui iront à des projets concrets, estime Arnaud Gauffier. Ce fonds a aussi le mérite de mettre l’accent sur un grand oublié dans l’agriculture aujourd’hui, qu’elle soit conventionnelle ou bio : les sols agricoles. Or, ils sont absolument clés dans la lutte contre le changement climatique, rien que par leurs capacités, quand elles sont bien gérées, à stocker du carbone [un gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique lorsqu’il y en a trop dans l’atmosphère]. »

L’agronome Alain Canet, acteur de la démarche « Pour une agriculture du vivant », abonde dans ce sens. « Cette dotation Danone nous permettra de marquer les esprits sur les deux socles de l’agro-écologique jusque-là un peu tabou. D’un côté l’agro-foresterie, un mode d’exploitation des terres agricoles associant dans un même champ arbres et cultures et/ou arbre et élevage. De l’autre, le travail des couverts végétaux, c’est-à-dire le soin apporté à ce que les sols ne soient jamais ou le moins possible laissés nus. Ce sont deux préalables à une agriculture fertile, nutritive et économe en pesticides. Et il faut montrer que ces techniques de l’agro-écologie marchent, qu’elles permettent d’être productif. »

Un coup de pied à l’interprofession laitière ?

La Confédération paysanne, syndicat agricole qui milite pour une agriculture paysanne respectueuse de l’environnement, ne dit pas la démarche de Danone mauvaise. « C’est toujours intéressant que des grandes marques adoptent des démarches de qualité et cherchent à augmenter les standards de production, commence Nicolas Girod, secrétaire national de la Confédération paysanne. Mais cette dotation Danone court-circuite d’une certaine façon le travail en cours en ce moment l’interprofession laitière [éleveurs, industriels et grande distribution]. »

Nicolas Girod fait référence aux plans de filières demandés par le gouvernement dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation et dont des premières copies ont été rendues en décembre dernier. Celui de la filière laitière est toujours en discussion « et nous cherchons dans ce cadre à pousser l’ensemble de la production laitière française vers des laits au pâturage, sans OGM…, poursuit Nicolas Girod. Certes, les discussions sont âpres et n’avancent pas très bien, mais cette opération de Danone n’aide guère. Nous n’arriverons à rien si chaque marque se met à avoir ses propres démarches, ses propres labels, ses propres indicateurs. » « Mais s’il faut compter sur les discussions interprofessionnelles en cours pour avancer, nous serons au même point dans dix ans », assure Arnaud Gauffier.